Lac Saint-Jean: une absence de vent bénéfique

Les craintes des riverains du lac Saint-Jean ne se sont pas matérialisées lundi, au soulagement des autorités. Les vents sont restés calmes et le niveau du plan d'eau est descendu à 17,67 pieds, permettant aux résidants d'éviter le pire.
Le Pekuakami a atteint son niveau maximal dimanche à 17,9 pieds, bien plus haut que la limite de gestion habituelle de 16,5 pieds, mais pas aussi élevé que les 18,5 pieds appréhendés au début de la fin de semaine.
Saint-Félicien
À Saint-Félicien, des équipes de la Sécurité civile, de Rio Tinto, de la Sûreté du Québec et de différents ministères étaient rassemblées dans le chemin du Bôme, dans le secteur de Saint-Méthode, dès 7 h le matin jusqu'en mi-journée.
Les effectifs sont finalement partis devant l'absence de vents. Les autorités municipales restent tout de même aux aguets, puisqu'il y a encore beaucoup d'eau sur les terrains et que les sous-sols d'une cinquantaine de maisons sont inondés. Les dommages restent moins importants que pour les sinistrés du sud du Québec.
« Tant que le vent ne se lève pas, nous sommes corrects. Si c'était arrivé aujourd'hui (lundi), on aurait pu devoir évacuer des gens. La situation est encore critique parce que le niveau du lac va rester élevé pendant une semaine, et les vents pourraient causer des dommages.
Il y a des patrouilles de la Sûreté du Québec régulièrement pour surveiller la progression de l'eau », a rapporté le maire de la ville jeannoise, Gilles Potvin, en début de soirée.
Celui-ci était rassuré par la venue du ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux dans la région dimanche (voir autre texte), mais ne relâche pas son attention. « On s'était préparé au pire, parce que ça aurait pu être catastrophique. On l'a vécu en novembre 2014, rappelle M. Potvin. C'est une des premières fois où nous sommes autant en état d'alerte, et ce ne sera pas la dernière avec les changements climatiques. C'est dame Nature qui a le dernier mot. »
Revoir les schémas
Le maire réfléchit déjà à l'après-crise et à la révision des schémas d'aménagement pour éviter des coûts trop importants à la société québécoise.
« C'est fini le temps des constructions trop près de l'eau. Quand les maisons inondées ont été bâties, c'était considéré comme des zones de catastrophe aux 100 ans. Il va y avoir des révisions et nous devrons être plus sévères en tant que municipalités. »
Gilles Potvin mentionne que la rivière Ashuapmushuan est toujours très tumultueuse, bien qu'elle ne soit plus sous surveillance de la Sécurité civile.
Le lac des Commissaires à Lac-Bouchette et la rivière Ouiatchouan ont encore ce statut, le premier présentant une tendance à la baisse et la seconde, plutôt à la hausse. À Roberval près du centre aquatique, on constate un niveau d'inondation mineure.
 
À 16,5 pieds d'ici une semaine selon Rio Tinto
Selon les renseignements fournis par Rio Tinto, le niveau du lac Saint-Jean devrait repasser sous la barre des 17,5 pieds d'ici jeudi et des 16,5 pieds dans une semaine. 
L'eau descend à un rythme d'environ trois pouces par jour. Les apports naturels estimés étaient de 6950 m3/s lundi.
« La situation est sous contrôle pas mal partout dans la région, a indiqué la directrice régionale par intérim de la Sécurité civile France-Sylvie Loisel. Ce qu'on appréhendait ne s'est pas concrétisé, et c'est tant mieux. Selon l'expertise de Rio Tinto, même avec des vents, il ne devrait pas avoir d'inondation une fois le niveau redescendu à 17,5 pieds. »
Celle-ci reste prudente malgré son contentement. « Même si nous sommes en phase de rétablissement, il ne faut pas baisser les bras trop rapidement. Nous travaillons avec des prévisions météo, et c'est très variable. »
Le débit des rivières Petite et Grande Décharge est toujours impressionnant, même s'il a un peu diminué. À Saint-Gédéon, le lac Saint-Jean avait l'air bien calme comparé aux fortes vagues de vendredi. Même si l'accès au secteur Chute des pères à Dolbeau-Mistassini est toujours restreint, le niveau semble avoir baissé de quelques pieds depuis une semaine, de quoi encourager les citoyens. À Mashteuiatsh, les autorités maintiennent l'état de veille.
Plus de 133 résidences ont été touchées par les inondations au Saguenay-Lac-Saint-Jean, surtout autour du Pekuakami et généralement en raison de la montée de la nappe phréatique. Toutes les routes sont maintenant praticables, à part quelques chemins forestiers.
Au plus fort de la crise, une cinquantaine d'agents de la Sécurité civile et de différents ministères oeuvraient dans la région. Plusieurs sont maintenant démobilisés. Les citoyens sont invités à suivre les consignes de leur municipalité pour la gestion de l'eau potable, des fosses septiques et des sacs de sable. À Saint-Félicien par exemple, les résidants devraient les garder sur leur terrain encore toute la semaine et les entreposer à portée de main en cas d'un autre évènement semblable.
Martin Coiteux en visite dimanche
(Jonathan Hudon) - Le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux s'est rendu au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dimanche avant-midi, dans le but de soutenir les citoyens touchés par des inondations, notamment à Saint-Gédéon, à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix et à Saint-Félicien. 
Celui qui est aussi ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire a visité ces trois secteurs après une tournée au Centre régional de la sécurité civile et de la sécurité incendie.
M. Coiteux a rappelé que le couvert de neige « exceptionnel », le cinquième plus élevé depuis 1955, ainsi que le deuxième plus grand apport de précipitations de pluie recensé depuis cette même année, ont provoqué la situation que les riverains connaissent actuellement. 
« La fonte des neiges et les précipitations ont causé un certain nombre d'inondations et ça aurait pu être pire, n'eût été la gestion pro active des barrages en amont et ça, c'est important de le dire. Ce n'est pas la gestion des barrages de Rio Tinto qui a apporté plus d'eau, c'est le contraire. Si ça n'avait pas été d'une bonne gestion, le niveau du lac Saint-Jean aurait pu monter d'un demi-pied supplémentaire. »
« Ce n'est pas la gestion des barrages de Rio Tinto qui a apporté plus d'eau, c'est le contraire. »
Martin Coiteux
Les équipes régionales ont assuré être prêtes à intervenir en tout temps, de même que les militaires des Forces canadiennes basées à Bagotville.
Soulagement
Sur le terrain dimanche, on sentait un certain soulagement face à l'amélioration de la situation. Même si l'eau envahissait toujours plusieurs terrains du chemin de la Pointe du lac à Saint-Gédéon, les résidants reconnaissaient que l'eau s'était légèrement retirée dans la nuit de samedi à dimanche. Le propriétaire Yves Guérin a vanté le travail du maire de Saint-Gédéon Jean-Paul Boucher, ainsi que celle de toute son équipe.
« La Sûreté du Québec a effectué une surveillance jour et nuit et on n'a pas été laissés à nous-mêmes », a reconnu M. Guérin, ajoutant que la présence du ministre Martin Coiteux était rassurante.
Le maire de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix était heureux de pouvoir parler de vive voix au ministre du gouvernement libéral. Lawrence Potvin a toutefois précisé que des résidants devront recevoir l'aide appropriée en raison des nombreux débris que le lac Saint-Jean a rejetés sur les berges. La situation a été jugée normale sur la plage du Rigolet, mais ce n'est pas le cas partout, a-t-il indiqué.
Martin Coiteux s'est montré rassurant envers la population touchée par les inondations.
« Le gouvernement est là depuis le début et il va être là dans toutes les étapes, a réagi le ministre de la Sécurité publique. Le rétablissement de la situation va prendre du temps, mais on va accompagner tout le monde et on va être présent sur le terrain. Personne ne va être abandonné. »