À moins du départ du directeur général, Richard Brabant, le Camping Jonquière n’aura plus un sou de Saguenay.

La tête de Brabant demandée

Saguenay révoque sa subvention annuelle de 218 000 $ au Camping Jonquière.

L’organisme sans but lucratif (OSBL), qui vient de recevoir un nouvel avis de non-conformité de la part du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELC), devra remercier son directeur général, Richard Brabant, s’il souhaite à nouveau recevoir des deniers municipaux.

« On ne versera plus aucune subvention au Camping Jonquière tant qu’il n’y aura pas de changement à la direction générale. C’est la deuxième fois que le camping se retrouve avec un avis de non-conformité. Il y a un manque et la responsable, c’est la direction générale. C’est décevant de constater que malgré tous les efforts de collaboration déployés par la Ville et les administrateurs, il y a encore des lacunes importantes », a déclaré le conseiller municipal responsable du district 1 et vice-président du comité exécutif, Jonathan Tremblay, en entrevue.

Mercredi, Le Quotidien a fait état de nouveaux avis d’infraction acheminés à la direction du Camping Jonquière par le MDDELC. Le document a été envoyé le 1er août, à la suite d’évaluations menées par des inspecteurs au début du mois de juin. Des irrégularités ont alors été remarquées en ce qui a trait à des aménagements liés aux systèmes d’égout et d’aqueduc. Ces travaux ont été réalisés sans les autorisations nécessaires du ministère, tout comme l’aménagement d’une station de pompage. 

« Le ministère évalue actuellement les suites à apporter à ces manquements et n’écarte aucun recours pour assurer un retour à la conformité », a confirmé la porte-parole, Sophie Gauthier, par courriel, lundi. Quatre manquements ont été relevés par les inspecteurs.

La journaliste du Quotidien a informé la présidente de l’arrondissement de Jonquière, Julie Dufour, de la situation en fin de journée mardi. L’élue avait promis d’y voir et de communiquer avec les représentants du camping pour demander des comptes. Des échanges ont eu lieu entre représentants municipaux et administrateurs au courant de la journée de mercredi. La décision de révoquer la subvention a été prise en présence de membres du contentieux de la Ville. Le président du conseil d’administration du camping, Raynald Harvey, en a été informé dans les heures suivantes. 

Saguenay révoque sa subvention annuelle de 218 000 $ au Camping Jonquière, qui a à nouveau manqué à ses obligations en enfreignant la Loi sur l’Environnement.

Coupable

En mars dernier, la direction du camping a été condamnée à payer 20 000 $ d’amende pour avoir omis d’envoyer les plans et devis et d’obtenir un permis pour l’exécution de travaux d’égout. Le Camping Jonquière avait plaidé coupable après le dépôt d’accusations par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) en 2015. Les événements reprochés à l’organisme se sont déroulés entre le 1er et le 15 mai 2012 et entre le 5 et le 31 mai 2014. 

La Ville considère que la direction du Camping Jonquière n’a pas tenu parole puisque lors d’une rencontre tenue au mois de mai, à laquelle ont participé des élus, des fonctionnaires et des administrateurs, ses dirigeants s’étaient engagés à ne plus enfreindre la loi et à fournir un plan de redressement détaillé. La Ville venait tout juste de lui livrer un avis de non-conformité, lui signifiant qu’en vertu du protocole d’entente liant les deux parties, le camping ne peut être condamné en justice ni recevoir un billet d’infraction de la part d’un ministère. Selon ce qu’avait rapporté Julie Dufour au lendemain de la rencontre, les discussions s’étaient somme toute déroulées de façon conviviale et tous semblaient animés du désir de développer et de mettre en valeur ce joyau de l’arrondissement de Jonquière. « On suit ce dossier depuis l’élection. On a rencontré le C.A. à plusieurs reprises et on avait demandé un plan. Il y avait de l’ouverture de part et d’autre pour faire rayonner ce joyau et établir les bases d’un partenariat. On a formé un comité pour s’assurer que tous les montants que la Ville donne soient bien utilisés. On a demandé à la direction et aux administrateurs que tous les travaux soient réalisés dans les règles de l’art. Cette demande n’a pas été respectée », martèle Jonathan Tremblay.

« C’est une récidive à la suite de la décision du tribunal en mars. Dans le contexte actuel, il n’y aura plus de versement de la subvention. On va envoyer une lettre aux administrateurs pour les en informer », a pour sa part indiqué Julie Dufour.

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RAPPEL DES FAITS

Le Camping Jonquière a fait couler beaucoup d’encre depuis 2013. Outre les manquements à la Loi sur l’Environnement, l’organisme a été dans la mire de Revenu Québec. Son directeur général, Richard Brabant, a suscité l’intérêt de la Sûreté du Québec, à la suite d’allégations de harcèlement formulées par d’anciens employés. Aucune accusation n’a toutefois été déposée contre lui. 

Appuyé par le maire de l’époque, Jean Tremblay, Richard Brabant s’est présenté aux élections municipales de 2013 dans Lac-Kénogami. Il a été battu par la candidate de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD), Christine Boivin. Au cours de l’unique mandat de la conseillère, elle a eu maille à partir avec le DG, avec qui elle avait des relations tendues. Christine Boivin avait demandé, à plusieurs reprises, une reddition de comptes de la part de la direction du camping, un attrait touristique majeur de son district bénéficiant d’argent public.

En 2015, Richard Brabant et le camping ont sorti les gros canons et ont déposé une poursuite de près d’un demi-million de dollars en diffamation contre la conseillère. Les procureurs de Christine Boivin ont qualifié le recours de poursuite bâillon. Près de deux ans plus tard, Richard Brabant et le Camping Jonquière ont abandonné les procédures et une entente à l’amiable est survenue. Richard Brabant a formulé des excuses à Christine Boivin. Dans une déclaration écrite, il a publiquement signifié qu’elle n’avait pas mal agi et qu’elle avait simplement fait son travail d’élue. Mélyssa Gagnon