Le CQFA défend son exclusivité

Les directions du Cégep de Chicoutimi et du Centre québécois de formation aéronautique demandent à la région et ses députés de se mobiliser pour éviter de perdre l’exclusivité de la formation en pilotage au Québec. Elles ont été surprises, pour ne pas dire soufflées, d’apprendre que le Cégep d’Abitibi-Témiscamingue souhaite donner une formation en pilotage dès 2019 à l’aéroport de Val-d’Or.

« Nous l’avons appris hier (lundi) quand l’information a été rendue publique. Jamais nos collègues de l’Abitibi, qui disent travailler sur ce dossier depuis trois ans, ne nous ont approchés pour avoir de l’information ou demander notre collaboration », déplorent le directeur général par intérim du cégep, Christian Tremblay, et le directeur du CQFA, Steeve Noreau. « Permettre à un autre établissement d’offrir le programme viendrait assurément fragiliser le CQFA », ajoute Christian Tremblay.

Le Cégep d’Abitibi-Témiscamingue soutient avoir entrepris cette démarche en réponse à la demande de Propair et Air Creebec, deux compagnies établies à Val-d’Or et Rouyn-Noranda, pour la formation de pilotes anglophones et autochtones. Une décision qui surprend d’autant plus Steeve Noreau qui, pas plus tard que la semaine dernière, a reçu une demande de collaboration de la part d’Air Transat, Air Creebec et Air Inuit afin de conclure une entente « passerelle » comme celle qui unit le CQFA et Air Canada Jazz pour le recrutement des finissants en ligne.

Steeve Noreau et Christian Tremblay n’ont pas voulu qualifier la façon de faire de leurs collègues d’Abitibi qui savent pertinemment que le CQFA, fondé il y a 50 ans, possède l’exclusivité de cette formation en vertu de son statut d’école nationale octroyé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES). Malgré la fronde, ils ne comptent pas partir en guerre et offrent plutôt leur collaboration pour aider à solutionner les besoins particuliers manifestés par l’industrie aéronautique de l’Abitibi.

« Nous avons la possibilité de délivrer des attestations d’études collégiales (AEC) pour répondre à des besoins particuliers. D’ailleurs, nous avons déjà formé des pilotes autochtones il y a plusieurs années, rappelle Steeve Noreau. Nous n’aurions aucun problème à donner des cours à des pilotes anglophones, si le gouvernement le souhaite. »

Christian Tremblay, directeur général par intérim du Cégep de Chicoutimi et Steeve Noreau, directeur du CQFA, s’opposent fermement à ce que le Cégep d’Abitibi-Témiscamingue obtienne, du MEES, la formation de pilotes de ligne.

Répondre à la demande
Cette nouvelle arrive alors que le CQFA vient tout juste de soumettre un mémoire au MEES pour augmenter la formation de pilotes de ligne qui sont en forte demande actuellement.

Dans ce mémoire, l’école de Saint-Honoré propose de fusionner les options ligne et brousse. Dorénavant, tous les finissants du CQFA, à l’exception des cinq de l’option hélicoptère, finiront en ligne, c’est-à-dire avec leurs annotations multimoteurs et vol aux instruments en poche. Mais tous auront aussi leur annotation sur hydravion.

« Les pilotes de brousse développent plus d’autonomie, car ils doivent juger eux-mêmes les conditions dans lesquelles ils volent, et ils sont plus habiles pour manier l’avion. Cette fusion va faire de meilleurs pilotes de ligne et ceux qui décideront de travailler quand même pour les compagnies de brousse auront une bonne formation de vol aux instruments qui pourra leur servir », explique le directeur du CQFA.

Avec ce nouveau profil, 35 des 40 finissants du CQFA seront en ligne. Mais l’école a la capacité d’en former bien plus et pourrait répondre à la demande si Québec décidait d’augmenter la diplomation. « Dans notre mémoire, nous avons détaillé combien coûte pour chaque heure la formation d’un pilote. En réponse à notre document, le ministère nous a demandé si nous serions en mesure de former plus de pilotes et notre réponse a été “oui”. Il n’aurait qu’à nous donner le budget », ajoute Steeve Noreau.

Selon lui, former des pilotes dans une seconde école coûterait beaucoup plus cher, puisqu’il faudrait aménager des infrastructures, et cela générerait d’autres problèmes.

« La pénurie de pilotes amène aussi une pénurie d’instructeurs. Parlez-en à Exact-Air ou Cargair (à Saint-Honoré) », poursuit M. Noreau.

Quelques chiffres

120 étudiants fréquentent le CQFA pendant les trois années du DEC.

• L’école possède trois bimoteurs Piper Navajo, deux Cessna 185 équipés de flottes amphibies pour la brousse, deux hélicoptères Bell 206 et 14 monomoteurs Beechcraft pour la formation de base. L’école exploite aussi trois simulateurs.

• Les aéronefs du CQFA volent entre 8000 et 10 000 heures par année.

• Outre le savoir-faire et la réputation que le CQFA a acquis au cours de ses 50 ans d’histoire et qui militent pour le maintien de son exclusivité, Saint-Honoré est le seul aéroport, avec Bagotville, Québec, Saint-Hubert et Montréal, à disposer d’une tour de contrôle. Et contrairement à Val-d’Or et Rouyn, il possède trois pistes.

• Le contrôle aérien améliore la sécurité en assurant l’espacement entre les avions qui sont dans la zone de l’aéroport, alors que les trois pistes en triangle réduisent le risque de devoir affronter des vents de travers au décollage et à l’atterrissage. De plus, l’aéroport militaire de Bagotville situé à 10 minutes de vol est une alternative pour un pilote en difficultés.