Le CIUSSS diminue sa capacité d’interventions chirurgicales de 70%

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean va reporter pas moins de 300 chirurgies par semaine, pour une réduction de 70 pour cent des activités dans les blocs opératoires, afin de diriger le personnel vers les soins COVID, ce qui aura comme conséquence d’amplifier la problématique des listes d’attente, au cours des prochaines semaines.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé a demandé aux CIUSSS et CISSS de diminuer les activités dans les blocs opératoires de 50% pour faire face à la crise. La situation est encore plus dramatique au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où le CIUSSS doit réduire de 70% les activités chirurgicales et fonctionner avec 4 salles sur 15 au Saguenay.

La présence au point de presse régulier du CIUSSS de la directrice des services professionnels, la docteure Marlène Landry, traduit bien la gravité de la situation. La patronne des médecins est plus que préoccupée par cette situation.

« La capacité dans la région est de 1800 chirurgies par mois. Si l’on se met à 30% de cette capacité, ça signifie que 300 chirurgies par semaine sont délestées. C’est un nombre important et qui nous inquiète. On travaille très fort. On a des équipes d’experts qui regardent chacune des chirurgies reportées et qui s’assurent que l’on priorise les bonnes personnes », a insisté la DSP du CIUSSS.

Le réseau régional de la santé est donc plus que jamais dans une situation précaire, malgré la baisse de tous les indicateurs utilisés pour mesurer l’étendue de la pandémie. La région a occupé pendant cinq semaines la première place au Canada pour la prévalence de la maladie et cette situation a fait des ravages au sein du personnel des hôpitaux.

Marlène Landry ne peut évidemment pas confirmer que ce délestage massif des activités chirurgicales n’aura pas d’impact pour certaines personnes. Le comité formé de plusieurs spécialistes en médecine qui analyse chacun des cas tente d’identifier du mieux possible sur une base clinique les chirurgies essentielles et celles que l’on peut reporter.

Il n’est pas plus facile pour Marlène Landry d’établir un échéancier qui permettra de faire le rattrapage nécessaire pour les activités chirurgicales. Elle a cependant réitéré que le comportement de « chacun d’entre nous » sera déterminant puisqu’il aura un impact à la hausse ou à la baisse sur la pression exercée sur le réseau régional de la santé.

La docteur Marlène Landry, directrice des services professionnels du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, a confirmé que les activités chirurgicales de l’établissement de santé sont réduites de 70 pour cent afin de libérer le personnel médical pour supporter les unités COVID-19.

La directrice des services professionnels a admis que le rattrapage en chirurgie deviendra un enjeu québécois, puisque tout le monde sera confronté aux mêmes problématiques que celles prévalant avant le début de la pandémie. La limite à la capacité de récupération est fixée par le personnel nécessaire pour les activités chirurgicales. La pénurie d’infirmières ne sera pas moindre à la fin de la pandémie.

Les chiffres de la Santé publique depuis le début de la pandémie semblent démontrer qu’il existe un phénomène de surmortalité au sein de la population québécoise en plus de la surmortalité provoquée par la COVID-19. Selon Donald Aubin, il faudra un certain temps afin de pouvoir procéder à ce genre d’analyse, mais il admet que la pression sur le système de santé provoquée par la pandémie et les conséquences des hospitalisations liées à la COVID-19 ont définitivement des effets à long terme pour certaines personnes et cette réalité justifie plus que jamais de se protéger contre le virus.

Les chiffres publiés jusqu’à maintenant par la Santé publique permettent de bien comprendre l’ampleur des ravages causés par la maladie au sein du réseau régional de la santé. Depuis mars, la région a enregistré 5909 cas positifs à la COVID-19 pour l’ensemble de la région. Ce nombre comprend 1078 travailleurs de la santé. L’éclosion à l’hôpital de Chicoutimi, qui accueille la majorité des cas de COVID-19, a touché 349 personnes, majoritairement du personnel médical dans les catégories infirmières, infirmières auxiliaires et préposés.

Éclosion à l’urgence

Comme si la situation n’était pas assez précaire, le docteur Donald Aubin a confirmé que le service d’urgence de l’hôpital de Chicoutimi a été déclaré comme milieu d’éclosion officiel. Deux cas positifs de COVID-19 y ont été confirmés avec des liens entre eux. Les différentes équipes d’intervention sont au travail afin de tenter de freiner cette éclosion.

Les deux médecins ont rappelé à plusieurs reprises pendant le point de presse que malgré la baisse des indicateurs, il était toujours nécessaire de respecter les règles de distanciation et de protection. Le directeur de la Santé publique est toutefois demeuré prudent quand il a été interrogé sur la pertinence de procéder à un confinement de 14 jours pendant la période des Fêtes afin de donner un véritable répit au réseau de la santé.

Il a cependant admis qu’il y avait des discussions en ce moment et que différentes possibilités sont analysées, incluant celle d’un confinement de 14 jours. Généralement, ce genre de réponse indique que la Santé publique est tout de même avancée dans son analyse de la situation.

Malgré un ralentissement de la progression de la maladie dans la région, le virus est toujours bien présent dans les résidences privées pour aînés (RPA). Il s’agit d’un indicateur de premier plan dans la gestion du réseau de la santé, car les résidents qui développent la maladie ont de fortes chances de se retrouver à l’hôpital ou aux soins intensifs. À titre d’exemple, le Manoir Champlain pourrait franchir les 200 cas dans les prochaines heures.