Le chablis peut causer d’importants dommages sur un peuplement résiduel, comme c’est le cas sur cette photo.

Le chablis étudié sous tous ses angles

Le chablis, une perturbation naturelle qui affecte notamment la forêt boréale, est actuellement scruté à la loupe par une équipe de chercheurs dont fait partie Miguel Montoro Girona, du Laboratoire de biologie végétale et animale de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Au cours des 10 dernières années, leurs expériences ont démontré l’importance de se pencher sur un phénomène qui risque d’être de plus en plus important et fréquent dans l’avenir.

Le chercheur affilié à l’UQAC a dévoilé le fruit du travail accompli par son équipe. Des traitements sylvicoles expérimentaux effectués dans les forêts de résineux sur les monts Valin et sur la Côte-Nord ont permis de mieux comprendre le chablis, tout en trouvant des moyens d’aménagement pour minimiser les impacts de ce phénomène.

Des coupes expérimentales ont été effectuées, puis étudiées 10 ans plus tard. Des coupes partielles variant entre 35 et 55 pour cent ont affiché des niveaux modérés de mortalité par le chablis. « En revanche, la réserve de semencier avec une intensité de coupe de 75 pour cent a enregistré une mortalité de 60 pour cent des arbres résiduels », soulève le chercheur d’origine espagnole Miguel Montoro Girona, qui travaille également au sein du groupe de restauration écologique à l’Université suédoise des sciences agricoles, une des universités les plus réputées au monde en matière de recherche forestière.

Le chablis peut causer d’importants dommages sur un peuplement résiduel, comme c’est le cas sur cette photo.

« C’est une étude effectuée sur plus de 2000 arbres et touchant plus de 30 variables, met en contexte le chercheur postdoctoral. Nous avons réussi à expliquer les facteurs qui ont influencé la mortalité des arbres renversés, cassés et morts debout. C’est une grande contribution parce que la majorité des études de chablis n’ont pas différencié les types de mortalité. De plus, nous avons évalué les pertes par mortalité dans notre traitement d’étude. Une relation entre l’intensité de coupe et la mortalité a été déterminée. Enfin, notre étude a démontré que nos traitements à l’étude sont capables de minimiser le risque de chablis. »

Le chablis a déjà fait l’objet de différentes études, mais jamais aussi poussées que celles menées par Miguel Montoro Girona, son directeur de recherche Hubert Morin et ses collègues. L’expert sur le chablis en forêt boréale, le professeur Jean-Claude Ruel de l’Université Laval, a également contribué, et le dispositif de recherche a été désigné en 2003 par Jean-Martin Lussier, du Service canadien des forêts.

« Tous les articles sur le chablis parlent du phénomène de façon générale, mais nous avons décidé de le classifier en trois types de mortalité, explique Miguel Montoro Girona. Nous avons décidé de différencier les types de mortalité pour mieux comprendre le phénomène. Par exemple, nous avons trouvé que les arbres plus gros et plus hauts ont principalement tendance à être renversés. En revanche, les arbres qui ont plus de compétition autour ont tendance à être morts debout à cause de la suppression. Ce type de mortalité a d’ailleurs été le plus compliqué à expliquer. »

Un des types de mortalité provoqués par le chablis est le renversement.

Le chablis a été évalué après les traitements sylvicoles, de manière à étudier les facteurs pour expliquer le phénomène après les coupes forestières.

« C’est un phénomène écologique ultra complexe parce qu’il y a beaucoup de variables à considérer et qui peuvent influencer le taux de mortalité », note Miguel Montoro Girona, citant en exemple la topographie de la forêt, le climat, l’exposition des arbres aux vents, la vitesse de ceux-ci, la hauteur des arbres et la densité de la forêt. Les essences d’arbres ont été prises en considération puisqu’il a été établi que certaines sont plus vulnérables que d’autres au chablis. »

La fragmentation du paysage a été un des autres éléments observés par l’importance des effets du chablis.

Un arbre mort debout, après avoir été victime du chablis.

« Quand les vents atteignent un endroit où il y a eu une coupe, les arbres sont plus vulnérables que dans une forêt où il n’y a pas eu de coupe », fait remarquer le chercheur de l’UQAC.

Miguel Montoro Girona se souvient de l’année 2012, où les restes de l’ouragan Sandy avaient frappé fort sur la côte est américaine, infligeant des dommages à la forêt boréale.

« Avec les changements climatiques, ces perturbations vont être beaucoup plus fréquentes et sévères et elles risquent d’affecter la forêt boréale, prévient-il. Le chablis a un impact écologique, mais également économique en raison de la perte du bois. Les tempêtes peuvent affecter les endroits nordiques, donc les forêts boréales risquent d’être victimes d’un effet massif de chablis. Cette situation va être beaucoup plus courante ; donc il faut commencer à s’adapter en modifiant notre aménagement forestier. »

Les données récoltées sur le terrain par les chercheurs vont permettre de dicter l’approche à adopter dans le futur, soutien Miguel Montoro Girona.

« Le chablis, comme les autres perturbations naturelles, est considéré comme un facteur aléatoire relié au climat, qui est effectivement difficile à prédire, mais il y a aussi le facteur de la vulnérabilité des arbres, remarque-t-il. Sur ce facteur, nous pouvons travailler pour réduire les risques de chablis en ciblant des peuplements d’essence d’arbre. »

Les chercheurs ont cosigné un article sur le sujet qui a été publié sur le réputé site Frontiers in Forests and Global Change : https ://www.frontiersin.org/articles/10.3389/ffgc.2019.00 004/full

Différents traitements sylvicoles ont été expérimentés pour minimiser les impacts du chablis sur la forêt.

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LE CHABLIS, C'EST QUOI?

Un chablis est, au sens restreint, un arbre déraciné sous l’action de différents agents naturels (vent, foudre, neige, chute d’un autre arbre) ou pour des raisons qui lui sont propres (vieillesse, pourriture, mauvais enracinement), sans intervention de l’homme, du fait d’un orage ou du vent, notamment. Par extension, chablis peut désigner aussi la dépression du sol due à un déracinement naturel.

Au sens large, un chablis est un ensemble d’arbres renversés, le plus souvent par des vents violents. Ainsi, une rafale descendante ou une tornade sous un orage peut causer un corridor de dégâts en forêt qui sera appelé un chablis. Des vents violents généralisés peuvent également causer de tels chablis dans les endroits les plus exposés.

Les arbres d’un chablis perdent généralement de leur valeur marchande à cause des dégâts causés au bois (fentes, casses, torsion).

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TORDEUSE DES BOURGEONS DE L'ÉPINETTE: LE TRAVAIL SE POURSUIT

Miguel Montoro Girona est également connu pour étudier le phénomène de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE), insecte ravageur des peuplements de conifères. Le chercheur supervise le projet de maîtrise de Janie Lavoie, étudiante à l’UQAC, qui cherche à évaluer les impacts des épidémies de la TBE sur la défoliation. 

Pour avoir un point de vue global et efficace, des drones sont utilisés pour survoler les endroits où des coupes partielles ont été effectuées dans le cadre du projet d’étude sur le chablis.