La rareté de la main-d’oeuvre a obligé la Coopérative forestière Petit Paris et son directeur général, Alain Paradis, à revoir sa façon de faire.

L’attractivité est la clé pour la Coop forestière de Petit-Paris

(ACB) — La rareté de la main-d’œuvre complexifie les opérations de la Coopérative forestière de Petit Paris (CFPP) de Saint-Ludger-de-Milot. L’entrepreneur général en opération forestière et en travaux sylvicoles, qui opère également une usine, doit adopter une approche novatrice afin de recruter et de conserver ses employés.

Le processus d’embauche est ardu, depuis quelques années, pour la coopérative, qui existe depuis 50 ans et qui emploie, en saison forte, plus de 250 personnes en forêt et une centaine en usine. Sans grande surprise, la relève se fait rare.

La baisse du marché survenue au cours des dernières années a amoindri les besoins, mais le directeur général de la coopérative, Alain Paradis, explique que le déséquilibre se fait sentir depuis peu. « On est maintenant en rareté de main-d’œuvre, voire en pénurie, dans certains métiers, dont les métiers spécialisés, comme ceux de mécaniciens et d’électromécaniciens », affirme-t-il.

La coopérative peine à recruter et à conserver cette main-d’œuvre spécialisée, qui est grandement sollicitée et séduite par la grande entreprise. Les grands projets attendus au Saguenay–Lac-Saint-Jean préoccupent donc les gestionnaires, puisque les nouvelles entreprises auront besoin de centaines de personnes.

Le problème de la main-d’œuvre en forêt date, quant à lui, de plusieurs années. La crise forestière des années 2010 a envoyé un signal défavorable envers le secteur. « Les jeunes ont délaissé ce domaine à tous les niveaux. Ça se replace, un peu. La forêt se retrouve en carence de relève. De vieux entrepreneurs qui ont travaillé toute leur vie n’arrivent pas à trouver une relève leur permettant de prendre leur retraite. [...] C’est dommage, ce sont de beaux emplois pour les gens qui aiment la nature ou opérer des machines », confie l’ingénieur forestier de formation.

La distance joue également en défaveur de la coopérative alors que les grands bassins de populations se retrouvent à Alma et à Dolbeau-Mistassini, soit à plus d’une cinquantaine de kilomètres.

La rareté des travailleurs, combinée à leurs exigences, a amené la coopérative forestière à revoir ses pratiques au niveau de la gestion des ressources humaines. Une révision des horaires de travail, une souplesse quant aux périodes des vacances ainsi qu’une plus grande considération de la conciliation travail-famille permettent à l’entreprise de demeurer attractive aux yeux des travailleurs. Des primes de déplacement, une révision des taux horaires et un boni de performance s’ajoutent aux mesures mises en place dans l’usine. M. Paradis reconnaît qu’il faut de la main-d’œuvre supplémentaire pour orchestrer toutes ces mesures. « Il y a 10 ans, ce n’était pas une préoccupation. On disait : voilà ce qu’on offre. On s’adapte à la réalité et on offre des nouvelles mesures. [...] Notre stratégie est simple, si vous venez travailler avec nous, vous serez bien, on prend soin de vous et on vous offre une ambiance de travail intéressante et de bonnes conditions », expose-t-il.

Au quotidien, les opérateurs d’abatteuse se font rares. Les entrepreneurs doivent vivre avec les conséquences entourant le manque d’employés et la formation des nouveaux travailleurs. « Non seulement il en manque, mais ça prend deux ans à former un bon opérateur. 

Pendant deux ans à travailler avec un jeune, les propriétaires auront une carence au niveau de la production. Malheureusement, cela n’est couvert par aucun programme. S’il y a une baisse de production de 10 % causée par de nouveaux opérateurs, c’est le propriétaire qui en paie le prix », souligne M. Paradis.

Alain Paradis est conscient que l’attractivité est la clé. Toutefois, il est réaliste quant aux limites des secteurs dépendants des marchés.

Adapter les programmes de formation

Le directeur général de la CFPP réclame une modification des programmes de formation qui ne sont pas en adéquation avec la réalité du milieu. Il suggère une plus grande communication entre les formateurs et le milieu forestier. 

« On doit adapter les programmes de formation. Les étudiants pourraient débuter en centre de formation professionnelle et compléter leur formation en entreprise. Les propriétaires pourraient obtenir une compensation pour la perte de production. Ils pourraient former leur relève sans être pénalisés », explique celui qui œuvre dans le domaine depuis trois décennies.

Dans un monde idéal, la coopérative se chargerait elle-même de la formation de ses employés. Toutefois, la formation à l’interne est, pour le moment, une option trop dispendieuse.