L’ancien maire et député de Jonquière Francis Dufour a rendu l’âme, tôt lundi matin, à l’âge de 91 ans.
L’ancien maire et député de Jonquière Francis Dufour a rendu l’âme, tôt lundi matin, à l’âge de 91 ans.

L’ancien maire et député de Jonquière Francis Dufour décède à 91 ans

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
L’ancien maire et député de Jonquière Francis Dufour est décédé tôt lundi matin à l’âge de 91 ans. Militant au sein du Parti québécois dès les premières années, le fervent indépendantiste a consacré sa carrière politique à la défense du mouvement souverainiste.

Francis Dufour, qui souffrait de différents cancers, dont un cancer de la vessie et du pancréas, a été emporté peu avant 1h lundi matin à la Maison de soins palliatifs du Saguenay, a confirmé lundi au Quotidien Carol Dufour, l’un de ses quatre fils.

«Il était tout à fait prêt et en paix avec lui-même. Il a été extrêmement lucide jusqu’à la fin», a partagé Carol Dufour. Son départ a toutefois été précipité, alors que tout s’est passé «très, très rapidement» pour la famille qui a pu l’accompagner pendant ses dernières heures.

Francis Dufour avait demandé à être transféré à la maison de soins palliatifs, située à Arvida, afin de permettre à ses fils de le rencontrer avant son départ, eux qui n’avaient pu le voir récemment en raison des mesures liées à la COVID-19.

Francis Dufour part ainsi rejoindre sa femme, qu’il avait perdue en août dernier, se consolent ses enfants.

La perte d’un mentor

Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, proche de l’ancien député, s’est dit «très, très ému» du départ de celui qu’il considérait comme son mentor. Candidat à la chefferie du Parti québécois, il a consulté Francis Dufour à chaque moment important de sa carrière politique. L’ancien politicien l’appuyait depuis ses tout débuts en politique.

«Pour moi, ça fait comme un grand vide. J’ai comme l’impression qu’il va me manquer un pilier», a laissé tomber M. Gaudreault. Lorsqu’il a appris que Francis Dufour venait d’entrer à la Maison de soins palliatifs du Saguenay, dimanche, Sylvain Gaudreault a enregistré une courte vidéo que la famille a pu lui faire écouter à l’oreille.

«C’est vraiment une personne importante pour Jonquière, mais une personne importante pour tout le Saguenay-Lac-Saint-Jean qui nous quitte. C’est un vrai bâtisseur», a souligné M. Gaudreault, qui le voit comme «l’incarnation parfaite de Jonquière», de par son parcours.

Un frère d’armes et un ami

Marc-André Bédard, ancien député péquiste de Chicoutimi de 1973 à 1985 et ministre de la Justice sous René Lévesque, a perdu un frère d’armes, lundi, mais avant tout quelqu’un pour qui il avait «une amitié profonde». Les deux hommes discutaient encore régulièrement ensemble. Leurs derniers échanges remontaient à une quinzaine de jours.

M. Bédard garde le souvenir d’un homme dévoué envers la population qu’il a servie, peu importe le palier. «Francis, pour moi, que ce soit comme député, comme maire ou comme bénévole, c’était bien plus qu’un homme politique, c’était un missionnaire de l’action bénévole», a-t-il partagé, en avouant avoir une larme à l’oeil en évoquant la mémoire de son ami, qui a également été un modèle d’engagement pour lui.

Marc-André Bédard garde un souvenir impérissable de la soirée de «l’ultime rencontre», à l’Hôtel Chicoutimi, à l’automne 1973, lorsque Francis Dufour avait accepté de porter les couleurs de la jeune formation politique, convaincu par René Lévesque et Jacques Parizeau.

Funérailles

La date des funérailles n’était pas encore connue lundi, de même que les mesures qui entoureront la cérémonie, dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Également à lire, l'éditorial de Denis Bouchard: Francis Dufour, un homme du peuple

Le député Francis Dufour, sur cette photo prise en mai 1995, était de passage au Cercle de presse du Saguenay, animé alors par Sandra Rossignol.

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UNE VIE CONSACRÉE À LA POLITIQUE

L’ancien maire et député péquiste a consacré 36 ans de sa vie à la politique active, lui qui a notamment représenté la circonscription de Jonquière pendant trois mandats, de 1985 à 1996, avant de céder son siège à Lucien Bouchard.

Le député a mis un terme à sa carrière politique en démissionnant en janvier 1996, après avoir offert à Lucien Bouchard de lui céder son siège. Élu chef du Parti québécois à la suite de la démission de Jacques Parizeau, au lendemain de la défaite référendaire de 1995, Lucien Bouchard avait ensuite remporté sans difficulté l’élection partielle dans le château fort péquiste, lui permettant alors de devenir premier ministre du Québec.

En offrant son siège au chef de son parti, Francis Dufour y avait alors vu un cadeau pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, avait partagé l’ancien député, à l’émission Mémoires de députés, diffusée en 2012 et réalisée par une équipe de l’Assemblée nationale.

Un geste que Lucien Bouchard n’a jamais oublié. «Il m’a offert son comté et il n’a jamais rien demandé avant, pendant, ni après. Francis était en politique parce qu’il y croyait. Et par la suite, il m’a toujours aidé par conviction», avait souligné l’ancien premier ministre, en 2016, lorsque Francis Dufour a été nommé Patriote de l’année par la Société nationale des Québécois.

Homme de conviction, engagé, loyal, passionné, proche de la population: les éloges ne tarissaient pas lors de cette soirée tenue en hommage au militant qui a signé sa carte en 1973, convaincu par Jacques Parizeau.

Celui qui était alors maire d’Arvida avait brigué les suffrages sous les couleurs de la jeune formation politique, pour une première fois dans Jonquière, sans pouvoir toutefois déloger le libéral Gérald Harvey.

L’ancien maire et député de Jonquière Francis Dufour posait ici à l’automne 2017 en compagnie de Mireille Jean, alors députée péquiste de Chicoutimi, de Josée Néron, qui était candidate à la mairie de Saguenay, ainsi qu’en compagnie du député de Jonquière Sylvain Gaudreault. M. Dufour avait donné son appui à Josée Néron pendant la campagne électorale.

Maire d’Arvida et de Jonquière 

Francis Dufour n’en était pas à ses premières armes en politique, lors de son saut en politique provinciale. Conseiller municipal de 1960 à 1964, il a ensuite été maire d’Arvida de 1967 à 1975, avant de reprendre les rênes de Jonquière, après l’annexion en 1976 des anciennes villes de compagnie d’Arvida et de Kénogami à Jonquière.

Il est ensuite demeuré en poste jusqu’à ce qu’il tente pour une deuxième fois sa chance comme candidat du Parti québécois. Lors de ses dernières années passées en politique municipale, le premier magistrat de Jonquière a également été président de l’Union des municipalités du Québec, de 1982 à 1984, peut-on lire, sur le site de l’Assemblée nationale.

L’apport de l’ancien maire d’Arvida avait d’ailleurs été souligné, en septembre 2017, de même que celui de cinq autres anciens maires d’Arvida, lors de l’inauguration du parc de la Cité devant le Foyer des loisirs.

Leader syndical

Né à Kénogami le 28 mars 1929 d’un père ouvrier, Alfred Dufour, et de Marie Dufour, Francis Dufour a lui-même oeuvré pour la compagnie Alcan, de 1948 à 1975.

Il a été directeur du Syndicat des employés d’Alcan, de 1955 à 1963.

La une du journal <em>Le Lingot</em>, le 9 novembre 1967, lors de l’élection de Francis Dufour comme maire d’Arvida.