Ken Shields, de Conifex, Yves Laflamme, de PFR, Stephen J. Sallah, de LBM Advantage, Mathew Missad, de Universal Forest Products, ont participé au panel des PDG lors du Congrès du bois de Montréal.

La transformation de PFR

Alors que les ventes de papier représentaient plus de 75 % du chiffre d’affaires de Produits forestiers Résolu (PFR) en 2011, elles ont désormais fondu à moins de 50 %, alors que la vente de pâte, de papier tissu et de bois deviennent des moteurs de la croissance de l’entreprise.

« Notre stratégie de transformation vise à miser de plus en plus sur les marchés émergents, soit la pâte, le papier tissu et le bois », a déclaré le président-directeur général de PFR, Yves Laflamme, lors d’un panel des PDG présenté dans le cadre du Congrès de Montréal sur le bois, jeudi dernier.

Selon ce dernier, la transformation de l’entreprise est essentielle, car le marché du papier diminue de 10 à 12 % par an en Amérique du Nord. C’est pourquoi PFR a diversifié ses actifs en faisant l’acquisition de trois usines de papier tissu, destinées à la production de papier hygiénique, de serviettes et d’essuie-tout, en Floride, au cours des dernières années.

Le géant forestier mise aussi sur l’innovation pour développer de nouveaux marchés, comme c’est le cas avec son investissement de 49 % dans les Serres Toundra.

Mais ce n’est pas tout, car PFR détient aussi une usine pilote de bioproduits, à Thunder Bay, en partenariat avec FPInnovation, pour développer des produits biochimiques innovateurs.

De plus, l’entreprise détient aussi Performance Biofilament, une coentreprise lancée avec Mercer International, pour développer des produits à base de biofilaments, notamment dans la fabrication de produits composites, les revêtements et plusieurs produits de consommation.

Yves Laflamme, le PDG de Produits forestiers Résolu, croit qu’il existe de belles opportunités de développement dans la production de biocarburants.

La production de bois n’est pas en reste, car les 19 usines de PFR situées au Québec et en Ontario génèrent de bons profits. Toutefois, le manque de bois ne permet pas d’atteindre la pleine capacité de production, chiffrée à 2,4 milliards de pmp. « Nous produisons plutôt 1,9 à 2 milliards de pmp par an », a soutenu le PDG.

Ce dernier souligne que la récolte de bois a diminué de plus de 20 % au Québec depuis la commission Coulombe en 2006, avant d’ajouter que le nouveau régime forestier a fait grimper les coûts du bois de 36 % depuis 2013.

Manque de bois dans l’ouest aussi

Les producteurs québécois ne sont pas seuls à manquer de bois, car Conifex, un producteur de l’ouest qui détient 49 % de ses actifs en Colombie-Britannique, et la balance dans le sud des États-Unis, doit composer avec une baisse de bois disponible. Le dendroctone du pin fait partie des raisons qui expliquent cette baisse, car l’espèce envahissante a attaqué d’énormes superficies.

« L’autre raison est économique, car le prix du bois livré à l’usine a augmenté de 15 % en 2017, puis de 20 % en 2018, ce qui représente une augmentation de 20 $/m3 », a soutenu Ken Shields le PDG de Conifex.

Que ce soit au Canada ou aux États-Unis, le transport du bois sera un facteur limitatif de la croissance, car la pénurie de camionneurs impose d’importantes restrictions, a mentionné Stephen J. Sallah, PDG de LBM Advantage, une coopérative de producteurs forestiers américains qui compte 544 actionnaires.

« La moyenne d’âge des camionneurs est de plus de 60 ans et très peu de jeunes choisissent ce métier », a-t-il dit, expliquant en partie la situation par la venue des camions intelligents, qui laissent planer un doute sur l’avenir du métier.

D’autres marchés émergents

Selon Mathew Missad, le PDG de Universal Forest Products, l’industrie devra miser davantage sur l’automatisation et sur la technologie pour contrer le manque de main-d’œuvre. L’essor de la construction de maisons préusinées, plus abordables, représente par ailleurs une très belle opportunité pour l’industrie.

Ce constat est partagé par Yves Laflamme, de Résolu, qui croit que les biocarburants laissent présager de belles occasions d’affaires. « Nous produisons beaucoup de résidus forestiers et on doit trouver une façon de les valoriser », a-t-il dit.

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14 M$ POUR ACCOÎTRE LA PART DU BOIS

Le Congrès de Montréal sur le bois a rassemblé plus 1000 producteurs de bois, des grossistes et des manufacturiers d’équipements pour la transformation du bois du 19 au 21 mars.

Selon Robert Dietz, l’économiste en chef de l’Association nationale des constructeurs de maisons (National Association of Home Builders - NAHB), la demande fera augmenter les prix du bois, au cours des prochains mois.

Après avoir atteint un sommet en juin 2018, les prix du bois ont chuté drastiquement, vers la fin de l’année, lorsque les taux d’intérêt ont atteint 5 %, a expliqué Robert Dietz, lors du Congrès de Montréal sur le bois. « La hausse des taux d’intérêt a fait diminuer la demande pour la construction de nouvelles maisons », a-t-il dit.

Alors que les taux d’intérêt à long terme se situent désormais aux alentours de 4,5 %, la croissance de la construction pour les maisons résidentielles demeurera faible, à 1,5 %. Ainsi, 900 000 maisons unifamiliales devraient être construites en 2019 aux États-Unis alors que les besoins réels se chiffrent plutôt à 1,2 million d’unités, ajoute ce dernier. 

Pour éviter que la situation ne se dégrade davantage, Robert Dietz estime que la Réserve fédérale américaine sera moins agressive, en prenant une pause sur la hausse des taux d’intérêt. D’ici la fin de l’année, l’économiste s’attend toutefois à une légère hausse en ajoutant que les taux à long terme devraient plafonner à 5 % en 2019. 

Ce dernier croit que la hausse du niveau de dettes des étudiants américains (239 %) ainsi que la hausse de la dette personnelle sont des explications menant à une faible croissance de la construction. « Les jeunes restent chez leurs parents beaucoup plus longtemps qu’avant », dit-il. Aujourd’hui, un jeune de 25 à 34 ans sur cinq vit encore chez ses parents, soit le double d’il y a 20 ans. 

Le vieillissement de la population explique en partie la faible demande. Cette situation fait aussi en sorte que le marché de l’emploi est très serré, avec un taux de chômage sous les 4 %. « Il y a 300 000 emplois à combler dans l’industrie de la construction aux États-Unis », remarque Robert Dietz, ce qui crée un énorme manque de main-d’œuvre et de productivité. 

Près de 60 % du bois d’œuvre québécois est exporté aux États-Unis. 

Des alliés américains

L’Association nationale des constructeurs de maisons est un des fidèles alliés de l’industrie canadienne des produits forestiers, a tenu à rappeler Robert Dietz, son économiste en chef. « Nous nous battons constamment pour le libre marché », a-t-il soutenu, en mentionnant que son organisation a réussi à obtenir 120 signatures des membres du Congrès pour faire la promotion de cette idée. 

Toutefois, il admet que le gouvernement américain n’est pas le plus fervent défenseur du libre marché et il estime qu’il faudrait compter quatre à cinq ans avant le règlement de ce litige et de l’abolition des tarifs, soit le même délai que lors des conflits précédents.