Le directeur du Camping Jonquière, Richard Brabant, a été remercié jeudi après-midi.

Le C.A. du Camping Jonquière éjecte Brabant

Le conseil d’administration (C.A.) du Camping Jonquière a pris la décision unanime de mettre fin au contrat de son directeur général, Richard Brabant. Son licenciement a été justifié par ce que le président du C.A., Raynald Harvey, qualifie de « fautes professionnelles graves ».

En entrevue, M. Harvey précise que Richard Brabant n’avait plus d’excuses. « On lui a donné une chance. On lui a offert du soutien professionnel. Pour nous, c’était tolérance zéro. Il y a une seule décision qui pouvait être prise, et c’est celle de son congédiement. »

La semaine dernière, Le Quotidien révélait que le Camping Jonquière avait reçu un avis de non-conformité de la part du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELC) le 1er août. Des travaux aux systèmes d’égout et d’aqueduc ont été faits, à nouveau, sans les autorisations nécessaires du MDDELC.

Le conseiller du district qui comprend le lac Kénogami, Jonathan Tremblay, menaçait, à la suite de ces révélations, de couper la subvention de 218 000 $ que Saguenay verse annuellement à l’organisme si des changements n’étaient pas effectués à la direction du camping. Selon lui, des lacunes subsistaient au niveau de la gestion, malgré la collaboration de la Ville.

Au sujet de l’avis de non-conformité, Raynald Harvey prétend que la question n’est pas aussi tranchée qu’il n’y paraît. « On fait affaire avec des professionnels pour la mise aux normes du camping. Selon une ingénieure, on aurait les autorisations pour faire les travaux », explique-t-il.

Le président du conseil d’administration du Camping Jonquière, Raynald Harvey.

Le lien de confiance brisé
Le Camping Jonquière fera le point sur ce qui lui est reproché la semaine prochaine. Richard Brabant, de son côté, a commis des actes qui ont brisé le lien de confiance qu’il avait avec les administrateurs, pense Raynald Harvey.

La décision est donc tombée en fin d’après-midi jeudi. « Au terme d’une enquête effectuée sur le travail et certaines actions prises par M. Brabant, le conseil d’administration est arrivé à la conclusion que ce dernier avait commis des fautes professionnelles graves [contribuant] à ternir la réputation du Camping Jonquière auprès du public et à miner la confiance de ses principaux partenaires », a indiqué le Camping Jonquière, par voie de communiqué.

« Ce qu’on lui reproche, c’est d’avoir fait des travaux sans notre autorisation. On parle de l’ajout de terrain, de la construction de chemins, précise M. Harvey. M. Brabant n’a pas fait que des mauvaises choses pendant les huit années qu’il a été là, mais il a été victime de son ambition de vouloir aller trop vite », indique Raynald Harvey. Le président du C.A. ajoute que le contrat de Richard Brabant possédait des clauses très claires et que ces travaux faits sans l’aval du C.A. ne pouvaient que mener à son congédiement.

Entente avec Saguenay
En vertu de son protocole d’entente avec Saguenay, le camping ne pouvait être condamné en justice ni se trouver en situation d’infraction.

Cette procédure a été mise en place à la suite de la condamnation du Camping Jonquière en mars 2018.

Le camping avait plaidé coupable à des infractions semblables, soit d’avoir effectué des travaux sans posséder les permis nécessaires, et avait été condamné à une amende de 20 521 $.

Les événements qui ont mené à cette condamnation se sont déroulés entre le 1er et le 15 mai 2012 et entre le 5 et le 31 mai 2014.

« On veut plus que jamais faire les choses dans les règles et avoir de bonnes relations avec nos partenaires. Ça inclut la Ville », ajoute Raynald Harvey.

Richard Brabant n’a pas rendu les appels du Quotidien.

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SAGUENAY SATISFAITE DES SUBVENTIONS SAUVÉES

Saguenay, qui voulait couper toutes les subventions remises au Camping Jonquière la semaine dernière, n’aura pas à mettre ses menaces à exécution. Les élus ont accueilli favorablement le licenciement de Richard Brabant et veulent maintenant tourner la page.

« C’est ce qu’on avait demandé lors de l’entretien de la semaine dernière. Pour nous, c’est satisfaisant », affirme d’emblée Jonathan Tremblay, désigné par les élus municipaux pour réagir à la nouvelle de la mise à pied de Richard Brabant.

Le conseiller municipal, qui représente, entre autres, le secteur du Lac-Kénogami, appuie sans réserve la décision du conseil d’administration. « On avait établi des bases nouvelles avec de nouvelles façons de fonctionner. Ça n’a pas été respecté. C’était le rôle de la direction générale de s’assurer que les travaux soient faits en bonne et due forme, avec les bons permis. Ça n’a pas été fait », plaide M. Tremblay.

Comme les administrateurs du camping ont répondu aux demandes des élus de Saguenay, le financement municipal de l’organisme continuera dans les prochaines années. « On va s’asseoir avec eux [aujourd’hui]. Il n’y a plus de raisons pour couper les vivres », pense Jonathan Tremblay.

La mairesse de Saguenay, Josée Néron, n’a pas voulu commenter le dossier, s’en remettant aux élus de Jonquière.

Confiance
Le conseiller Jonathan Temblay, qui veut « tourner la page et avancer de façon positive », a réitéré sa confiance envers le conseil d’administration du Camping Jonquière, « des gens compétents », en ajoutant qu’il s’agissait d’un actif important pour l’arrondissement.

« On réitère aussi notre appui pour le futur. On veut continuer le développement du camping, sa mise aux normes. On va accompagner autant qu’on peut les nouvelles personnes qui vont être là », affirme Jonathan Tremblay.

Dans les prochaines semaines, il reviendra au conseil d’administration du Camping Jonquière de trouver un nouveau directeur général, cet employé ne relevant pas de l’administration municipale.

Jonathan Tremblay est prêt à tourner la page et à construire la relation entre le camping et la Ville sur de nouvelles bases.

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LA VILLE A GIT TROP VITE, RÉITÈRE ME CANTIN

Saguenay n’aurait pas respecté la présomption d’innocence en demandant la tête de Richard Brabant, pense l’avocat criminaliste Charles Cantin. Selon lui, Richard Brabant « a des droits et il peut les faire valoir ».

La semaine dernière, Charles Cantin, qui a défendu le Camping Jonquière et Richard Brabant dans de nombreuses causes, tenait des mots durs envers l’administration municipale par l’entremise des médias sociaux. 

Il accusait les élus, qui avaient menacé de couper la subvention donnée au camping si elle ne congédiait pas Richard Brabant, de ne pas respecter la présomption d’innocence. Il a répété ces reproches, jeudi, lors d’une entrevue téléphonique. Me Cantin affirme qu’en faisant « une sortie aussi vitriolique, on pénalise le Camping Jonquière tout entier pour une situation [le deuxième avis d’infraction, remis le 1er août] qui n’est même pas encore judiciarisée. »

Charles Cantin n’a cependant pas voulu dire s’il représentait toujours l’ancien directeur général du camping, s’en remettant au secret professionnel. Il a aussi refusé de commenter l’affaire dans le détail.

Ayant représenté M. Brabant et l’organisme, il se trouvait « entre l’arbre et l’écorce », a-t-il indiqué.