Eliot Lapointe, originaire d'Albanel, se trouve à Ouagadougou depuis le mois de décembre, pour un voyage de coopération internationale.

L'attentat à deux pas de chez lui

« C'était très troublant. On ne savait pas ce qui se passait. On entendait des coups de feu à quelques centaines de mètres de chez nous. » Eliot Lapointe, originaire d'Albanel, était à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, lors des attentats qui ont coûté la vie à 18 personnes, dimanche soir. L'attaque, perpétrée par de présumés terroristes, s'est déroulée à quelques mètres de son appartement.
Joint par Le Quotidien en soirée mercredi, Eliot Lapointe explique qu'il est au Burkina Faso depuis le mois de décembre, dans le cadre du programme de coopération internationale Uniterra, organisé par le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) et l'Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC).
Il mentionne que depuis trois jours, il est passé par toute une gamme d'émotions. En plus d'avoir entendu l'attaque, il a perdu un de ses collègues et amis, le Canadien d'origine algérienne Bilel Diffalah, qui habitait Montréal depuis plusieurs années.
« C'est la première fois que je vis un tel événement. Au Québec, on voit ça aux nouvelles et on est préoccupé pendant cinq minutes, mais après, on passe à autre chose. Là, c'est dans notre cour. On crie à l'injustice, et on passe par toutes les gammes d'émotions. On est triste, c'est certain. Mais je crois que maintenant, on commence à accepter ce qui s'est passé », explique le jeune homme.
L'attentat a eu lieu dans le restaurant Istanbul, qui est populaire auprès des visiteurs et des expatriés. Selon Eliot, il aurait pu lui-même se trouver à cet endroit lors de l'événement.
« D'une certaine façon, je suis un peu soulagé parce qu'il ne m'est rien arrivé. Mais je suis aussi extrêmement triste. J'étais très proche de Bilel. Je suis chamboulé. Tout le monde l'est dans l'organisation. Quand l'attentat s'est produit, tout le monde qui participe au programme a tenté de se rejoindre. On a passé 24 h sans nouvelles de Bilel, et on a finalement eu la confirmation qu'il avait succombé à ses blessures », raconte-t-il.
À Ouagadougou, la vie poursuit toutefois son cours. Si les gens évitent le restaurant, les places publiques et les espaces ouverts, les commerces sont à nouveau ouverts, et les gens ne s'empêchent pas de vivre.
« On a eu trois jours de deuil national. Mais finalement, les choses ne sont pas si différentes ici. On sent que la sécurité est redoublée, mais la vie suit son cours », explique Eliot.
Il ajoute toutefois que les personnes blanches doivent faire encore plus preuve de vigilance, puisqu'elles sont la cible privilégiée des attaques terroristes.
« Je suis parti en décembre, pour un an sur le terrain. Je dois rentrer en décembre. On nous a proposé de mettre fin à notre séjour, mais tous les volontaires ont choisi de rester. On était tous d'accord. C'est peut-être un peu cliché, mais je ne courberais pas l'échine devant les terroristes. Et je crois également que Bilel aurait voulu qu'on reste pour terminer ce qu'on fait », conclut le jeune homme.
Le stage du Cégep de Jonquière annulé pour des raisons de sécurité
Le stage prévu à l'automne au Burkina Faso pour une dizaine d'étudiants en travail social au Cégep de Jonquière a été annulé, pour des raisons de sécurité. Le cégep a annoncé la décision aux étudiants concernés mardi après-midi.
« On a pris en considération plusieurs choses. Même si le stage n'a pas lieu à Ouagadougou, on estime que l'attentat augmente le niveau de risque dans le pays. La plupart des personnes visées par les attaques terroristes sont des expatriés », explique la coordonnatrice des communications du cégep, France Tremblay.
D'après elle, le but du stage était de développer de nouvelles capacités et de mettre en pratique ce que les étudiants ont appris pendant leurs cours. Il est donc nécessaire que le stage se déroule dans les meilleures conditions possible.
« On croit que toute incertitude pour la sécurité va influencer l'apprentissage des étudiants. C'est quand même un stage de 70 jours, alors la durée du stage augmente aussi les risques », ajoute Mme Tremblay. Les étudiants iront donc faire leur stage à différents endroits au Québec. Selon la coordonnatrice aux communications, la nouvelle a été bien accueillie, puisque les étudiants comprennent les motivations du cégep, même s'ils sont déçus. « On voulait être responsable. Le plus important, c'est la sécurité de nos étudiants et de nos enseignants », conclut France Tremblay.