Le commerce de détail en crise

« Nous ne sommes pas dans une crise de produits locaux. Nous sommes dans une crise de commerce au détail. »

Alain Dumas, directeur général du tout nouveau site Le Panier Bleu, veut rapprocher le consommateur des commerçants d’ici. C’est pour cette raison que la plateforme lancée il y a plus d’une semaine regroupera autant les franchisés de grandes bannières canadiennes et internationales que les entreprises 100 % locales.

« Le commerce au détail souffre. On veut donc connecter le consommateur avec un commerçant pour que le commerçant puisse vivre. C’est pour cette raison que les magasins corporatifs de propriété québécoise ou les bannières internationales avec un franchisé local vont être considérés propriété québécoise », détaille M. Dumas, dans une entrevue accordée en début de semaine au Quotidien.

Au moment d’écrire ces lignes, près de 2154 commerces sont affichés, mais pendant quelques jours, les entreprises d’ici n’ont pas pu s’inscrire en raison d’un problème technique. Les premiers commerces qui ont eu la chance d’en faire partie ont été ajoutés par les instigateurs du Panier Bleu, admet M. Dumas.

« Au départ, c’était en effet arbitraire, car il fallait tester le système. On a reçu des listes de SDC et on a ajouté les entreprises qu’on connaissait. Mais le problème c’est que le trafic a tellement été fort qu’il a fallu faire des changements et enlever le formulaire temporairement. Vous allez voir demain (mercredi), plus d’entreprises seront affichées », a insisté M. Dumas, ajoutant que plusieurs commerces déjà affichés ont constaté une hausse d’achalandage à la suite du lancement de la plateforme.

En effet, le nombre d’entreprises affichées a grimpé, mais pas en région. Même qu’il a baissé au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mardi, près de 60 commerces étaient affichés, dont une dizaine étaient des bannières nationales. Vendredi, la liste régionale comptait une dizaine d’entreprises de moins.

Autres initiatives

Plusieurs initiatives pour encourager l’achat local et l’achat québécois existent déjà. Certains ont d’ailleurs contesté la pertinence de financer un nouvel outil plutôt que de soutenir ceux déjà en place. Mais le Panier Bleu souhaite agir en tant qu’ « outil fédérateur englobant toutes les initiatives qui encouragent le commerce local », peut-on lire sur le site Internet qui dresse également la liste des autres initiatives, dont « Aliments du Québec », « On se serre les coudes », « Ma Zone Québec » et « J’achète bleu ».

À l’invitation de l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, Québec a rapidement débloqué 250 000 $ pour le budget d’exploitation de l’an un du site. La plateforme, toutefois, appartient à un groupe distinct, un organisme à but non lucratif géré par des gens d’affaires provenant essentiellement de Montréal. Ces derniers ne seraient pas payés, selon les dires du groupe. L’agence Bob, qui fait aussi partie du conseil d’administration de la plateforme, aurait eu le mandat de créer le site.

« On travaille avec l’agence Bob, qui a fait le site. Je dirais aussi que beaucoup d’heures sont bénévoles. On a en quelque sorte réussi à créer un mouvement de solidarité dans la société et on est les premiers à mettre l’épaule à la roue. On a reçu des centaines de courriels de gens du milieu qui veulent venir aussi nous aider pour développer la plateforme », précise M. Dumas, ajoutant qu’il est le seul salarié du groupe.

Pourquoi ne pas avoir fait un appel d’offres pour dénicher les meilleurs outils ou meilleures solutions ? Le gouvernement n’avait tout simplement pas le luxe d’attendre, selon Alain Dumas, qui a travaillé plus de 30 ans dans le commerce au détail avant devenir consultant.

« Aux grands maux les grands moyens. Si le gouvernement était allé en appel d’offres, on serait encore en train d’en parler aujourd’hui. On voulait avoir un impact le plus rapide possible. Et sérieusement, déjà, Le Panier Bleu fait une bonne job. Mon seul objectif dans la vie c’est qu’on parle d’achat local. C’est pour cette raison aussi qu’on a opté pour un OBNL. Le gouvernement voulait s’assurer que ça ne soit pas une initiative commerciale. Il n’y a pas de vision commerciale derrière ça. On ne charge pas au commerçant ou au consommateur », répond M. Dumas.

Ce dernier ne peut garantir que la plateforme demeurera gratuite au fil des ans, mais il serait surpris que ça devienne payant.

« Pour la première année, c’est certain que ça va être comme ça. Ça pourrait un jour décider d’être autre chose, mais pour l’instant, la mission de l’OBNL reste celle-là. Ça serait, je dirais, improbable que ça change. »