Le BAPE a déposé, jeudi, son rapport sur les audiences publiques tenues dans la région concernant le projet de Métaux BlackRock.

Le BAPE dit oui à la desserte, si l'usine BlackRock est construite

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean est la région du Québec qui présente le plus important potentiel de production de gaz renouvelable, soit 30 %, grâce aux résidus forestiers qui peuvent être valorisés. Cependant, si Énergir va de l’avant avec la construction d’une desserte en gaz naturel de 13,8 km dans la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Saguenay, une superficie de 0,8 hectare de milieux humides serait perdue de façon permanente.

C’est ce qui ressort du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) rendu public jeudi après-midi. La desserte d’une longueur de 13,8 km, un projet de 30,1 millions $, relierait la ZIP et une conduite existante située à proximité de l’aéroport de Bagotville. Le développement de ce secteur est issu de la Stratégie maritime lancée en juin 2015 et il a été reconnu comme zone industrialo-portuaire en juin 2016.

La desserte alimenterait notamment Métaux BlackRock (MBR) et sa réalisation est conditionnelle à la construction de l’usine. Le gouvernement a autorisé le projet, mais il y a des délais dans l’obtention du financement. MBR utiliserait 26 700 m3/h de gaz naturel sur une capacité de 100 000 m3/h, ce qui laisserait une capacité résiduelle pour d’autres clients potentiels dans la ZIP. La desserte serait donc susceptible d’attirer d’autres projets ou usines dans le secteur.

Le rapport du BAPE indique que le gouvernement du Québec, dans sa politique énergétique 2030, identifie le gaz naturel comme une énergie de transition au mazout et au charbon. « Le gouvernement du Québec souhaite augmenter progressivement la proportion de gaz naturel renouvelable (GNR) injecté dans le réseau en misant notamment sur la production locale de biogaz : 1 % en 2020, 2 % en 2023 et 5 % en 2025 », peut-on lire dans le rapport. De ce nombre, 30 % proviendrait de la région grâce à la revalorisation des résidus forestiers. Mais pour y arriver, « il faudra des conditions commerciales favorables et des investissements dans le développement de la filière ».

Milieux humides

Avec l’aménagement du poste de vannes et du poste de livraison, la construction de la desserte entraînerait la perte permanente de 0,8 hectare de milieux humides. Énergir, en lien avec la Loi sur la qualité de l’environnement, envisage déjà le versement d’une indemnité financière pour compenser cette perte.

De plus, une superficie de 26 hectares de milieux humides et hydriques serait touchée temporairement et l’initiateur a prévu des mesures pour minimiser les impacts.

Le BAPE croit toutefois qu’« une compensation financière ou des travaux supplémentaires pourraient être exigés par le MELCC (ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques) advenant que le suivi montre que ces milieux n’auraient pas retrouvé leurs fonctions écologiques initiales ».

Gaz à effet de serre

Selon le BAPE, Énergir devrait déclarer annuellement au MELCC les émissions de gaz à effet de serre issus de la desserte qui alimenterait la ZIP.

Elles auraient ensuite à être compensées selon les dispositions du Règlement concernant le système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre.

Cependant, le BAPE croit que les GES issus du déboisement de l’emprise devront être compensés volontairement parce qu’elles ne sont pas couvertes par le règlement.

Quant à l’acquisition de servitudes nécessaires à l’implantation des infrastructures, le BAPE croit qu’une réflexion s’impose relativement aux compensations pour les propriétaires terriens et que les ministères de l’Énergie et des Ressources naturelles, des Affaires municipales et de l’Habitation, et celui de l’Agriculture, des pêcheries et de l’Alimentation devraient diriger cette réflexion.

18 mémoires

Les audiences publiques ont été tenues le 9 juillet et le 16 août, à Saguenay. Au total, 18 mémoires ont été présentés, dont 10 lors des séances. Le rapport du BAPE vise à soumettre au ministère de l’Environnement divers éléments qui nécessitent des engagements, des actions ou des modifications avant que ne soit autorisé le projet par le gouvernement.

Il ne faut pas confondre ce projet avec celui de la division Gazoduq, de GNL Québec, qui prévoit l’acheminement du gaz naturel albertain vers l’éventuelle usine de liquéfaction saguenéenne.

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UNE RECOMMANDATION DÉJÀ EN PLACE

Le BAPE croit que la Ville et l’Administration portuaire de Saguenay devraient créer et soutenir financièrement un comité de planification et de vigilance en lien avec le projet de desserte en gaz naturel de la ZIP.

Il suggère que ce comité soit notamment composé des occupants de la ZIP et des organismes et des citoyens intéressés par le développement de cette zone.

« Ce comité favoriserait le dialogue sur les impacts des projets prévus ou en cours d’exploitation dans la ZIP, y compris les impacts cumulatifs sur les milieux écologique et humain. Ces activités de surveillance et de suivis permettraient également à la Ville de Saguenay d’en tenir compte dans l’aménagement de son territoire », suggère le BAPE dans son rapport.

Questionné par Le Quotidien, le directeur général de Port de Saguenay, Carl Laberge, n’avait lu que les grandes lignes du rapport. De prime abord, il n’y avait aucune grande surprise, selon lui.

« Ce que j’ai vu dans les recommandations, c’est que ça semblait plutôt positif. Je n’ai pas vu de choses particulières mis à part la mise en place d’un comité de vigilance quant aux activités de la ZIP. Mais il y a quelques mois, nous avons déjà mis en place un comité de bon voisinage à notre initiative. Il sert justement à faire des liens avec les gens de la communauté », explique M. Laberge. 

Lorsque le BAPE avance que le projet est conditionnel à ce que la ZIP ait un client, soit Métaux BlackRock, il n’y a pas de surprise là non plus pour M. Laberge puisqu’il s’agit déjà d’une condition.

Quant aux recommandations en lien avec les gaz à effet et les milieux humides, ce bout appartient plutôt à Énergir, prétend M. Laberge.