C’est quelques jours après la disparition de son mari que Véronique Mercier a commencé à songer à l’aspect financier lié à cette perte, puisque les comptes devaient être payés.

Le calvaire de ceux qui restent

Votre mari, votre épouse ou même votre conjoint disparaît sans laisser de traces. Les recherches effectuées autant par les policiers que les bénévoles n’ont rien donné. Au-delà de la peine, de l’incompréhension et de l’inquiétude, les conséquences légales et financières liées à cette disparition s’ajoutent à la gamme d’émotions déjà vécue par les proches. Qu’arrive-t-il à ceux et celles qui restent, lorsqu’un proche se volatilise?

Le cas de la disparition de Cédric Gouillart, cet homme de 48 ans qui manque à l’appel depuis maintenant deux semaines, a poussé Le Progrès à se pencher un peu plus sur le sujet. C’est qu’une campagne de sociofinancement a été lancée, vendredi, par une amie de la conjointe de Cédric Gouillart, Véronique Mercier.

En effet, Virginie Hallahan Pilotte, témoin de la détresse de son amie, a voulu, à sa manière, lui venir en aide. Puisqu’en plus de ne pas avoir de nouvelles de son mari depuis deux semaines, ignorant même s’il est encore vivant, Véronique Mercier doit survenir aux besoins de sa famille, tout en prenant en charge les paiements réguliers du couple, tels que l’hypothèque.

Parce qu’en cas de disparition de ce genre, c’est le conjoint ou l’époux qui devient responsable du paiement des factures. La prime d’assurance vie ne peut être touchée, puisque Cédric Gouillart est toujours considéré comme vivant. La prime d’assurance-invalidité ne s’applique pas non plus, puisque l’homme est tout simplement absent. Elle ne peut pas non plus vendre des biens appartenant à Cédric Gouillart, puisque ces biens font toujours partie de son patrimoine.

Véronique Mercier a donc dû demander les services d’un avocat pour apprendre qu’elle n’avait pas accès à grand-chose.

«En fait, il n’y a absolument rien qui s’offre à moi. La loi protège les disparus, mais les familles, elles, n’ont aucun droit. On ne peut même plus vivre notre peine, puisqu’il faut s’inquiéter de la façon dont on va payer les factures», a affirmé Véronique Mercier, lors d’une entrevue accordée au Progrès, vendredi.

Cédric Gouillart est porté disparu depuis maintenant deux semaines.

C’est quelques jours après la disparition de son mari que Véronique Mercier a commencé à songer à l’aspect financier lié à cette perte, puisque les comptes devaient être payés.

«Je me suis vite aperçu, en discutant avec un avocat (en l’occurrence Me Bruno Cantin), que je n’avais droit à rien. Je dois subvenir aux besoins de ma famille, tout en payant seules les factures, dont l’hypothèque. Je n’ai pas droit aux assurances qu’on avait pris soin de contracter, puisque la situation n’est pas claire aux yeux de la loi. En fait, il y a vraiment un manque et un vide. Je peux vous dire que je suis dans un vrai merdier», a confié Véronique Mercier.

«Le pire, c’est que Cédric et moi, on avait tout réglé pour s’assurer que lorsqu’un de nous décéderait, l’autre n’aurait pas de souci financier. Nous avons trois assurances-vie. Mais dans le cas de personnes disparues, ça ne sert strictement à rien. Je me suis donc dit que je pourrais vendre la voiture ou le campeur, mais je ne peux pas, puisque ces biens sont au nom de Cédric et je ne peux pas les liquider, car il n’est pas déclaré mort. Bref, les biens des disparus sont protégés, mais on se fout que ceux qui restent perdent tout. Car c’est ce qui va finir par m’arriver. J’ai travaillé toute ma vie pour pouvoir avoir ce que j’ai aujourd’hui. Mais je ne pourrai pas continuer seule», a ajouté Véronique Mercier, qui est travailleuse autonome, ce qui fait en sorte qu’elle n’a pas non plus d’assurance-salaire en cas d’absence. Et, compte tenu des circonstances, elle n’est pas en mesure de travailler.

Au cours des prochains jours, Véronique Mercier et ses proches devront nommer un conseil de famille devant un notaire. Ce conseil de famille élira un tuteur à l’absent, qui pourra gérer les biens du disparu. Mais, encore selon la loi, on ne peut pas liquider le patrimoine d’une personne disparue avant un délai d’un an, même si un tuteur à l’absent a été nommé. Et toutes les décisions doivent être approuvées par les tribunaux, ce qui occasionne, une fois de plus, des frais. Soulignons que le décès d’une personne disparue peut être déclaré officiellement après un délai de sept ans.

L’avocat Me Bruno Cantin a donc été chargé d’évaluer la situation de Mme Mercier.

«Je dois admettre qu’en 32 ans de pratique, je n’ai jamais vu un dossier comme celui-ci. J’ai déjà travaillé une fois sur un cas de personne disparue, mais c’était un homme qui était parti en chaloupe avec deux autres personnes. Il y a eu deux survivants, mais on n’a jamais retrouvé le troisième. Cette fois-ci, c’était plus facile, puisqu’il y avait de bonnes pistes pour conclure à un décès. Dans le cas qui nous préoccupe, c’est beaucoup plus compliqué», a expliqué Me Cantin. Ce dernier tentera de trouver une piste de solution avec les assurances invalidité de Cédric Gouillart, mais encore là, il devra prouver que l’homme était invalide en raison d’un problème de santé mentale, par exemple, avant de disparaître. «Ça ne sera pas un dossier facile, mais on va travailler dans l’intérêt de madame», a souligné l’avocat en droits civils et familiaux.

Véronique Mercier enlace Mickael Desbiens, d’Urgence sauvetage Québec, qui a mené des recherches.

L'ESPOIR N'Y EST PLUS

Près de deux semaines après la disparition de son mari, Véronique Mercier admet qu’elle n’a plus d’espoir de le retrouver vivant. 

«Je vous dirais que l’espoir nous a quittés, mes filles et moi. Même les enquêteurs nous ont dit de ne plus espérer. Lorsque les recherches cessent, lorsqu’aucun indice n’est trouvé, l’espoir quitte aussi», a confié la dame, qui concentre ses énergies à se maintenir la tête hors de l’eau. Car Véronique Mercier ne dort plus depuis la disparition de Cédric Gouillart. Elle se sent laissée à elle-même et abandonnée.

«Je suis aussi en colère contre lui. En colère qu’il nous ait laissées comme ça, sans penser aux conséquences. Disons que je ressens beaucoup d’émotions différentes et que je crains être rattrapée par la maladie mentale, maintenant», souligne la dame. Véronique Mercier avoue également qu’elle serait soulagée, d’une certaine manière, que le corps de son mari soit retrouvé.

Rappelons que l’homme avait fait une tentative de suicide quelques jours avant sa disparition. Il n’a toutefois pas laissé de note et a quitté la demeure après une dispute familiale. Il n’avait pas son porte-feuille avec lui.

Vide de services

Véronique Mercier aurait bien voulu avoir du support psychologique, mais elle n’a pas reçu d’aide appropriée. «Aucun organisme régional n’est entré en contact avec moi. Lorsque j’ai tenté d’obtenir de l’aide, on m’a référée au 811 (Info-Santé). J’ai téléphoné et on m’a dirigée vers un organisme provincial, qui m’a ensuite référée à son dépliant. Lorsqu’on vit une crise et qu’on est référé à droite et à gauche, ça donne le goût d’abandonner», souligne Véronique Mercier.  

Les proches des disparus ne peuvent pas non plus se tourner vers des organismes comme le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels, puisque Véronique Mercier n’est pas une victime, aux yeux de la loi. Toutefois, la directrice régionale du (CAVAC), Nathalie Turcotte, a assuré au Progrès que si Mme Mercier téléphone, elle sera conseillée et un organisme plus approprié pourrait être déniché par les intervenants. «On s’assure de faire le pont et de faciliter la situation, même si la personne ne cadre pas dans nos services», a affirmé Mme Turcotte.

Les recherches terrestres menées par les policiers sont terminées, mais l’enquête se poursuit.

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L'ENQUÊTE TOUJOURS EN COURS, MAIS RIEN DE CONCLUANT

L’enquête des policiers de la Sécurité publique de Saguenay n’a pas encore permis de retracer Cédric Gouillart. Bien que les recherches terrestres aient pris fin le week-end dernier, l’enquête se poursuit toujours, assure l’agent Bernard Moreau. Certaines informations ont été reçues de la part de citoyens, mais aucune d’entre elles n’a été concluante. Mais à quel moment les policiers prennent-ils la décision de mettre un terme aux recherches? Dès les premiers jours qui ont suivi la disparition, les périmètres de recherches partant du point où le disparu a été vu pour la dernière fois sont précisés. Au fil des jours, cette zone de recherche s’élargit, mais si aucun indice n’est trouvé, il est difficile de poursuivre les patrouilles terrestres indéfiniment, à l’aveuglette.

Le secteur où a été vu Cédric Gouillart pour la dernière fois est bordé par la rivière Chicoutimi et par la forêt qui s’étend jusqu’à la Réserve faunique des Laurentides d’un côté et le lac Kénogami de l’autre. 

«Pour l’instant, les recherches sont terminées. Mais si nous recevons une information, c’est évident qu’on va s’y rendre et reprendre les recherches. L’enquête se poursuit néanmoins au bureau et toutes les pistes reçues sont étudiées», a souligné l’agent Moreau. 


DÉLAI DE SEPT ANS

Selon le gouvernement provincial, une personne est présumée vivante durant les sept années qui suivent sa disparition, à moins que son décès ne soit prouvé pendant cette période.

On considère une personne comme absente si, alors qu’elle a toujours son domicile au Québec, elle a cessé d’y paraître sans donner de nouvelles et que personne ne sait si elle vit encore. Une personne peut disparaître dans différentes circonstances.

Après le délai de sept ans, un jugement de décès peut être rendu. Dans certaines circonstances, le Directeur de l’état civil peut aussi dresser l’acte de décès d’un absent. 

Après un an de disparition, le conjoint marié ou uni civilement ou le tuteur à l’absent peut demander au tribunal l’autorisation de procéder, s’il y a lieu, à la liquidation du patrimoine familial et du régime matrimonial ou d’union civile

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SURVIVRE AUX DISPARUS

Pour aider son amie à subvenir aux besoins de sa famille et lui éviter de perdre sa maison, Virginie Hallahan Pilotte a lancé une campagne Go Fund Me, via le Web. «Mon amie n’a pas son réseau familial ici (Véronique Mercier est originaire de la France). Tout ce qu’elles ont, elle et ses filles, c’est la maison. Il s’agit de leur refuge, leur lien avec Cédric. Et elle ne pourrait pas la vendre de toute façon, en raison de la loi (voir autre texte). J’ai donc voulu lui venir en aide», a affirmé Virginie Hallahan Pilotte. Pour aider la famille de Cédric Gouillart, vous pouvez donner en visitant le www.gofundme.com/survivre-aux-disparus.