Alexandre Bissonnette

La tuerie de la grande mosquée vécue de l’intérieur

Le soir du 29 janvier, Alexandre Bissonnette a soupé avec ses parents. Il est allé à son club de tir, mais s’est buté à une porte close. Le jeune homme s’est par la suite rendu à la grande mosquée de Québec où il aurait tué six fidèles et en aurait blessé des dizaines d’autres.

Neuf mois après la tuerie, les médias viennent d’obtenir une version plus complète de la dénonciation policière ayant servi à obtenir les mandats de perquisition.

Certains paragraphes plus sensibles resteront sous scellés pour toute la durée des procédures. Trois autres, qui concernent des déclarations des parents de Bissonnette, font encore l’objet d’un débat.

Au fil de la vingtaine de pages, on peut lire le portrait terrible fait par ceux qui ont vécu la tuerie de l’intérieur et par les premiers intervenants.

Les témoins décrivent la fumée blanche dans la salle de prière, la forte odeur de poudre à munitions et les nombreuses douilles au sol. Et bien sûr, les nombreux corps ensanglantés et la panique de la quarantaine de fidèles.

Adel Achouba s’est caché derrière une colonne. Il a vu un homme, qu’il décrit comme «calme et de sang-froid» tirer avec une arme de poing sur des gens en train de récupérer leurs chaussures, après la prière du soir.

M. Achouba se réfugie avec d’autres fidèles dans une petite pièce. Le tireur continue à faire feu sur des gens au sol. Le témoin voit son ami Mohamed foncer sur le tireur et recevoir une balle. Ensuite, c’est l’épicier Azzedine Soufiane qui tente de désarmer le tireur. Il sera vite abattu de plusieurs coups de feu.

Propriétaire de trois armes enregistrées

La dénonciation révèle plusieurs détails sur Bissonnette, amateur de chasse et de tir.

Le père d’Alexandre Bissonnette a indiqué aux policiers, au lendemain de la tuerie, que son fils possédait des armes, soit un Glock (pistolet), un Sig Sauer (pistolet) et une arme longue Browning.

Selon le père, l’étudiant en Sciences politiques à l’Université Laval avait tous les documents requis et rangeait ses armes dans un coffret de sécurité au sous-sol chez sa mère, rue du Tracel à Cap-Rouge.

Il était membre du club de tir Les castors de Charlesbourg, qui compte plus de 900 adeptes.

Lorsqu’il a été arrêté vers 21h le 29 janvier dans la bretelle du pont menant à l’île d’Orléans, Alexandre Bissonnette était au volant de la voiture Mitsubishi grise de son père. Son téléphone cellulaire était au sol, près de la voiture. Un pistolet de type Glock noir était toujours dans le véhicule. Une arme longue a été trouvée devant la porte principale de la mosquée du chemin Sainte-Foy.

En arrêt de travail

La mère d’Alexandre Bissonnette, elle, en a dit un peu plus aux policiers sur l’état d’esprit de son garçon au moment de la tuerie.

Alexandre Bissonnette s’était fait refuser un congé par son employeur, Héma-Québec. Il aurait parlé en mauvais termes de ses patrons qui l’ont appris et mis en arrêt de travail.

Repérage trois jours avant

L’analyse des images vidéo de la caméra de surveillance du Centre culturel islamique confirme qu’un individu a fait du repérage durant près de 30 minutes près de la mosquée le 26 janvier. L’homme entre à deux reprises dans le hall d’entrée. Les policiers précisent dans leur dénonciation qu’il n’a pas l’air familier avec le rituel voulant que les visiteurs se déchaussent dès leur entrée à la mosquée.

L’individu porte une tuque foncée avec des lignes horizontales réfléchissantes, un long manteau noir, un pantalon foncé, des bottes de marche et a un sac noir en bandoulière.

Après l’arrestation de Bissonnette, les policiers ont demandé et obtenu un mandat pour saisir tous ces vêtements.

Le 3 février, un témoin a mentionné aux policiers avoir vu Alexandre Bissonnette à l’extérieur du Centre culturel islamique trois jours avant la fusillade. Il l’a salué en arabe, mais n’a pas eu de réponse. Après avoir vu la photo de Bissonnette dans les médias, il se dit certain à «95 %» que c’était bien lui.

Mise en garde

Rappelons que tous les éléments contenus dans la dénonciation sont des allégations qui n’ont jamais été présentées en preuve à la cour. L’accusé est toujours présumé innocent. Les procédures ne sont toujours pas à l’étape où l’accusé a eu l’occasion de contester les accusations.

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Le procès commencera le 26 mars

Le procès d’Alexandre Bissonnette, auteur présumé de la tuerie à la mosquée de Québec, a été fixé au 26 mars 2018.

Le juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure a retenu cette date lors d’une conférence de gestion tenue vendredi matin à Québec. C’était la première audience depuis que la Couronne a déposé un acte d’accusation direct et envoyé directement l’accusé à l’étape du procès.

«L’ensemble des parties, soit la poursuite, l’accusé ainsi que la Cour supérieure ont manifesté une volonté claire que le procès soit fixé dans les meilleurs délais», a souligné le procureur de la Couronne, Me Thomas Jacques.

Le procès devant jury se tiendra donc 14 mois après la fusillade. Il pourrait durer environ deux mois.

Le procureur de la Couronne a annoncé une liste préliminaire de 111 témoins. Cette liste pourrait diminuer de moitié au fil des admissions.

L’accusé était présent pour entendre la fixation de la date de son procès. Bissonnette paraissait détendu et a même eu quelques sourires en jasant avec les agents correctionnels.

Tout le contenu de la conférence de gestion est frappé d’une ordonnance de non-publication. Il nous est donc impossible de rapporter la teneur des discussions.

Alexandre Bissonnette, 27 ans, est accusé de six meurtres au premier degré et de six tentatives de meurtre commises avec une arme à feu à autorisation restreinte.

L’ultime accusation de tentative de meurtre, rajoutée il y a un mois par la Couronne, vise les 39 personnes, dont quatre enfants, qui n’ont pas été blessés physiquement, mais qui étaient présents lors de la fusillade le 29 janvier 2017.