Pour le Dr Paul Poirier, il est primordial de faire de l’exercice et de manger sainement pour éviter les maladies du cœur.

Le cri du coeur d'un cardiologue

Cardiologue et chercheur à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), le Dr Paul Poirier n’a pas la langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de parler de prévention des maladies cardiaques, deuxième cause de mortalité au pays. Ne pas fumer, mieux s’alimenter et bouger davantage sont les piliers de son credo. Le Soleil l’a rencontré pour aborder ces sujets qui lui tiennent à cœur, mais également l’impact appréhendé de la légalisation du cannabis.

En une vingtaine d’années de pratique auprès de patients atteints de troubles coronariens, le Dr  Paul Poirier constate que le message préventif commence à porter auprès de la jeune génération, mais qu’il reste encore beaucoup à faire.

«Moi, ma job c’est de mettre les chirurgiens en banqueroute, mais ce n’est pas demain la veille...», explique le médecin de l’IUCPQ, rencontré par Le Soleil entre deux rendez-vous.

«La prévention c’est tannant, il faut que tu fasses attention à ce que tu manges, que tu fasses de l’exercice, alors que l’être humain est fait pour le plaisir, pour bien manger, assis devant sa télé. Pour la plupart des gens, la prévention ce n’est pas pour eux.»

Le Dr Poirier ne cesse de répéter que la meilleure façon de ne pas se retrouver chez un cardiologue demeure l’exercice et la bonne alimentation.

«L’idée ce n’est pas de se mettre à courir des marathons. C’est de rendre les gens actifs dans leur quotidien. Chaque fois que quelqu’un prend un ascenseur ou un escalier roulant, il devrait se sentir coupable. Si tu vois que tu ne ressens plus de bienfaits, que c’est trop facile, parfait, monte les marches deux par deux, comme ça tu vas avoir des cuisses et des fesses de béton.


« La prévention c’est tannant, il faut que tu fasses attention à ce que tu manges, que tu fasses de l’exercice, alors que l’être humain est fait pour le plaisir, pour bien manger, assis devant sa télé.  »
Dr Paul Poirier

«De l’activité physique, plus tu en fais, plus c’est plaisant. Plus c’est plaisant et plus tu en fais», conseille-t-il.

De la même façon, mieux s’alimenter devrait être une résolution à l’année. «Je ne dis pas de manger du gazon trois fois par jour. Aujourd’hui, tout le monde cherche le quick fix parce qu’on ne sait plus cuisiner et lire les étiquettes.»

Aliments santé plus chers

S’il n’en tenait qu’à lui, les aliments santé coûteraient beaucoup moins cher que les produits sans valeur nutritive. «Le junk food est moins cher, c’est ce qui fait que les gens se retrouvent ici [à l’hôpital]. Il faudrait que le meilleur choix soit le choix le plus économique. Il faudrait que lorsque les gens font le mauvais choix ça leur coûte cher.»

Malgré tous les avertissements, le Dr Poirier a l’impression de parler dans le désert pour certains patients qui ont vécu un problème cardiaque. «Au début, ils écoutent parce qu’ils ont eu peur. Après trois mois, ils oublient. Il y en a 50 % qui lâchent [l’entraînement]. Chassez le naturel et il revient au galop.»

La génération des baby-­boomers, la génération du Dr Poirier puisqu’il a 55 ans, demeure réfractaire aux conseils, déplore-t-il, heureux de voir les jeunes développer de meilleures habitudes de vie. «Les baby-boomers ont vécu les belles années riches du Québec, on leur doit tout. Ils se retrouvent malades parce qu’ils ont beaucoup vécu. Ils arrivent ici et disent : ‘‘Docteur, occupez-vous de moi’’. Je leur réponds : ‘‘Non, occupez-vous de vous’’.»

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CANNABIS : UNE CATASTROPHE À L'HORIZON

«Ça va être épouvantable.»

À titre de cardiologue, le Dr Paul Poirier ne cache pas ses appréhensions face à la légalisation prochaine de la consommation de marijuana, une substance dont les effets sur le cœur lui apparaissent très néfastes.

«Un joint, c’est l’équivalent de dix cigarettes», lance-t-il, convaincu que le cannabis entraînera une hausse importante de problèmes cardiaques chez les consommateurs, principalement les plus jeunes, même s’il y a encore beaucoup d’études à mener sur le sujet.

«J’ai été formé au Colorado, où c’est légal depuis trois  ans. J’ai demandé à des collègues là-bas de me sortir des chiffres. Pour les cardiologues, c’est sûr que c’est une autre grosse source d’inquiétude. C’est un sujet qui sort de plus en plus dans nos discussions avec les patients. Les gens semblent banaliser ça.

«Aujourd’hui, ce n’est plus cool de fumer, mais ça va devenir de fumer un joint.»

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Non-fumeuse, en bonne santé générale, Céliane Simard ne se doutait pas que ses douleurs récurrentes à la poitrine étaient en fait une crise d’angine.

«JE NE L'AI JAMAIS VU VENIR»

Céliane Simard n’offre pas le profil type de quelqu’un qu’on retrouve habituellement dans le bureau d’un cardiologue. Poids santé, non-fumeuse, taux de cholestérol et pression sanguine normaux, la jeune sexagénaire de Lévis a néanmoins été frappée d’une crise d’angine, l’hiver dernier, au point de subir un double pontage coronarien.

«Un matin, quand je déblayais ma voiture, j’ai senti que ça serrait», explique-t-elle en déposant sa main sur sa poitrine. «Je me disais que je n’étais pas en forme. Monter un escalier est devenu pénible. Ça faisait mal, mais au bout de cinq minutes, la douleur était partie.»

La douleur à l’effort devenant de plus en plus intense, la technicienne en pharmacie décide de consulter son médecin. Il pense aux symptômes d’un reflux gastrique. Quelques semaines plus tard, puisque rien n’avait changé, il lui fait passer un tapis roulant. Le diagnostic tombe : angine de poitrine. Son cœur ne reçoit pas suffisamment d’oxygène en raison d’un rétrécissement de deux artères coronariennes. L’opération s’impose.

Neuf mois plus tard, Céliane Simard réalise que sa génétique a certainement joué un rôle dans sa maladie. «Mon père est mort à 55 ans d’un infarctus. J’avais passé ce cap, je n’y pensais plus. Je ne pensais pas que dans ma famille [de trois personnes], ce serait moi» qui serais touchée par un problème cardiaque. «J’ai vraiment été prise à temps par les médecins. J’ai été chanceuse, je ne l’ai jamais vu venir.»

Un autre déterminant, dont le Dr Paul Poirier ne cesse de dénoncer les ravages, l’inactivité physique, a également été un élément déclencheur de son mal, croit-elle. «Du sport, je n’en faisais pas du tout. Si mon divan avait pu avoir des roulettes…»

Depuis l’été dernier, comme environ 2000 personnes, Mme Simard se fait un devoir de s’entraîner au Pavillon de prévention des maladies cardiaques de l’IUCPQ. Au programme, deux fois par semaine, pendant plus d’une heure, tapis roulant, vélo stationnaire et exercices au sol. «Je n’étais jamais rentrée dans un gym. J’aime vraiment ça.» La marche fait dorénavant partie de sa routine quotidienne.

La sexagénaire assiste aussi à des conférences sur la nutrition et le conditionnement physique offertes par l’Institut. «Le mal est fait, mais il faut que j’avance.»

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LES SIGNES D'UNE CRISE CARDIAQUE

Symptômes

› Malaise dans la poitrine (pression ou inconfort, serrement, douleur vive, sensation de brûlure ou de lourdeur à la poitrine)

› Essoufflement

› Transpiration

› Étourdissements

› Nausée

› Douleur au haut du corps (cou, mâchoire, épaule, bras ou dos)

Facteurs de risques

› Tabagisme

› Sédentarité

› Mauvaise alimentation

› Surpoids et obésité

› Hypertension artérielle

› Taux élevé de cholestérol

› Diabète

› Stress

Source : Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada