La Ville n’a pas à financer le privé

Si la Fromagerie Boivin de La Baie peut profiter d’un projet déployé par Saguenay dans le but de subvenir aux besoins de la communauté, tout en assumant sa part des coûts, soit. Mais il n’est pas du ressort de la Ville de financer des infrastructures qui ne bénéficieront qu’à une entreprise privée.

Voilà l’essentiel des propos tenus par la mairesse de Saguenay, Josée Néron, dans la foulée de la sortie publique du directeur général de la fromagerie baieriveraine, Luc Boivin. Dans l’édition de mercredi du Quotidien, l’homme d’affaires et ancien conseiller municipal a annoncé qu’il tirait un trait sur un projet d’expansion parce que la Ville lui demande de réduire ses rejets vers l’usine municipale de traitement des eaux. Du même souffle, le DG a laissé planer la menace de concrétiser son projet ailleurs au Québec si Saguenay ne met pas en place les infrastructures requises pour lui permettre de se conformer aux règles dictées par le ministère de l’Environnement.

Josée Néron confie avoir reçu la charge de Luc Boivin avec surprise puisque des discussions sont en cours, impliquant fonctionnaires municipaux et représentants de la compagnie, pour dénicher une solution.

« La loi a obligé la fromagerie à arrêter de déverser ses eaux usées dans le Saguenay. La Ville a fait les travaux d’infrastructures pour qu’elle puisse se brancher au réseau. Il y a un protocole d’entente qui fait en sorte que l’entreprise rembourse 400 000 $ par année et le montant total est en voie d’être remboursé », a mis en contexte la mairesse.

Elle a ensuite expliqué que sous l’égide du même protocole, la Fromagerie Boivin peut acheminer une certaine quantité d’eaux usées dans le réseau municipal. Toutefois, des analyses réalisées l’an dernier, avant la dernière élection, ont démontré que les rejets de la Fromagerie Boivin outrepassaient ce qui était autorisé par les termes de l’entente.

Deux options
Comme l’a mentionné Luc Boivin, deux options sont envisageables. La première serait la construction d’une canalisation partant de la fromagerie jusqu’à l’usine de filtration de Chicoutimi, dans le rang Saint-Martin. La seconde consiste en l’augmentation de la capacité de traitement de l’usine d’épuration de La Baie. Dans les deux cas, des investissements de plusieurs millions de dollars sont requis.

« Une Ville n’a pas le droit de donner une subvention à une entreprise privée et, dans ce dossier, si la Ville paie pour les travaux qui vont bénéficier à la fromagerie, ça équivaut à la subventionner directement. Si on investit dans un système de canalisation ou dans une usine de filtration parce que la communauté en a besoin, oui, il peut y avoir un partage des coûts. La population met en commun des sous pour répondre à des besoins communautaires et non pour permettre à une entreprise privée de se développer », a martelé la mairesse. Dans le cas de la construction d’un conduit, les travaux pourraient profiter à des citoyens.

Josée Néron insiste sur le fait que « si quelqu’un pense à s’accrocher à quelque chose qui appartient à la Ville », cela demeure une possibilité. La première magistrate nomme toutefois le partage juste et équitable de la facture comme une condition sine qua non.

La mairesse de Saguenay, Josée Néron

Menace
Quant à la stratégie de Luc Boivin, qui a brandi la menace des emplois pour se faire entendre, Josée Néron n’a pas voulu lui prêter de mauvaises intentions. Son interprétation est que M. Boivin a un projet qu’il lui tarde de réaliser et que les choses n’avancent pas assez vite à son goût.

« Je comprends qu’il a hâte d’avoir une réponse pour se positionner, mais il faut se donner le temps de bien faire les choses et de bien documenter le dossier. Ce sont des deniers publics qui sont en jeu et il faut que les choses se fassent correctement », a fait valoir Josée Néron, qui rappelle que comme ancien élu, Luc Boivin connaît très bien le fonctionnement de l’appareil municipal et les lois et règlements qui encadrent le fonctionnement d’une ville.