Le conseiller municipal et président de l'arrondissement de La Baie, François Tremblay, ne sera pas candidat aux élections de novembre. Il a fait le choix de se consacrer davantage à sa conjointe, Loréna Fortier, et à ses filles Rachel, huit ans, et Camille, six ans.

Le conseiller François Tremblay quitte la politique

Le conseiller municipal et président de l'arrondissement de La Baie, François Tremblay, quitte la vie politique. Pour des raisons familiales, et au terme d'une longue réflexion à laquelle ont pris part sa conjointe et ses deux filles, il ne briguera pas de second mandat lors du scrutin du 5 novembre.
Âgé de 47 ans et politologue de formation, François Tremblay a été élu contre toute attente en 2013, délogeant ainsi le vétéran de la politique municipale à La Baie, Jean-Eudes Simard. Peu après son élection, il a accédé à la présidence de l'arrondissement, un poste qu'il occupait à temps plein.
Si la première année du mandat de François Tremblay s'est déroulée sans grands remous, il s'est rapidement retrouvé en porte à faux avec le maire Jean Tremblay pour ses prises de position qui allaient à l'encontre de la philosophie de l'administration en place. Il a publiquement dénoncé ce qu'il considérait comme « un déséquilibre dans la distribution de la richesse collective dans les arrondissements ». Par la suite, il a condamné « l'utilisation abusive de propagande publicitaire » par la Ville. À partir de ce moment, François Tremblay a affiché ses couleurs comme indépendant. Dès lors, il a refusé de participer « aux rencontres du Parasol », des séances de travail privées auxquelles étaient seulement invités les conseillers qui avaient plaidé allégeance à l'équipe du maire Tremblay.
« Au départ, mon engagement politique, c'était une question de valeurs. J'avais ce rêve de m'engager sur le terrain, mais quand tu t'engages, tu engages ta famille aussi. J'étais conscient que le contexte à Saguenay était particulier, avec le même gouvernement qui était en place depuis 2002. Au début, on m'offrait des postes. Curieusement, le privé m'offrait la direction des Croisières du Fjord. Je me suis vite rendu compte que si on m'offrait de l'espace, des tribunes et des responsabilités, c'est qu'on voulait que je cautionne », a mis en relief le conseiller sortant, à la faveur d'une entrevue exclusive accordée au Progrès à sa résidence du chemin des Battures. La maison a été construite après l'incendie qui a complètement ravagé l'ancienne demeure du conseiller, une bigénération où habitait aussi son père. Le sinistre a malheureusement emporté le septuagénaire, un écueil qui a durement frappé l'échevin, très proche de son papa.
François Tremblay signale que lorsqu'il a signifié son refus de participer aux rencontres du Parasol et qu'il a clamé son indépendance haut et fort, le vent a tourné.
« À partir de ce moment-là, on m'a fait comprendre que les choses seraient plus difficiles pour moi », confie-t-il.
Resté fidèle à ses convictions
Même s'il convient que son passage en politique n'a pas été de tout repos, François Tremblay part sans amertume et avec la conviction qu'il a fait son travail et livré la marchandise.
Certes, il convient que ses divergences d'opinions et sa candeur ont clivé les relations qu'il entretenait avec ses collègues Luc Boivin et Martine Gauthier, associés au Parti des citoyens de Saguenay (PCS).
«À l'arrondissement, c'est devenu difficile de vivre dans un climat où il n'y avait pas de chimie d'équipe. Ça devenait lourd pour moi et pour les autres. Pour des gens émotifs et profondément enracinés dans leurs valeurs comme je le suis, c'est dur de ne pas ramener ça à la maison», a-t-il fait valoir.
C'est à l'issue d'un récent «conseil de famille» impliquant sa conjointe, Loréna, et ses filles Rachel, huit ans, et Camille, six ans, que la décision de tirer un trait sur la politique municipale a été prise.
«On aimerait retrouver l'équilibre pour que quand je suis à la maison, je le sois vraiment», pointe le père de famille, chez qui l'émotion était perceptible au moment de l'entrevue. Contenue, mais perceptible.
Versé vers les autres, le Baieriverain se considère comme un humaniste. Fier de son statut de conseiller de terrain, il estime avoir toujours été disponible pour ses concitoyens, répondant à des centaines de téléphones «sans jamais filtrer».
«J'espère avoir contribué à l'amorce d'une réalité d'indépendance ancrée et avoir activé, au sein de la population, le réflexe de s'informer. S'il y a des lacunes dans la gouvernance à Saguenay et qu'il y a des problèmes de transparence, c'est au peuple de se doter d'un gouvernement à son image et de mécanismes qui permettent de s'assurer que ceux qui les représentent se concentrent sur des paramètres de démocratie et d'un contrat social équilibré et représentatif de ce qu'ils sont collectivement», exprime celui qui demeure convaincu qu'être vraiment indépendant, «c'est aussi être capable d'opter pour la famille».
François Tremblay sera conseiller de district jusqu'à l'assermentation du prochain conseil. À son successeur, il entend léguer les conclusions d'une étude réalisée par un expert dans le but de dynamiser le secteur du Musée du Fjord, de la Pyramide des Ha! Ha! et du Parc du 150e.
«Il est grand temps et il sera rentable d'articuler des perspectives complémentaires au bénéfice de l'offre internationale du quai d'escale. Le potentiel historique, culturel et patrimonial des secteurs de Grande-Baie et Port-Alfred demeure incontournable», affirme-t-il. L'étude a été financée à même le budget de recherche et de soutien accordé par la Ville à tous les conseillers municipaux.
Un nouveau défi professionnel à la Croix-Rouge
Un nouveau défi professionnel attend François Tremblay, qui a accepté le poste de conseiller spécial, relations d'affaires à la Croix-Rouge.
C'est avec grand enthousiasme que le politicien s'apprête à entrer en fonction, au terme de quelques jours de vacances. François Tremblay connaît très bien l'organisme d'aide humanitaire. Il a agi comme ambassadeur pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Chibougamau et la Côte-Nord après le sinistre qui a ravagé sa résidence et emporté son père l'an dernier. À la demande de l'organisation, il a aussi livré quelques conférences au sujet de son expérience personnelle auprès de cadres d'entreprises.
«François a bénéficié de nos services d'urgence lors de l'incendie de l'an dernier. Il a accepté de témoigner de son expérience dans une vidéo que nous avons réalisée pour sensibiliser les autres. Des liens d'amitié se sont tissés», dit la directrice régionale de la Croix-Rouge, Dominique Drapeau.
Quand la Croix-Rouge l'a approché pour lui offrir un poste, François Tremblay était déjà en réflexion au sujet de son avenir politique et en pourparlers avec les membres de sa famille. L'organisme était prêt à lui laisser cumuler les deux fonctions. François Tremblay avait une perspective très lucide quant à la possibilité de plonger dans un nouveau défi professionnel tout en menant une campagne électorale de front. Le tout, bien sûr, en demeurant un père présent.
En paix avec sa décision, François Tremblay se réjouit d'avoir la chance de s'investir auprès d'une organisation qui prône des valeurs qui sont siennes.
«La Croix-Rouge, c'est un organisme qui, comme moi, croit dans le pouvoir de l'humanité et qui me rejoint beaucoup», affirme-t-il.