L’appel de la pêche

CHRONIQUE / Je vais vous dire un secret. J’ai longtemps jugé – juste un petit peu – ceux et celles qui passaient leur hiver sur les glaces, histoire de taquiner le poisson. Comme quoi il n’y a vraiment que les fous qui ne changent pas d’idée, aujourd’hui, je les envie.

Comme chaque année depuis maintenant 11 hivers, je suis allée faire mon tour sur les glaces des sites de Grande-Baie et de l’Anse-à-Benjamin, samedi. La pêche blanche étant presque devenue notre sport national, cette visite est un incontournable pour le journal plusieurs fois durant la saison. Mais cette année, cette visite a pris une tournure toute particulière. Je me suis surprise à envier ces sourires et ces yeux plissés par le froid, et à m’imaginer bien au chaud, week-end après week-end, installée dans ma propre cabane. Je n’en revenais pas d’avoir de telles pensées obscènes, moi qui n’ai jamais été attirée par la pêche, qu’elle soit blanche ou multicolore.

Je ne sais bien pas quelle mouche m’a piquée au cours des deux dernières années, mais le grand air, même s’il est glacial, les grands espaces, qu’ils soient enneigés ou non, et les activités qui s’y rattachent suscitent mon envie.

Pourtant, jusqu’ici, je ne voyais pas vraiment ce qu’il y avait d’excitant dans ce camping d’hiver, sur des glaces et au beau milieu d’un vent à écorner deux ou trois bœufs. Mais en débarquant au milieu de la baie des Ha ! Ha ! samedi, j’ai compris.

J’ai compris cette passion pour la pêche hivernale, qui se pratique souvent dans de vastes espaces illuminés par un soleil deux fois plus éclatant qu’ailleurs.

En rendant visite à des petites familles bien entassées dans de minuscules cabanes et qui dégustaient des toasts au Cheez Whiz, je me suis dit que ça pourrait être pas mal le fun de passer mes week-ends en gang, à capturer notre souper.

Entendre un père raconter qu’il pratique la pêche blanche avec sa fille de 10 ans, et ce, depuis qu’elle est toute petite, m’a aussi touchée.

« Je lui apprends la pêche responsable. On mange tout ce qu’on capture. Ma fille adore la pêche blanche, elle voit ses amis et elle est une excellente pêcheuse ! », a raconté Dave Plante, qui s’installait dans sa cabane, samedi matin.

Une seule fois

Je vous ai déjà avoué un terrible secret en début de chronique, mais je vais vous en dire un autre. Je me sens généreuse aujourd’hui. Alors, voilà : je n’ai jamais pêché un seul poisson de toute ma vie. Même pas un tout petit de rien du tout.

À vrai dire, je suis allée à la pêche une seule fois et je devais avoir 10 ans. C’était avec mon père. Dans mon lointain souvenir, il prenait ça assez au sérieux pour que je n’aie pas le droit de trop jaser. Il y avait des mouches, la journée était longue, et on ne « pognait » absolument rien. Et, comble de malheur, je n’étais même pas autorisée à jacasser.

Vous comprendrez donc que je n’ai pas supplié mon père pour retourner à la pêche. Les années ont passé et je n’ai pas eu la chance de me reprendre.

Je pense qu’à 32 ans, ce serait peut-être le temps. Et c’est à la pêche blanche que je vais me commettre. Il n’y a pas de mouche et je suis presque certaine qu’on a le droit de jaser.