Julie Labbé, présidente et directrice générale du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean
Julie Labbé, présidente et directrice générale du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean

La vitesse de propagation du virus a surpris le CIUSSS

« S’il y a une chose que je ne pouvais pas prévoir, c’est qu’un virus aussi contagieux puisse provenir d’une personne asymptomatique. Ce que nous n’avons jamais estimé de la pandémie, c’est que le virus se propage à une vitesse aussi fulgurante. Mais le virus est rentré sournoisement au CHSLD de la Colline d’une personne asymptomatique et s’est propagé partout. »

La présidente et directrice générale du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Labbé, a reconstitué les huit dernières semaines. La pandémie de coronavirus a déjoué à peu près tous les plans des stratèges en santé publique en « mettant le feu » au CHSLD de la Colline pendant que les services de première ligne attendaient ses premiers patients avec l’artillerie lourde.

Ce CHSLD, qui est devenu le point central de la pandémie dans la région avec la situation des Antoniennes-de-Marie, est toujours dans une situation difficile. Julie Labbé émet des réserves quand on mentionne qu’il aura fallu 12 jours avant que la direction du CIUSSS n’ordonne la fermeture d’un département de l’hôpital de Chicoutimi pour donner du répit au personnel du CHSLD.

Elle soutient qu’il y a eu de l’aide ponctuelle de personnes qui travaillaient sur plus d’un site. Le feu a pris à de la Colline alors que le CIUSSS, avant le début de la pandémie, voulait embaucher 112 préposés aux bénéficiaires. En plus, reprend la PDG du CIUSSS, une autre éclosion majeure a été confirmée chez les Antoniennes-de-Marie un vendredi soir. Il y avait donc une pression importante sur les ressources humaines.

Pendant que la situation se détériorait, le CIUSSS a aussi dû affronter la réalité de la peur des gens face à ce virus. Ce qui nécessitait de bien expliquer au personnel l’importance de l’équipement de protection.

Le CIUSSS aurait-il fait face à des luttes internes de gestionnaires, lesquels auraient refusé de libérer du personnel ou à des guerres de silo, puisque le CIUSSS avait fermé plus ou moins 400 lits de courte durée et disposait d’une certaine marge de manœuvre?

« Je n’ai pas entendu de mon côté des gens dire “nous on s’excuse, on est dans les soins aigus et on n’ira pas prêté main-forte à de la Colline”. Mais il y avait cette crainte-là quand même d’aller en CHSLD. Dans les 12 jours dont vous parlez, il y a donc des renforts qui sont arrivés, mais pas à la hauteur de ce qui s’en venait », a insisté Julie Labbé, tout en soulignant qu’il y avait toujours une préoccupation concernant le maintien d’une capacité d’intervention pour les soins intensifs.

Prudente, la patronne du CIUSSS rappelle que les directions de services sont dans une culture de gestion où il est impossible de faire des déficits et que, du jour au lendemain, les choses bougent rapidement et il y des réticences qu’elle ne condamne pas.

Toujours pendant cette période de 12 jours, le CIUSSS a voulu éviter de multiplier les déplacements des employés d’un CHSLD où il y a une contamination vers un autre service. Il y a encore aujourd’hui des employés qui doivent travailler sur plus d’un site et Julie Labbé affirme qu’il est strictement interdit pour le moment qu’il y ait rupture de service dans un établissement. Ce qui justifie ces déplacements.

La PDG du CIUSSS avait en main une directive ministérielle qui lui permettait d’imposer des déplacements vers de la Colline. Elle a rejeté catégoriquement cette avenue et ne compte jamais y recourir. Julie Labbé va privilégier le dialogue avec les syndicats pour trouver des solutions au lieu de la contrainte. Elle n’a pas l’intention d’opter pour une solution qui, en fin de compte, va amener des gens à opter pour un congé de maladie au lieu de se rendre sur un site de travail.

Le CIUSSS a également rejeté le recours au personnel-cadre pour le moment. Elle préfère que les gestionnaires travaillent en appui aux équipes sur le terrain. Cette option n’est cependant pas écartée définitivement si jamais la situation se dégrade.

Si la situation du CHSLD de la Colline a attiré l’attention, la PDG du CIUSSS est tout de même satisfaite de la façon dont l’établissement a été en mesure de déployer rapidement son plan pandémie.

Julie Labbé étaye ses propos avec la mise en place du réseau de première ligne avec les médecins. L’autre mesure concerne le travail en collaboration avec les municipalités pour la « minute de douceur », qui a permis de contacter les personnes âgées qui vivent dans leur appartement ou leur maison et qui devaient rester à l’intérieur. Elle termine en insistant sur la communication efficace avec les citoyens qui demeurera dans les façons de faire du CIUSSS.

Le débat des masques a refait surface avec la multiplication des cas de membres du personnel contaminés au CHSLD de la Colline. La FIQ demande des masques N95. Julie Labbé ferme la porte à cette demande et le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean entend suivre à la lettre les directives de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ).

La présidente et directrice générale du CIUSSS avait jusqu’à maintenant participé à un seul point de presse depuis le début de la crise. Julie Labbé affirme qu’elle a fait le choix de se concentrer sur tout le volet des opérations et a laissé le volet communication à la Santé publique puisqu’il s’agit à la base d’une crise de santé publique.