Le directeur de la Santé publique de la région, le docteur Donald Aubin, explique que le changement de couleur est notamment fait en fonction des paramètres d’analyse, dont celui de la capacité du réseau hospitalier. Ce moment approche dans la région, qui pourrait passer en zone rouge dans les prochains jours.
Le directeur de la Santé publique de la région, le docteur Donald Aubin, explique que le changement de couleur est notamment fait en fonction des paramètres d’analyse, dont celui de la capacité du réseau hospitalier. Ce moment approche dans la région, qui pourrait passer en zone rouge dans les prochains jours.

La situation évolue vers la zone rouge dans la région

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La circulation communautaire du coronavirus combinée à la pression sur le système hospitalier et le nombre moyen de cas qui dépasse la limite de 31 sur une base quotidienne dans la région depuis le début de la semaine vont obliger les dirigeants de la Santé publique à évaluer sérieusement un changement de couleur dans la région au cours des prochains jours.

Dans le cadre d’une entrevue accordée au Quotidien mercredi, le directeur régional de la Santé publique, le docteur Donald Aubin, a insisté sur la combinaison des différents indicateurs et surtout sur l’obligation des gestionnaires de la santé publique de prendre les décisions au bon moment.

Certes, assure le médecin, il y a des conséquences psychosociales au passage en zone rouge et il est important de bien mesurer ces conséquences : «Mais il pourrait aussi y avoir des conséquences à ne pas le faire et d’arriver à ce que l’on doive aussi retarder des chirurgies ou des soins essentiels», précise le médecin.

Le CIUSSS a annoncé certains ajustements dans les services dispensés à l’hôpital de Chicoutimi. D’autre part, des informations émanant de sources bien informées confirment que malgré la capacité de fermer des lits pour accueillir des patients atteints de la COVID-19, la situation n’est pas simple à gérer pour ce qui est des ressources humaines.


« Comme médecin responsable de la santé publique, il va falloir trouver des moyens de mesurer ces effets et ce n’est pas parce qu’il va y avoir un vaccin que tout sera terminé et que la vie reprendra normalement. »
Dr Donald Aubin

Donald Aubin assure que les spécialistes de l’Institut national de la santé publique du Québec évaluent avec beaucoup de critères les conséquences de la croissance des cas sur les services hospitaliers. Il a clairement laissé entendre que les mesures adéquates seront décrétées afin d’éviter de se retrouver dans une situation de débordement du réseau régional hospitalier.

Il rappelle que l’objectif de modifier la couleur pour passer au rouge ne peut pas servir uniquement à court terme. Il doit viser une stabilisation de la situation à long terme pour un retour progressif à la normale. Il cite en exemple la région de Montréal qui a stabilisé la situation tout comme celle de Québec.

Le réseau régional pourrait accueillir beaucoup plus de cas de COVID-19. Mais le délestage des activités hospitalières a eu des conséquences pendant la première vague et selon les propos du directeur de la Santé publique, il n’est pas question de répéter le même scénario.

Quand il regarde la carte régionale, le médecin constate que le virus circule de façon assez intense dans les secteurs de Chicoutimi, Jonquière et Alma. Il est même convaincu qu’une opération de dépistage massif dans ces trois zones permettrait de constater sensiblement les mêmes niveaux de circulation du virus si l’on isole les éclosions du CHSLD Isidore-Gauthier et l’hôpital d’Alma.

Ces deux éclosions, qui représentent 136 cas positifs, ont projeté Alma comme étant l’endroit au Québec où la circulation du virus était la plus intense avec un ratio de 333 cas par 100 000 habitants.

«Quand j’ai regardé le nombre de cas ce matin (mercredi) avec 19, je me suis dit que l’on reculait, mais il y a eu un problème de transmission des données. Le chiffre n’est pas définitif, mais on va être en haut de 30 cas», précise le médecin.

En point de presse en début de semaine, Donald Aubin avait soulevé des inquiétudes en raison de la circulation communautaire qui se confirme par un grand nombre d’éclosions. Depuis, cette inquiétude se confirme dans les faits avec encore mercredi pas moins de 43 foyers d’éclosions dans tous les secteurs d’activités.

À force de circuler, le virus se rapproche des milieux sensibles. Des opérations de dépistage ont lieu dans des résidences privées pour aînés et dans les CHSLD. C’est ainsi que des cas confirmés dans les CHSLD Normandie (Alma), Jacques-Cartier à Chicoutimi et Roberval placent la Santé publique sur un pied d’alerte.

Les expériences d’éclosion dans les milieux de vie ont été très difficiles dans la région depuis le début de la pandémie. Malgré le développement des techniques de protection et les connaissances acquises sur le virus, il est difficile pour les professionnels de la santé d’éviter la propagation à partir du moment où le virus s’introduit dans un CHSLD.

Les éclosions dans ces milieux ont aussi été lourdes pour le bilan des décès. La presque totalité de ces décès dans la région est survenue dans cette clientèle, précise le médecin.

Le docteur Donald Aubin a aussi à l’esprit d’autres considérations de santé publique dont il faudra tenir compte dans un proche avenir. Il a des inquiétudes sur le rétablissement de la population lorsque la science aura développé un vaccin.

«C’est une situation qui perdure dans le temps. Elle a des conséquences pour les gens. Certains se retrouvent en précarité. Il y a de nombreux effets sur la population. Comme médecin responsable de la santé publique, il va falloir trouver des moyens de mesurer ces effets et ce n’est pas parce qu’il va y avoir un vaccin que tout sera terminé et que la vie reprendra normalement.»

Donald Aubin est d’avis qu’on ne peut attendre la fin de la pandémie avant d’agir. Il recommande aux personnes qui vivent des situations difficiles sur le plan psychologique d’aller chercher de l’aide.