L’autre spectacle de La Fabuleuse

Vous l’ignoriez peut-être, mais il y a deux spectacles de La Fabuleuse Histoire d’un Royaume, un sur scène et un autre dans les coulisses. Jeudi, Diffusion Saguenay m’a offert le privilège de jouer des rôles de figurants dans la fresque historique pour découvrir ce qui se passe en coulisses quand les 150 comédiens s’activent entre les tableaux ; ce fut toute une expérience.

Le président de Diffusion Saguenay, Phil Desgagné, a aussi relevé le défi de figurer dans une douzaine de tableaux dans les rôles d’un colon, d’un Amérindien, d’un partisan de la scène du hockey, d’un membre de la haute société au bal du notaire, d’un fêtard au réveillon de Noël et d’un paysan démuni au grand feu.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

À la première scène, j’enfile le costume d’un Autochtone dans le tableau sur les Amérindiens. Le metteur en scène, Louis Wauthier, insiste pour que je transporte un canot avec les deux vrais comédiens. Une scène somme toute facile ; je n’ai qu’à me tenir debout à côté du canot, à faire comme les autres et à sortir en coulisses avec mon bout de canot d’écorce.

Ce que je ne sais toutefois pas, c’est qu’au moment de sortir du côté jardin, c’est la noirceur totale sur scène, et il faut débarrasser la scène du canot et des tipis sans foncer dans personne. Quand la cinquantaine d’Amérindiens sortent de scène, les comédiens croisent une centaine d’autres qui entrent pour le tableau de la cour de François 1er, avec l’immense trône sur roulettes.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

Branle-bas de combat

Une fois rendu dans les coulisses, je constate que c’est un véritable branle-bas de combat ; ceux qui sortent de scène ont à peine quelques minutes pour enlever leur costume d’Amérindiens pour se transformer en soldats pour le tableau de la Guerre franco-espagnole. « C’est important de longer les murs en coulisses pour laisser passer les comédiens qui courent pour préparer leur prochaine entrée. Il ne faut pas se tenir dans les entrées de scène parce que les chevaux, les autos, les calèches et les accessoires de décor entrent et sortent à toute vitesse », m’avait prévenu Claudine Bourdages, qui oeuvre depuis dix ans au marketing et aux communications de La Fabuleuse.

Les jeunes comme les adultes courent dans tous les sens ; les couturières qui se transforment en logeuses attendent les comédiens avec un veston dans les mains et les aident à les rhabiller en ajustant leur boucle ou leur chapeau. « Attention ! Tassez-vous », lâche un comédien avec une épée dans les mains, tandis qu’un autre accroche ses vêtements sur un crochet dans les coulisses.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

On nous met une hache entre les mains pour la scène de la naissance de la colonisation. En bûchant sur les billots, une éclisse de bois arrive sur la main de Phil Desgagné, qui est ensuite revenu dans notre loge avec la main en sang. Il a fallu sortir la trousse de premiers soins.

Dans cette scène, Phil Desgagné et moi avons la tâche de transporter un billot à l’arrière-scène. Avec la pièce dans les mains, nous partons dans des directions différentes, avant qu’un comédien nous guide enfin dans la bonne direction ; les gens ont dû rire dans la salle.

Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

Dans le feu de l’action

Juste avant l’arrivée de Joe Maquillon, un jeune comédien m’attrape par le bras, tout en jouant son rôle, et il me dit de me tasser parce qu’un homme va arriver à la course pour se battre. Je me retrouve alors en plein coeur de l’escarmouche.

Avant la partie de hockey, nous préparons notre entrée juste à côté des écuries où se reposent les chevaux et de l’entrepôt pour les voitures. C’est immense comme production, il y a des accessoires et des éléments de décor partout. Comme par magie, chaque chose retourne à sa place, comme dans un ballet d’objets bien orchestré.

Photo Le Progrès, Sophie Lavoie

Dans la scène du feu, la comédienne qui nous guide sur scène nous regarde dans les yeux en nous disant : « Il faut absolument que vous me suiviez de près. Nous allons marcher en avant de la scène et ensuite vers la gauche. Il faut faire vite. Il y a un chariot en feu qui va arriver à toute vitesse et il ne faut pas être dans son chemin », indique-t-elle, en nous mettant de la suie sur les joues.

Puis, dans le tableau du bal du notaire, le metteur en scène Louis Wauthier a voulu nous mettre sous tension alors que nous avions quatre minutes pour changer de costume. En arrivant dans la loge, notre logeuse et couturière Louise Veillette nous attend pour nous enfiler chemise et noeud papillon avant qu’on reparte à la course pour entrer du côté cour avant. Un jeune comédien se fait voler sa fiancée qui me tient par le bras.

Photo Le Progrès, Sophie Lavoie

Une belle grande famille

J’étais en compagnie de Phil Desgagné pour cette expérience théâtrale. Phil est une des personnalités publiques les plus connues au Saguenay. « L’autre jour, lors d’une représentation, j’étais dans le hall d’entrée et je ne reconnaissais personne, alors que généralement, je passe mes soirées à saluer des gens. C’est que 82 % des visiteurs de La Fabuleuse sont des touristes de l’extérieur.

La mécanique de La Fabuleuse est réglée au quart de tour ; chacun sait où il doit être sur la scène et à quel moment.

Photo Le Progrès, Sophie Lavoie

C’est la même synchronisation dans les coulisses, où une vingtaine de loges sont à la disposition des comédiens et des comédiennes.

Les costumes sont soigneusement suspendus à des cintres, les chapeaux sur les tablettes et les souliers dans un sac. Chacun sait ce qu’il doit faire.

C’est une belle grande famille qui joue sur cette scène. Chacun prend soin des autres, comme ils ont pris soin que Phil Desgagné et le chroniqueur vivent une belle expérience. « J’ai joué au hockey ici, j’ai arbitré ici, mais je n’avais jamais joué dans La Fabuleuse », a lancé le président de Diffusion Saguenay, dès le début de l’essayage des costumes.

C’est la dernière année de travail pour le metteur en scène Louis Wauthier. Ce dernier m’a dit qu’il n’a pas le temps de penser à son départ ; il est dans le jus du début de saison.

Mais déjà, dans les coulisses, on parle de la venue de Jimmy Doucet, qui ajoutera sa couleur personnelle.

Le président de Diffusion Saguenay parle peut-être d’ajout de nouveaux tableaux, par exemple pour souligner les 50 ans du glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney.