Le président du BAPE, Philippe Bourke, était de passage devant le Cercle de presse du Saguenay, mercredi. Il était accompagné de l’agent d’information Pierre Turgeon.
Le président du BAPE, Philippe Bourke, était de passage devant le Cercle de presse du Saguenay, mercredi. Il était accompagné de l’agent d’information Pierre Turgeon.

Le BAPE avise; le gouvernement décide

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
La position favorable du gouvernement du Québec envers GNL Québec ne sera pas une variable dans la confection du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Le président de l’organisme, Philippe Bourke, assure l’impartialité de l’organisation et admet qu’une telle « distraction » est chose commune. Inversement, il rappelle que la décision finale appartient toutefois au gouvernement.

« C’est commun que des organisations d’importance, des élus, prennent des positions ou montrent un intérêt ou un désaccord par rapport à un projet ou aux travaux. Mais les commissaires, une fois mandatés, sont totalement impartiaux et en font abstraction. Quand ils commencent leurs travaux, ils ne sont ni pour ni contre, ni favorables ni défavorables. Ils regardent les faits, la science, les éléments que les citoyens apportent, et c’est à partir de ça qu’ils vont construire leur analyse. »

Pour une rare fois en 40 ans d’histoire du BAPE, le président s’est présenté devant les médias, mercredi matin, alors qu’il était de passage devant le Cercle de presse du Saguenay. Évidemment, les questions des journalistes étaient dirigées envers GNL Québec, mais M. Bourke est resté prudent dans ses commentaires, en raison de son devoir de réserve. 

Philippe Bourke a rappelé à plusieurs reprises que le pouvoir décisionnel revient au gouvernement, et non aux commissaires. Une fois que la commission a terminé son rapport, elle le remet au président du BAPE. 

« Le BAPE le transmet alors au ministre, et c’est lui, à partir de ce rapport-là et des analyses produites par son propre ministère, qui va construire ses recommandations, qui seront formulées au conseil des ministres. Donc, le BAPE avise ; le gouvernement décide. »

Le fait que le projet soit rejeté par plusieurs avant les audiences représente-t-il un manque de confiance envers l’organisation ? Pas vraiment, croit M. Bourke.

« C’est normal que les gens aient déjà des avis. Le message qu’on dit, c’est : ‘‘Venez construire la connaissance et bâtir ou appuyer votre avis à partir des informations, des espaces qu’on donne pendant les audiences.’’ La confiance se construit parce qu’on est capables de faire abstraction de ça et de construire nos analyses sur ce qui est dit en audiences, et non dans les médias ou sur les réseaux sociaux », précise le président. 

Quant à l’opinion publique, le BAPE l’amène à travers son rapport comme l’un des éléments de la prise de décision du gouvernement. « C’est à eux de juger. Elle est là, la distinction entre la science et le pouvoir politique », dit-il.

Débordements

Depuis la naissance du BAPE, une trentaine d’audiences publiques se sont tenues dans la région et, chaque fois, « il y avait des gens favorables ou d’autres plutôt contre. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ça s’est toujours passé de façon sereine », assure Pierre Turgeon, agent d’information du BAPE. 

Oui, GNL Québec fait réagir, mais ce n’est pas la première fois qu’un projet soulève autant les passions, assure M. Bourke. Il rappelle que les procédures et les règles de participation ont montré leur efficacité au fil du temps. Les gens doivent notamment s’inscrire, s’adresser au commissaire, et il n’y a pas de débat pendant les audiences.

« Par expérience, il y a un autocontrôle de la salle. Les gens sont là parce qu’ils veulent apprendre, comprendre, poser des questions, entendre les réponses, et ils ne vont pas tolérer de mauvais comportements. Ça arrive que la commission suspende et c’est là que l’autodiscipline de la salle se fait », explique M. Bourke. 

Pas de date

Aucune date n’a encore été arrêtée pour les audiences. Le gouvernement en est encore au processus de recevabilité de l’étude d’impact environnemental préparé par GNL Québec. Sur ce point, le président a une fois de plus rappelé la neutralité de son équipe, assurant que la procédure d’évaluation environnementale est « très encadrée ». 

« Quand l’initiateur du projet soumet au gouvernement une demande pour faire autoriser son projet, le ministère de l’Environnement soumet une directive qui explique comment faire son évaluation d’impact. C’est très détaillé. Ensuite, il y a la partie recevabilité, donc le ministère fait un contrôle pour s’assurer que l’étude corresponde aux attentes de la directive », explique M. Bourke, ajoutant que le ministère peut parfois demander des correctifs au promoteur.

Oui, quand la commission commence son analyse, l’étude d’impact est un élément important, « mais s’ajoute à ça une recherche dans la littérature. Ça devient une base, mais ce n’est pas une fin en soi ». 

La personne qui est pressentie pour présider les audiences du BAPE « est très compétente ». Lorsque M. Bourke recevra le mandat du gouvernement, il pourra former la commission, en s’assurant des disponibilités, des compétences et de l’absence de conflit d’intérêt des membres.