Le congédiement de l'ancien vice-président du Syndicat des employés d'énergie électrique Québec (SEEEQ), Mario Jean, a été confirmé.

Le congédiement de Mario Jean confirmé

Joëlle L'Heureux du Tribunal d'arbitrage a rejeté mardi le grief du Syndicat des travailleurs et travailleuses d'Énergie Électrique Nord (STEEN) et a confirmé le congédiement de l'ancien vice-président du syndicat, Mario Jean, par Rio Tinto en avril 2014.
Mario Jean avait été accusé par Rio Tinto d'avoir fabriqué le 6 février 2014 une fausse lettre signée par un haut dirigeant annonçant la suppression à venir de postes de cadres. Ce document avait été envoyé par courriel à Pierre Simard, alors président du Syndicat des employés d'énergie électrique Québec (SEEEQ), devenu le STEEN depuis à la suite d'une nouvelle affiliation. Pierre Simard l'avait aussitôt lue à voix haute aux deux cadres avec qui il se trouvait pour une rencontre. Dans sa défense, Mario Jean avait affirmé qu'il avait voulu faire une blague et qu'il avait rapidement détruit la lettre. Toutefois, celle-ci avait mystérieusement circulé une semaine plus tard.
«La fabrication de la fausse lettre dans le contexte décrit, les tentatives de camouflage, le manque de collaboration et les mensonges ont amené l'employeur à conclure que les agissements du plaignant étaient de nature à affecter irrémédiablement le lien de confiance. Dans les circonstances, la conclusion de l'employeur, malgré les nombreuses années d'ancienneté du plaignant, apparaît raisonnable», a écrit l'arbitre dans sa décision.
L'arbitre a à plusieurs reprises dans son jugement douté de la bonne foi de Mario Jean, en soulignant des hésitations et des contradictions dans ses témoignages. Elle déplore aussi que l'employé ait laissé l'employeur mettre sur pied une enquête pour trouver l'auteur de la lettre sans s'être rapidement dénoncé lui-même en soulignant le caractère de blague de son geste.
Toutefois, les prétentions de l'employeur comme quoi Mario Jean aurait détruit de la preuve n'ont pas été retenues par l'arbitre.
Pierre Simard accusé d'avoir menti
En parallèle à la décision du congédiement de Mario Jean, Rio Tinto avait également annoncé le 23 avril 2014 une décision semblable concernant Pierre Simard. Il lui était alors reproché d'avoir mal utilisé ses heures de libération syndicale et d'avoir consommé de l'alcool, en petite quantité, lors de ses heures de représentation syndicale. Le STEEN avait porté en appel la décision concernant Mario Jean alors que Pierre Simard avait de son côté opté pour conclure une entente avec l'employeur.
Selon ce qui avait été publié dans Le Quotidien du 31 octobre 2014, Pierre Simard et Rio Tinto Alcan en étaient venus à un arrangement financier avec prime de séparation.
Or, fait assez inusité, dans sa défense, le STEEN a affirmé devant l'arbitre que c'était plutôt son ancien président qui avait commis une faute. «Pierre Simard a menti. Le syndicat émet l'opinion que la fuite qui a mené à la circulation de la fausse lettre le 13 février provient de ce dernier», rapporte l'arbitre dans sa décision en citant les prétentions du syndicat. Ainsi, ce serait Pierre Simard, soutient son ancien syndicat, qui aurait pu faire circuler la lettre auprès des membres, une semaine après la création et la supposée destruction de celle-ci par Mario Jean.
Mario Jean fier du soutien reçu
«C'est quelque peu dur à avaler. En résumé simple, l'arbitre n'a pas cru ma version des faits. Même si moi-même et quelques-uns autour savent très bien que c'est la vérité, c'est l'opinion de l'arbitre qui importe.»
Voilà comment a réagi Mario Jean dans un message publié par sa conjointe mercredi sur la page Soutiens à Mario Jean.
Le syndiqué de longue date souligne la solidarité qu'il a reçue de la part de l'exécutif syndical, de ses membres, de plusieurs organisations syndicales et de sa famille.
Mario Jean garde cependant une grande rancoeur envers son ancien employeur. «Une chose est sûre, je ne me laisserai pas abattre par une multinationale qui traite ses travailleurs seulement comme une ressource», a-t-il écrit.
Le STEEN consterné
Le Syndicat des travailleurs et travailleuses d'Énergie Électrique Nord (STEEN) est consterné de la décision maintenue concernant Mario Jean.
«J'étais persuadé qu'on allait gagner. J'étais abasourdi. L'arbitre n'a jamais cru la thèse de la farce. (...) Sa décision ressemblait à la plaidoirie de la compagnie. (...) On ne traite même pas des criminels de cette façon. Elle est où la justice? Il n'a pas blessé personne», a déploré, très déçu, le président du STEEN, Patrice Girard, lorsque joint au téléphone en fin de soirée.
«Notre avocat analyse les possibilités d'une révision judiciaire, mais dans les cas d'arbitrages de griefs, la difficulté pour contester une décision est très élevée», avait-il plus tôt indiqué, dans un communiqué publié mercredi sur la page Facebook du syndicat.
Le syndicat tiendra jeudi soir une assemblée générale spéciale où il sera d'abord question de la décision d'arbitrage puis de l'embauche d'un permanent syndical local. Patrice Girard a reconnu que le permanent engagé pourrait être M. Jean. Il a indiqué que le principe avait déjà été établi par le passé que le syndicat voulait conserver l'expertise au sein du syndicat à la suite des congédiements. «Je vais demander d'avoir le droit d'embaucher un permanent. C'est sûr que M. Jean sera en tête de liste», a-t-il admis, en ajoutant que la décision revenait aux membres. «Ça va être très émotif demain soir.»