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Le CIUSSS soulève la colère en imposant des horaires de travail

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean a créé une onde de choc en déployant un arrêté ministériel additionnel qui lui permet de modifier les horaires de travail de toutes les catégories d’emplois (personnel en soins infirmiers, professionnels, préposés aux bénéficiaires) afin de dispenser les services essentiels dans les différents milieux de soins.

Cet arrêté ministériel affectera tous les employés qui risquent de se retrouver dans l’obligation de travailler une fin de semaine sur deux et n’auront droit qu’à une fête sur deux pendant la période des Fêtes. Cette nouvelle stratégie en matière de ressources humaines avait été déployée avec parcimonie jusqu’à maintenant par le CIUSSS, mais la situation a changé radicalement avec l’explosion des hospitalisations et le niveau élevé de contamination du personnel hospitalier à Chicoutimi.

Les catégories infirmières, infirmières auxiliaires et préposés aux bénéficiaires seront les plus affectés par cette décision. Selon Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) au Saguenay–Lac-Saint-Jean, on va demander aux infirmières et infirmières auxiliaires de faire le gros du travail.

À titre d’exemple, le nouvel arrêté ministériel permet à l’employeur d’assigner une infirmière clinicienne qui travaille habituellement sur un horaire régulier de jour du lundi au vendredi à la clinique du diabète de faire le travail d’un préposé aux bénéficiaires sur un quart de soir dans un CHSLD.

Cette directive s’appliquera également aux infirmières en ce moment déployées dans les Groupes de médecine familiale (GMF). Le recours à ces 40 infirmières pour supporter les milieux en crise comme Jacques-Cartier et les unités de soins s’était heurté à la résistance de certains médecins dans les cliniques privées.

À titre d'exemple, une infirmière clinicienne pourrait être appelée à effectuer un quart de travail comme préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD.

« Nous ne dénigrons pas le travail de personne. Mais avant d’activer l’arrêté ministériel et de provoquer la colère de tout le monde, il aurait été préférable de procéder à des analyses plus spécifiques dans les différents milieux pour évaluer les vrais besoins. On fait le contraire et ça met tout le monde en colère alors que la situation est déjà très difficile », soutient la présidente de la FIQ régionale.

La FIQ juge que cette opération ne sera pas simple. Le syndicat sera particulièrement prudent avec le déplacement de personnel vers des services spécialisés comme l’urgence et les soins intensifs qui nécessitent habituellement des orientations de plusieurs semaines.

« Il est toujours possible de demander à une infirmière de faire un travail qui nécessite des compétences inférieures à sa formation. Les soins de base sont au programme de toutes les formations en soins infirmiers et couvrent ce que font les préposés. Quand ce sont les infirmières qui sont dans le trouble, nous n’avons aucune aide de personne en raison de l’exigence du permis de pratique. Dans notre cas, c’est le temps supplémentaire obligatoire imposé par le code de déontologie », reprend Julie Bouchard.


« Nous ne dénigrons pas le travail de personne. Mais avant d’activer l’arrêté ministériel et de provoquer la colère de tout le monde, il aurait été préférable de procéder à des analyses plus spécifiques dans les différents milieux pour évaluer les vrais besoins. On fait le contraire et ça met tout le monde en colère alors que la situation est déjà très difficile. »
Julie Bouchard, FIQ

Selon la FIQ, les renforts en provenance de l’extérieur ne sont pas suffisants pour combler la pénurie et surtout, la situation se dégrade partout au Québec. Julie Bouchard a mentionné l’arrivée de six infirmières du Centre universitaire de santé de l’Université de Montréal dans les dernières heures.

Les impacts les plus importants pour le syndicat FSSS-CSN du CIUSSS se font sentir pour les auxiliaires en santé et services sociaux qui sont dans les faits des préposés aux bénéficiaires rattachés aux services à domicile. « On a demandé aux gens d’être disponibles une fin de semaine sur deux pour ces services. Le CIUSSS souhaite visiblement que les gens demeurent plus longtemps à la maison », explique le président du syndicat Gaston Langevin.

Pour les préposés déployés dans les CHSLD et en milieu hospitalier, ils sont déjà sur des horaires une fin de semaine sur deux et la même chose pour les Fêtes. Selon Gaston Langevin, cette catégorie d’emploi a bénéficié d’une relève importante et est donc moins affectée par une pénurie de main-d’oeuvre.

« On demande aussi au personnel de soutien administratif et aux travailleurs de l’entretien et de l’hygiène du milieu de se rendre disponible. La directive permettrait à l’employeur de demander à un plombier de faire un quart de travail comme aide préposé ou aide de service dans un CHSLD. Mais on pense que l’employeur va gérer la situation avec intelligence », a ajouté Gaston Langevin, qui assure qu’une majorité des travailleuses et travailleurs collaborent toujours très bien pour donner les services à la population.

L’arrêté ministériel est aussi étendu à la catégorie 4 dans le réseau. Cette catégorie syndiquée à l’Association du personnel technique en santé comprend tous les autres professionnels en soins ainsi que le personnel en laboratoire. Les membres de cette catégorie ont déjà été déployés dans les CHSLD pendant la première vague pour assurer certaines fonctions. Ils devront aussi être disponibles les fins de semaine et l’employeur peut les assigner à différentes fonctions autres qu’infirmières ou infirmières auxiliaires.

L’arrêté ministériel permettra au CIUSSS de maximiser l’utilisation des ressources humaines dégagées par le délestage de 70% des activités chirurgicales dans la région. Ce qui signifie que chaque semaine, le CIUSSS va reporter 300 interventions chirurgicales après une analyse réalisée par des professionnels de la santé.

Ces interventions chirurgicales vont s’ajouter aux 4500 chirurgies déjà inscrites sur la liste d’attente constituée à partir de la première vague de la COVID-19 alors que le ministère de la Santé avait demandé un ralentissement du fonctionnement régulier des hôpitaux pour créer des lits COVID-19.

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ENTENTE DE PRINCIPE: UN PAS EN AVANT, ESTIME JULIE BOUCHARD

La nouvelle entente entre la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) et le gouvernement du Québec permettra d’améliorer significativement les conditions de travail dans les unités du CIUSSS et devrait protéger la région du phénomène des agences privées.

Selon la présidente régionale Julie Bouchard, l’entente de principe conclue mardi aura rapidement des impacts dans les milieux de soin et devrait permettre d’améliorer la performance du CIUSSS dans le recrutement des infirmières finissantes. Le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean avait déjà appliqué une partie de l’entente en offrant à ses 1500 infirmières la possibilité de postuler sur des horaires à temps plein.

Les nouveaux gains découlant de l’entente de principe auront un impact sur la charge de travail. C’est ainsi que le ministère veillera à modifier les ratios patients-infirmières ou résidents-infirmières afin de mettre fin à des situations comme celle du CHSLD Métabetchouan, où une infirmière a sous sa responsabilité 50 résidents. Le calcul des équipes sera évalué en fonction des tranches de 475 à 500 heures de soins par lit sur une base annuelle.

Il y a aussi des modifications à la charge de travail dans les unités de soins, ce qui permettra, selon Julie Bouchard, d’augmenter les équipes de base dans ces unités de 12 à 25%, ce qui est énorme en termes d’impact sur la charge de travail.

Il y a de plus dans cette entente une ouverture pour des postes à temps plein pour les inhalothérapeutes.

Finalement, les infirmières en CLSC et celles assignées dans les soins à domicile ne sont pas oubliées. Ces infirmières étaient rémunérées sur une base de 35 heures par semaine en raison des particularités historiques des CLSC. Elles auront maintenant une énumération sur une base de 37.5 heures. Souvent, assure Julie Bouchard, elles effectuaient ces heures sans les réclamer. Il s’agit d’une augmentation de salaire de l’ordre de 7,5% avant même les augmentations générales que le gouvernement doit négocier avec l’ensemble des travailleurs de l’État.