Le canola, maître du glyphosate

Même si l’utilisation du glyphosate n’est pas aussi répandue que dans le sud du Québec, le pesticide inquiète tout de même certains producteurs de la région.

« Qui dit canola au Saguenay-Lac-Saint-Jean dit Roundup, estime Jean-François Robert, un producteur biologique de Saint-Félicien. Au moins 95 % du canola cultivé ici est du canola génétiquement modifié pour tolérer le glyphosate. »

Selon Christine Gagnon, agronome au Groupe multiconseil agricole Saguenay-Lac-Saint-Jean, il est vrai de dire que la vaste majorité du canola cultivé dans la région est génétiquement modifié. Alors qu’une partie des superficies est plantée avec du canola Roundup Ready, qui résiste à l’épandage du glyphosate, une bonne proportion utilise aussi le cultivar LibertyLink, qui résiste plutôt au glufosinate, une autre molécule qui agit comme herbicide non sélectif. « Le Roundup s’attaque aux racines de la plante alors que le glufosinate doit être en contact avec les feuilles pour être efficace », explique-t-elle. Tout comme le glyphosate, sa toxicité est considérée comme étant faible à modérée. À forte concentration, le glufosinate peut être nocif.

La culture du canola a pris de l’expansion dans la région depuis 1999, car le climat frais favorise sa croissance. Toutefois, les producteurs ne peuvent pas semer cette culture trop fréquemment pour éviter les maladies. « Les producteurs doivent éviter de cultiver du canola pendant quatre ans pour éviter la présence d’un champignon qui cause une chute drastique des rendements », ajoute l’agronome.

En 2017, on retrouvait 5600 hectares de canola sur une superficie totale de 137 300 hectares, soit environ 4 % des terres agricoles.

Jean-François Robert s’inquiète également de l’utilisation du glyphosate avant la récolte, qui est parfois utilisée par des producteurs de la région depuis une quinzaine d’années.

« Selon l’étiquette qui est fournie sur le produit, ce genre d’application est suggérée », admet Christine Gagnon. Dans l’Ouest canadien, la pratique est répandue pour que les céréales sèchent de manière plus égale. Cette pratique a toutefois fermé l’accès à certains marchés, notamment en Italie.

Dans la région, cette pratique est peu répandue, même si elle existe, soutient l’agronome. « J’ai eu des témoignages d’agriculteurs qui m’ont dit qu’ils l’ont fait une fois, mais qu’ils n’ont pas aimé ça, dit-elle. Cette année, il a aussi eu des discussions à ce sujet sur les réseaux sociaux pour trouver des manières de faire sécher les grains avec la saison tardive, mais les producteurs ont répondu qu’une telle application n’était pas bien vue par le public. »

Selon Christine Gagnon, les herbicides devraient être seulement une des solutions envisagées par les producteurs pour se défaire des mauvaises herbes. Elle souligne que de nouvelles stratégies, comme le désherbage électrique, pourraient permettre de réduire l’utilisation de pesticides. « Il faut toutefois éviter de remplacer un produit par un autre produit encore plus nocif pour l’environnement ou pour la santé humaine », estime l’agronome, qui fait la promotion de la lutte intégrée.