Mélissa Paradis, journaliste et instigatrice du projet, pose avec le réalisateur Marc Landry, lors de l’avant-première de mercredi.

L’aigle et le condor: une rencontre historique

L’été dernier, une rencontre historique a eu lieu entre des peuples autochtones francophones du Canada, dont les Innus de Mashteuiatsh, et de Guyane française. Une occasion en or qu’a saisie la journaliste de Radio-Canada Mélissa Paradis, pour réaliser le documentaire L’aigle et le condor: la grande envolée.

Lors de reportages dans la communauté de Mashteuiatsh, la journaliste a entendu parler qu’un groupe d’Innus allait participer à un festival à Ornans, en France. Elle a alors appris que pour une première fois, différents groupes autochtones francophones allaient participer à ce festival, qui, lors des premières éditions, a accueilli plusieurs nations américaines. Cette fois, les différents peuples autochtones francophones du Québec allaient à la rencontre des autochtones de la Guyane française, un département français situé entre le Suriname et le Brésil.

« À force de discuter avec les différents intervenants et des ethnologues qui organisaient l’événement, j’ai réalisé qu’il allait se passer quelque chose d’important, une rencontre historique », a souligné Mélissa Paradis, lors de l’avant-première présentée mercredi dernier, au Musée amérindien de Mashteuiatsh. Dans le documentaire, l’histoire se tisse autour de la prophétie de la rencontre entre l’aigle et le condor, deux oiseaux mythiques pour les peuples autochtones, qui avaient le pouvoir de tisser des liens entre les peuples.

C’est en suivant l’histoire des Blacksmith-Guay, qui partent en France pour participer au Pow-wow d’Ornans, que se tisse le fil directeur du documentaire, lequel permet d’en apprendre davantage sur les valeurs, les moeurs et la spiritualité des peuples autochtones. On apprend alors à connaître la famille innue de Mashteuiatsh, qui compte six danseurs ou musiciens traditionnels, soit Gérald Guay, Diane Blacksmith, leurs enfants, Sylvain et Shannon, leur gendre, Don-William Dubé, et leur petit-fils, Wapan.

Au fil de leurs rencontres, on en apprend davantage sur les enjeux communs auxquels sont confrontés les différents peuples autochtones. On voit alors des parallèles entre les pensionnats autochtones et les familles d’accueil où vont étudier les Pikos, un des peuples autochtones guyanais. Et comme c’est le cas au Canada, les revendications territoriales sont au coeur du combat pour la préservation de leur culture.

Le documentaire met en lumière un énorme projet russo-canadien visant à construire une mine d’or à ciel ouvert. Ce projet, dont fait partie la Canadienne Columbus Gold, utiliserait notamment du cyanure, un poison pour l’homme, pour extraire l’or. Un projet inadmissible pour les populations autochtones de la Guyane.

« Les peuples autochtones du Canada et de la Guyane ont beaucoup de choses en commun, mais il existe un gros décalage dans le temps», remarque Marc Landry, le réalisateur du documentaire. Alors que les revendications territoriales et le processus de guérison des traumatismes du passé sont amorcés depuis quelques décennies au Canada, les démarches ne font que débuter en Guyane.

« On voulait témoigner de la force de ces gens-là, qui veulent se battre pour préserver leur culture, note Mélissa Paradis. En allant participer à ce pow-wow, ils ont voulu affirmer haut et fort qu’ils sont encore vivants et qu’ils sont fiers de leur racine. »

Pour Jonathan Germain, le vice-chef aux relations à Mashteuiatsh, ce documentaire permet de faire tomber les barrières. « Ce sont des choses qui doivent se répéter plus souvent pour mettre de l’avant notre réalité », a-t-il dit.

Il est possible de visionner L’aigle et le condor: la grande envolée dès maintenant sur la plateforme tou.tv. Il sera diffusé sur les ondes de Radio-Canada le samedi 22 juin, à 22h30, et le dimanche 23 juin, à 11h.