Le premier ministre Philippe Couillard

Le caribou forestier inquiète plus que le bois d'oeuvre

Quand Ottawa va enlever l'incertitude entourant le caribou forestier, les compagnies forestières vont investir au Québec et principalement dans la région.
C'est le message qu'a lancé le premier ministre Philippe Couillard lors d'un entretien avec Le Quotidien. «La question du caribou représente une incertitude pour l'industrie qui voudrait réaliser des investissements. Et j'en ai parlé directement avec monsieur (Justin) Trudeau, car c'est un dossier majeur pour l'avenir de notre industrie. La moindre erreur dans ce dossier peut déstabiliser l'économie régionale», a-t-il confié.
Lors de la présence du conseil d'administration de Produits forestiers Résolu à l'inauguration des Serres Toundra, le président Bradley P. Martin a mentionné au premier ministre l'intention d'investir dans la région, mais les incertitudes devront être dissipées. «Ils aiment les installations et la qualité de la main-d'oeuvre, ils ont des projets de transformation, mais plus que la question du bois d'oeuvre, c'est le caribou forestier qui les inquiète. Quand cette incertitude sera soulevée, ils devraient investir», a-t-il ajouté.
Comme Philippe Couillard veut s'assurer que Résolu investisse dans la région, il durcit le ton. «J'ai envoyé des signaux très clairs à Ottawa. Ne vous mêlez pas de ça. Nous, on a mis notre plan en place et il ne se perdra pas une job à cause du caribou. Je ne veux pas voir Ottawa agir de façon unilatérale là dedans. On veut bien collaborer, mais ça va en rester là», a-t-il insisté fermement.
Et pour éviter toute ambiguïté, le gouvernement va faire réaliser des inventaires des hardes de caribou régulièrement et réalisera des études scientifiques sur son comportement. «Rappelons que 75% des caribous se retrouvent au nord de la limite nordique, alors ce n'est pas vrai que l'industrie forestière a l'effet déstabilisant que certains lui prêtent», martèle-t-il. 
Bois d'oeuvre
Pour ce qui est du dossier du bois d'oeuvre, Philippe Couillard met aussi de la pression sur Ottawa pour qu'il règle la situation. «Il faut être prudent sur ce que l'ont dit pour ne pas que les Américains pensent qu'on subventionne. Par contre, je le répète, on va être là pour soutenir l'industrie à notre façon. C'est entre les mains d'Ottawa, c'est à eux de négocier», affirme-t-il.
Le premier ministre indique que son gouvernement a fait la promotion du régime forestier partout dans le monde, mais principalement aux États-Unis pour démontrer qu'il n'est pas subventionné par l'État. «On a un réseau de représentation très actif. Mes collègues sont allés aux États-Unis. Je vais y aller aussi. Je vais écrire à des sénateurs et on va continuer à les informer. Car malheureusement, il y a encore des gens qui disent que le régime québécois est subventionné alors que c'est faux», a-t-il mentionné.
Par contre, il est bien conscient que les États-Unis ne signeront pas une entente régionale avec les provinces. «Il faut qu'ils sachent et reconnaissent que le régime québécois répond à leur demande de la question du prix du libre marché. Qu'il n'y a pas de subvention dans notre industrie», souligne-t-il.
Pour justement ne pas être dépendant seulement du bois d'oeuvre, il espère que le projet de relance de l'usine de Panneaux Chambord par Norbord se réalisera. «Ce sont des produits qui ne sont pas touchés par ce conflit. Ça va créer des emplois et ça va stabiliser la question du feuillu dans notre région. Je vous le dis: le bois, ils vont l'avoir, et le soutien financier, ils vont l'avoir. On a des véhicules financiers pour le faire comme Investissement Québec. Si ça se concrétise, ça serait une victoire extraordinaire. Je sens qu'ils sont très sérieux, il ne manque que la date de l'ouverture et le nombre d'employés», a-t-il mentionné. 
Philippe Couillard a indiqué que les équipements qui posent problème pour l'environnement ne seraient pas un frein pour un éventuel démarrage.
Pour ce qui est du projet de Biomoss carbone, il a lancé la serviette.
Philippe Couillard a mentionné qu'en parallèle avec un démarrage de l'usine de Chambord, le projet de scierie de composante de palettes de La Doré pourrait se concrétiser. «Je pense que ce projet pourrait être complémentaire. Ils devront se parler», a-t-il affirmé.
Plusieurs projets locaux
Philippe Couillard assure que de nombreux projets locaux dans sa circonscription vont se réaliser au cours de 2017.
«Je les appelle les projets de mes maires. La piscine intérieure à Dolbeau-Mistassini et l'aréna à Roberval devraient être concrétisés en 2017. Ce sont des projets importants pour la qualité de vie des communautés», a-t-il mentionné.
Le développement du nouveau Palais de justice à Roberval progresse bien également. «C'est acquis qu'on va le faire. Ils sont en train de discuter la formule finale. C'est sur la bonne voie», a-t-il informé.
L'agrandissement du parc de la Pointe-Taillon, la réfection de la route de Vauvert et l'école entrepreneuriale de Dolbeau seraient également bien positionnés pour recevoir le financement demandé
En bref
Main-d'oeuvre aux Serres Toundra
Philippe Couillard serait désolé que les promoteurs des Serres Toundra soient obligés de faire appel à des Mexicains pour combler le problème de main-d'oeuvre. «Je m'attends à ce qu'ils soient obligés d'engager des employés étrangers parce qu'il y a plein de Québécois qui ont été engagés, mais qui sont partis. Là, les jeunes, il faut qu'ils embarquent et qu'ils prennent ces emplois. Il faut envoyer un signal aux jeunes et leur dire que l'on crée des emplois en région de qualité, il faut les occuper», a-t-il déclaré. Philippe Couillard estime que certains de ces emplois pourraient être comblés par des gens de Mashteuiatsh.
Entretien CL 215
L'entretien des CL-215 est presque impossible à déménager à Roberval.
«C'est un dossier plus difficile! La dernière fois que des évaluations ont été faites, ça démontrait qu'il n'y avait pas d'avantages à déplacer l'entretien ailleurs qu'à Québec. Il faut que ce soit une décision qui se tienne sur le plan commercial et financier. M. (Guy) Larouche m'a remis une nouvelle étude, on va l'analyser, mais soyons clairs, ce dossier-là va être très difficile à réaliser.»
Pression des agriculteurs
Philippe Couillard ne veut pas retarder d'un an la refonte du programme de crédit de taxe foncière des terres agricoles. Il préfère parler avec les agriculteurs. «Je n'ai pas l'impression que les agriculteurs ont l'heure juste sur cette question. Je regarde la communication qu'a faite l'Union paysanne et qui démontre qu'il y a beaucoup d'agriculteurs qui bénéficient des changements qui ont été annoncés. Et malheureusement, ce n'est pas connu ici. J'ai parlé à des agriculteurs lundi et ils m'ont dit que ça avait des impacts positifs pour eux, alors je pense qu'il faut faire l'équilibre. C'est pour cette raison que nous avons demandé à un expert indépendant de nous donner l'heure juste entre la position du gouvernement et celle de l'UPA. Il faut répéter que les agriculteurs du Québec sont les plus soutenus au Canada.»
Autoroute Alma-La Baie
«Le prochain segment qui sera réalisé est celui qui va nous amener à La Baie, car les travaux préliminaires sont très avancés, ce qui va permettre de l'inscrire au programme d'immobilisation. Le segment en construction va être complété dans les délais à l'automne 2017. Pour ce qui est de la section Saint-Bruno, elle sera complétée dans les années 2020.»
Entreposage des boues rouges
«Rio Tinto a obtenu la phase un, qui les mène jusqu'en 2030. Nous, on veut faire avancer la phase deux qui devrait mener à des audiences du BAPE. Comme ils ont un préjugé pour l'emploi, c'est un signal très positif. Il faut les accompagner, on ne peut pas leur amener de l'incertitude quand on veut qu'il bouge sur l'usine AP60. Il y a des réticences de certains citoyens, mais la majorité semble pour le projet qui va générer beaucoup d'emplois.»
Affichage Normandin
Le nom de Normandin sera ajouté sur les pancartes du ministère des Transports au tour du lac Saint-Jean au même titre que Roberval, Dolbeau-Mistassini et Saint-Félicien comme le conseil le demandait. C'est la présence de l'usine de Résolu et le travail du député de Roberval qui a permis de corriger cette lacune.
Pauvreté
Bien que Saint-Félicien, Roberval et Dolbeau-Mistassini soient considérées comme des villes pauvres, le député de Roberval ne s'inquiète pas. «C'est pour cette raison qu'il faut soutenir des projets créateurs d'emplois comme les Serres Toundra et le redémarrage de Norbord. La situation n'est pas si dramatique. Le taux de chômage a baissé de quatre points et il s'est créé 2200 emplois. C'est une assez bonne performance, mais on peut faire mieux.»