L’adjoint à la direction des services professionnels du CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Louis-Sébastien Doré, affirme que la demande de dérogation logée par le pédiatre Dany Harvey d’Alma constituerait un précédent.

Le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean se fait rassurant

La population du Saguenay–Lac-Saint-Jean aura toujours accès à des services de santé pour le traitement des allergies pour les enfants et les adultes nonobstant le dossier qui divise le pédiatre Dany Harvey et le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean quant à la pratique de ce spécialiste dans les murs de l’hôpital d’Alma.

Le CIUSSS a finalement décidé d’apporter des précisions sur la situation qui fait la manchette depuis quelques semaines concernant le médecin spécialiste et sa pratique. Ce dernier demande une dérogation sur le plan des effectifs médicaux de la région afin de cesser la pratique de la pédiatrie pour traiter uniquement des cas d’allergies dans les murs de l’hôpital d’Alma.

Selon l’adjoint à la direction des services professionnels du CIUSSS, Louis-Sébastien Doré, d’autres médecins de la région dispensent des services pour le traitement des allergies en cabinet. Le CIUSSS a même été avisé que d’autres pédiatres sont disposés à offrir ces services pour les jeunes et a affirmé que le docteur Harvey, comme tous les médecins, ne peut pas abandonner ses patients du jour au lendemain.

Louis-Sébastien Doré confirme que ce n’est pas la première fois que le pédiatre tente d’obtenir une forme de « statut particulier » afin de se concentrer sur le traitement des allergies. Le poste d’immunoallergologue disponible dans le plan d’effectifs autorisé par le ministère est toujours vacant dans la région, mais le CIUSSS ne peut pas transgresser les règles d’attribution de ce poste pour le confier à un spécialiste qui n’a pas le diplôme de la discipline.

« Il existe des règles de fonctionnement. Ces règles n’ont pas pour objectif de mettre des bâtons dans les roues. Elles visent surtout à s’assurer de bien répartir les services à la population. Il est impossible pour le conseil d’administration du CIUSSS d’accorder des privilèges à un médecin pour une discipline autre que celle dans laquelle il a été diplômé », insiste Dr Doré.

Nonobstant ces règles bien établies à la grandeur du Québec, la direction des services professionnels du CIUSSS a soigneusement analysé la demande du pédiatre. L’analyse a été faite en fonction de l’accessibilité aux services et des impacts sur les autres services. Le CIUSSS juge aussi qu’il y a un important enjeu d’équité et que la demande du spécialiste constitue un précédent que d’autres médecins pourraient utiliser afin d’obtenir le même privilège.

Malgré cette position, la demande du médecin a été envoyée au ministère pour une analyse additionnelle.

Le CIUSS privilégie la façon de faire qui existe dans toutes les régions du Québec, où le traitement des allergies se fait partout en cabinet, à l’exception des tests qui représentent des risques, lesquels se déroulent en milieu hospitalier. Les soins sont dispensés gratuitement, comme tous les autres services assurés par la RAMQ.

Dans le présent cas, la démission d’un pédiatre à Alma aurait des répercussions sur les services d’obstétrique puisque les gynécologues d’Alma refusent de faire des accouchements quand le centre est à découvert, pour des raisons de sécurité pour les femmes.

Le CIUSSS régional tient des discussions pour accueillir un allergologue détenant un diplôme dans cette spécialité. La direction a aussi apporté une modification dans le dépôt du dernier plan d’effectifs en réclamant deux postes d’immunoallergologue pour rendre la pratique plus attrayante.

+

LA GARDE OBLIGATOIRE REMISE EN QUESTION

La demande de dérogation du pédiatre Dany Harvey d’Alma remet en question certains fondements du fonctionnement du système hospitalier comme la garde obligatoire, estime Jean-Benoît Bouchard, chef du service de pédiatrie du CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

La pratique en milieu hospitalier accorde à un médecin du soutien du personnel médical, des plateaux techniques et une rémunération basée sur un système mixte de forfaits et d’actes médicaux.

En contrepartie, le médecin doit assurer des gardes. Il doit aussi accepter la répartition du centre régional de rendez-vous, lequel permet aux patients d’avoir accès à une consultation avec un spécialiste quand l’état le justifie.

« Plusieurs spécialistes développent une expertise dans un autre domaine. Nous ne contestons pas l’expertise développée par le docteur Dany Harvey pour les allergies. Ce n’est pas le point. Mais si on commence à permettre de donner des dérogations à tous les médecins qui ont développé une autre expertise que leur spécialité, tout en autorisant à ce qu’ils n’aient plus leur obligation de pratique dans leur spécialité, on va se créer tout un problème pour les gardes que nous devons assumer en alternance », a déclaré Jean-Benoît Bouchard, au Quotidien.

« Ça n’a pas de sens, a-t-il ajouté. Il a pris une décision qui a des conséquences pour lui et il voudrait que l’on crée un précédent pour éviter ces conséquences. Le pédiatre Dany Harvey pourrait très bien faire 90 % de sa pratique dans un bureau en ville ou intégrer un GMF. Personne ne l’empêche de faire ce choix. Comme il pourrait conserver son poste de pédiatre », ajoute le chef du service, qui souhaite que le ministère abonde dans le même sens et évite de créer un précédent.

Toute la question concernant le maintien des services à la population pour les problèmes d’allergie n’inquiète pas Jean-Benoît Bouchard. Il affirme que ses collègues du Lac-Saint-Jean sont tout à fait disposés à prendre en charge les cas d’allergie, tout comme ceux de Chicoutimi. Ils ouvrent aussi la porte à venir en renfort pour les dossiers concernant les adultes, quand la situation l’exige.

 « En général, la pratique pour les allergies se fait pratiquement toujours en cabinet privé. Les cas traités en hospitalisation sont limités aux tests qui représentent un risque plus élevé, comme les allergies aux médicaments ou à certains aliments. »

Au Québec, la pratique en milieu hospitalier pour un spécialiste est rémunérée par un montant forfaitaire de 700 $ par jour. Le médecin a de plus droit à une rémunération pour chaque acte médical posé. Dans le cas d’Alma, ces actes sont rémunérés à 125 % du tarif puisqu’ils travaillent en région éloignée.

Un spécialiste qui pratique dans un bureau à l’extérieur de l’hôpital doit en moyenne débourser 50 000 $ par année pour financer les services administratifs et le loyer. Ces services sont assumés par le personnel du CIUSSS quand un spécialiste a une pratique permanente en établissement.