En avril 2015, Gimmy Desbiens a atteint le sommet de la montagne Machu Picchu, à 3082 mètres d'altitude.

L'accident qui a changé la vie de Gimmy Desbiens

Gimmy Desbiens doit sa jambe gauche au docteur Nicolas Duval, chirurgien orthopédiste.Le 30 novembre 1990, celui qui est photographe pour les journaux Le Quotidien et Le Progrès-Dimanche se faisait happer par un camion-citerne de livraison d'huile à chauffage.
Il n'avait que sept ans et fréquentait l'école Frédeau-Duchesne, dans le secteur d'Isle-Maligne, fermée en 2012. En traversant la rue pour aller dîner à la maison, il a été percuté. Le véhicule a littéralement écrasé son membre inférieur gauche. «Je ne me souviens pas de grand-chose, mais j'avais des blessures multiples. Ma jambe était ouverte à la grandeur. Je me suis vidé de mon sang. J'ai subi près d'une vingtaine d'opérations», se rappelle l'Almatois de 33 ans.
Greffes de peau et d'os, transferts de tendons, multiples transfusions de sang, Gimmy n'a pas eu une enfance comme les autres. De la cuisse au pied, sa jambe est recouverte de cicatrices. Elle est fragile.
Tout petit, il ne pouvait pas pratiquer de sports ni compléter ses années scolaires. Chaque année, il était hospitalisé pour subir des interventions chirurgicales. Il a réappris à marcher. Il a souffert. Sa période de réhabilitation a été très longue. Mais 26 ans plus tard, il a encore sa jambe. Il se déplace aisément. Et il en est reconnaissant.
«Si aujourd'hui je peux profiter de la vie, c'est vraiment grâce au Dr Duval, qui m'a accueilli lorsque j'ai été transporté à l'hôpital. Il débutait sa carrière. Un des médecins voulait m'amputer. Ma jambe était trop maganée. Ce matin-là, Nicolas Duval était sur place et mon sort s'est retrouvé entre ses mains. Il a relevé tout un exploit en m'opérant. Ce chirurgien orthopédiste est d'ailleurs le premier à avoir fondé une pratique privée au Canada», reconnaît le père de famille.
«Je l'ai revu après une vingtaine d'années et il se souvenait encore de moi. J'aurais pu me retrouver avec une jambe artificielle à l'âge de sept ans. Depuis 26 ans, j'ai eu mal, ça n'a pas été facile, mais je n'ai pas de regrets qu'il me l'ait gardée. J'admire sa décision. À partir de la fin de mon adolescence, j'ai appris à vivre avec une jambe différente. J'ai accepté la situation et j'ai commencé à bouger.»
Esthétiquement parlant, la jambe du collègue n'est pas conventionnelle. À l'oeil, elle peut même surprendre. Lorsqu'il marche, on remarque qu'il boite. L'été, lorsqu'il porte des vêtements courts, les points d'interrogation sont facilement perceptibles dans le regard des gens qui le croisent. «Les personnes n'osent pas m'en parler. Je sais qu'elles m'observentaet qu'elles s'interrogent. Certains font même leur propre scénario sur ce que j'ai vécu. Ça ne me dérange pas du tout d'en parler et de partager mon histoire. Au contraire, ça me fait plaisir», sourit-il.
En 2015, Gimmy Desbiens a relevé tout un défi au Pérou. En plus de trois heures, il a réussi à faire l'ascension de la montagne Machu Picchu. À la marche, il a monté au sommet à plus de trois mille mètres d'altitude. Rien ne pouvait l'arrêter. Il était déterminé à atteindre son but puisque, pour lui, il s'agissait d'un exploit symbolique.
«J'étais fier! C'est l'une des épreuves les plus dures que j'ai vécues. Souvent, les gens abandonnent, même s'ils sont en forme. Pour ma part, je voulais atteindre le sommet. À la fin, j'étais guidé par ma tête. En effet, les jambes font 5% du travail. Le cerveau s'occupe du reste et il dit aux jambes d'avancer», termine-t-il.
Courage et détermination
Les proches de Gimmy Desbiens admirent sa force, son courage et sa détermination. Il ne l'a pas eu facile. Aujourd'hui, il mord dans la vie et il fonce. Le sympathique photographe travaille. Il ne compte pas ses heures et on le voit partout là où le mène l'actualité jeannoise.
«C'est un héros pour moi. Il y en a qui ont leurs deux jambes intactes et qui ne sont même pas capables de travailler. Gimmy est un exemple. Certains ont de la misère à monter une côte et lui, il a monté le Machu Picchu», témoigne son grand frère Michaël Desbiens. Il est à ses côtés depuis le début. Les deux frères sont tissés serré. Le lien est fort. Michaël se rappelle de la marre de sang qui jonchait le sol lorsqu'il s'est rendu sur les lieux de l'accident.
«Lorsque j'ai vu sa jambe, la première fois, je suis restée saisie. Mais aujourd'hui, je ne la vois plus.
Lorsqu'il se met en short, l'été, les gens ont tendance à faire du bla-bla, mais on ne s'en fait pas avec ça. Je suis fière de ce qu'il est.» Isabelle Tremblay, la conjointe du photographe du journal, lève son chapeau à l'égard de son homme. Elle salue sa persévérance.
«Gimmy est un miraculé. Il a beaucoup de courage et il y en a plusieurs qui auraient abandonné s'ils avaient été à sa place. C'est une personne de coeur.»
Isabelle et Gimmy sont les parents de Félix, trois ans.