Selon Christine Veillette, spécialiste des programmes de sécurité civile, le Québec doit intégrer dans ses programmes les nouvelles réalités qui menacent la population avec des tueries de masse par armes à feu ou même avec des véhicules comme ce fut le cas à Torotno cette semaine.

L’approche belge s’impose

Un groupe d’étudiants du programme de Gestion en contexte de sécurité civile de l’UQAC se rend en Belgique, dans les prochains jours, afin de se familiariser avec les méthodes proactives pour assurer la protection dans des situations de tuerie de masse.

Selon Christine Veillette, spécialiste des programmes de sécurité civile et qui a séjourné dans des points chauds du globe, le Québec accuse un retard important en matière de sécurité civile dans le nouveau contexte mondial où des individus n’hésitent pas à se lancer dans des tueries de masse. Les Belges ont modifié fondamentalement leur approche et il y a un intérêt pour les gestionnaires québécois des services d’urgence d’observer ce qui se passe en Europe.

« Au Québec, nous sommes encore à l’époque où les pompiers vont établir leur périmètre de sécurité. Les policiers vont établir leur périmètre de sécurité et les ambulanciers vont rester à l’extérieur. Il a été démontré dans des événements ailleurs que des personnes blessées meurent quand elles ne reçoivent pas des soins rapidement », résume l’enseignante.

Toujours en utilisant l’exemple du tireur actif, Christine Veillette explique qu’aujourd’hui, en Belgique, dans une situation similaire, les policiers, pompiers et ambulanciers vont travailler conjointement. Pendant que les policiers vont mener une opération proactive pour contrer l’agresseur, les pompiers ou les ambulanciers portant des gilets pare-balles vont rentrer sur la scène pour sortir les blessés et les soigner.

« Ici, la loi stipule que l’on doit porter assistance à une personne en danger, à moins que notre propre vie soit en danger. Ça prend un changement de loi. La Belgique a changé des lois pour réussir à modifier son approche dans les situations de crise », poursuit l’enseignante.

Christine Veillette sait que cette démarche n’est que le début d’un changement qui s’impose. Elle croit que le moment est bien choisi puisque le gouvernement du Québec a débloqué 30 millions $ pour améliorer la sécurité civile sur le territoire.

Un autre enjeu identifié par l’enseignante est la formation des policiers. Le cursus académique de ces derniers ne comprend pas de volet spécifique à la sécurité civile au Québec. Il s’agit d’un changement majeur puisque les policiers qui arrivent sur place doivent immédiatement coordonner leurs actions avec les autres répondants qui doivent prendre en charge des personnes blessées.

Les participants à ce voyage vont avoir l’opportunité de se familiariser avec un nouveau programme développé en Suède et qui permet de réaliser des exercices de sécurité civile à des coûts très abordables. Le système a été implanté en Belgique et il s’agira d’une première pour des gestionnaires de sécurité civile du Québec.

Le programme développé dans les pays scandinaves permet d’établir des paramètres d’événements majeurs. Il est basé sur l’intégration des différents services qui doivent intervenir lors de ces événements. Il intègre policiers, pompiers, ambulanciers ainsi que les services médicaux de première ligne et spécialisés qui doivent accueillir les personnes ayant subi des blessures ou autres.

« Nous sommes dans des situations budgétaires serrées dans les organisations. La réalisation d’un exercice de sécurité civile où vous devez sortir les véhicules d’urgence et mobiliser plusieurs personnes pendant des heures représente des dépenses significatives. Le système suédois permet des réaliser des simulations en temps réel », reprend Christine Veillette.

La Belgique a jugé opportun d’intégrer le système suédois dans la formation de ses premiers répondants. Les gestionnaires de la région auront donc accès à la formation de base de ce programme.