La pièce Ogre, s’appuyant sur un texte de Larry Tremblay, fait partie des quatre productions de La Tortue Noire qui seront à l’affiche à Paris, du 6 février au 15 mars. Le transport de la marionnette créée par Mylène Leboeuf-Gagné pose toutefois un défi technique en raison de ses dimensions.

La Tortue Noire cinq semaines à Paris

Bien que le Théâtre de la Tortue Noire ait l’habitude de se produire à l’extérieur du pays, le séjour que ses membres effectueront du 6 février au 15 mars, à Paris, épouse une dimension qui dépasse tout ce qu’il a pu accomplir depuis sa fondation, en 2005. Pendant ces cinq semaines, la compagnie saguenéenne présentera quatre de ses 10 créations, dont trois au Théâtre Mouffetard, le seul lieu de diffusion de la capitale française spécialisé dans le théâtre de marionnettes.

La première partie du séjour mènera l’équipe dans le quartier Montreuil, où se trouve un théâtre baptisé Les Roches. Pendant deux semaines, il accueillera Le Grand Oeuvre, une production portée par les comédiens Martin Gagnon et Dany Lefrançois. Rappelons qu’elle a fait l’objet d’une tournée en France et en Italie, plus tôt cet automne. «Je profiterai de l’occasion pour animer 14 ateliers d’initiation destinés aux jeunes», a précisé Dany Lefrançois lors d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Viendra ensuite la partie costaude du voyage, sous le toit du Mouffetard. Situé sur la rue du même nom, l’une des plus charmantes de Paris, il mettra à l’affiche Le petit cercle de craie, du 25 février au 1er mars. Après cette adaptation d’un texte de Berthold Brecht, la Tortue Noire proposera une pièce de Daniel Danis, Kiwi, du 3 au 8 mars. Cette séquence remarquable sera couronnée par une primeur à l’échelle européenne, soit la présentation d’Ogre, une oeuvre signée Larry Tremblay, du 10 au 15 mars.

«Tous genres confondus, il est rare qu’une compagnie québécoise soit programmée pour un aussi grand nombre de productions. Il s’agit d’un événement exceptionnel, estime Sara Moisan, qui cumule les fonctions de créatrice et directrice générale. Depuis 2013, nous travaillons avec une agence basée en France. C’est elle qui a coordonné les deux projets afin qu’ils se déroulent au cours de la même période.»

De son côté, Dany Lefrançois, qui est le directeur artistique de La Tortue Noire, voit dans cette équipée parisienne l’aboutissement de nombreuses années consacrées au développement du marché européen. «Je suis très heureux de ce qui nous arrive. C’est une chance extraordinaire, en même temps qu’une forme de consécration. Ça donne confiance pour l’avenir», commente-t-il.

Voici le groupe qui se rendra à Paris l’hiver prochain afin de présenter quatre productions de La Tortue Noire. Il s’agit des comédiens Martin Gagnon, Dany Lefrançois, Sara Moisan, Christian Ouellet, Éric Chalifour et Vicky Côté.

L’effet Ogre

Ceux qui ont vu Ogre, qui sera de retour du 14 au 23 novembre, à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, peuvent témoigner de son pouvoir d’évocation. Voir ce personnage dans toutes ses grosseurs, suffisant, narcissique à l’os, constitue en soi une expérience. Haute de 10 pieds, s’étirant sur 16 pieds quand ses formes généreuses reposent sur la scène, manipulées par une armada de comédiens, la marionnette conçue par Mylène Leboeuf-Gagné est si énorme que son transport par avion pose un défi.

«Martin Gagnon et Marilyne Renaud, notre nouvelle directrice technique, examinent de quelle manière on pourra l’amener là-bas. Elle est légère, mais tellement grosse», note Dany Lefrançois. En revanche, il assure que l’Ogre pourra se déployer sur la scène du Mouffetard, malgré sa relative exiguïté. Le corps va déborder un peu, sans toutefois poser un problème de logistique, puisque les dimensions de la salle avaient été prises en considération par La Tortue Noire au moment de la conception du spectacle.

Cette précaution s’explique facilement, lorsqu’on connaît les liens tissés entre la compagnie et la directrice du Mouffetard, Isabelle Bertola. Elle qui assiste régulièrement au Festival international des arts de la marionnette, tenu à Saguenay, entretenait déjà un préjugé favorable avant de découvrir Ogre, l’été dernier. «Même si elle a été enchantée, présenter cette pièce à Paris constitue une belle marque de confiance», énonce Dany Lefrançois.

L’instinct de la directrice ne l’a pas trompée, comme en fait foi la réaction des gens qui ont assisté au lancement de sa programmation 2019-2020. Lui qui était présent, ce jour-là, témoigne de l’effet généré par la capsule produite par Télé-Québec, dans le cadre de La Fabrique culturelle. «Il y a eu un réel impact, dit-il. On a enregistré beaucoup de réservations dans les minutes qui ont suivi.»

L’ampleur de l’expérience que vivra La Tortue Noire est telle que la Délégation générale du Québec multipliera les initiatives afin de maximiser son rayonnement. Un cocktail sera organisé. Les médias seront sollicités. Et parlant de rayonnement, il rejaillira sur l’ensemble du milieu théâtral, puisque les quatre pièces mobilisent des artistes associés à différentes compagnies établies à Saguenay.

COURTOISIE, PATRICK SIMARD

Vicky Côté jouera ainsi dans Ogre, tout comme Éric Chalifour, tandis que Christian Ouellet reprendra du service dans Le cercle de craie. Il se pourrait également que Guylaine Rivard, qui a signé la mise en scène de Kiwi, vienne faire son tour, au même titre que Benoit Lagrandeur, directeur artistique de La Rubrique, qui a produit Ogre avec La Tortue Noire. «Ça met aussi en relief le travail d’une trentaine de concepteurs québécois», affirme Sara Moisan qui, elle, jouera dans Kiwi, Le cercle de craie et Ogre.

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...ET L'«AUTRE» AU MEXIQUE

Depuis quelques jours, L’Autre dans la Cité, ce projet qui s’articule autour d’une marionnette de taille humaine, trouve un écho au Mexique. Trois membres du Théâtre de la Tortue Noire, Dany Lefrançois, Patrick Simard et Sara Moisan, séjournent dans la ville de Guadalajara, où ils font vivre ce personnage à qui la Ville de Saguenay a conféré le statut de citoyen l’an dernier.

C’est dans les locaux de la compagnie mexicaine Luna Morena, partenaire de longue date de la Tortue Noire, que ce chantier a été amorcé la semaine dernière. La mission consistait à former deux artistes locaux dans un temps relativement bref. «Nous disposions de trois journées pour leur transmettre les mouvements, les expressions, que peut emprunter l’Autre. Ils sont bons, cependant, et très expérimentés», a raconté Sara Moisan au Quotidien.

Pour se faire comprendre, les Saguenéens et leurs vis-à-vis emploient un mélange de mots français, anglais et espagnols. À force d’essayer, chacun arrive à communiquer sa pensée, ce qui a permis aux Mexicains d’offrir leurs premières performances en fin de semaine, dans différents villages de la région de Valdisco. Le contexte de ces sorties est particulier, en ce sens que les gestes posés par la marionnette conçue par Mylène Leboeuf-Gagné ne se moulent pas aux exigences d’un scénario.

«C’est l’environnement qui constitue la source d’inspiration. Ce n’est pas un spectacle à proprement parler», explique Dany Lefrançois. Vu les dimensions de l’Autre, plusieurs personnes doivent unir leurs efforts pour lui prêter vie. En même temps, il faut que leurs gestes soient coordonnés afin que le personnage exécute des mouvements cohérents.

«Pendant les improvisations, la personne qui manipule la tête est plus sollicitée, mais tout le monde a la liberté de suggérer des actions», précise Sara Moisan, qui espère que cette première sortie de l’Autre à l’extérieur du Canada fasse des petits. «L’idéal serait de répéter cette expérience dans différents pays», souligne ainsi la femme de théâtre.

Après avoir effectué plusieurs sorties à Saguenay, comme en témoigne cette photographie, le personnage de l’Autre, créé par le Théâtre de la Tortue Noire, découvre le Mexique à la faveur d’un projet amorcé il y a quelques jours.