La sécurité en CHSLD à revoir

Même si le coroner conclut que le résidant Jules Tremblay, agressé par un autre patient au Centre d’hébergement d’Alma l’an dernier, est décédé « d’une mort naturelle » aux suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC) et qu’il n’y a pas de « lien direct » entre les deux événements, il réfléchit à la possibilité de revoir la sécurité dans les ailes protégées des résidences pour personnes âgées.

Il y a trois semaines, la famille de M. Tremblay prenait publiquement la parole pour dénoncer le manque de personnel dans le centre d’hébergement et de soins longue durée (CHSLD), ce qui entraînait des lacunes sur le plan de la sécurité. La sortie était appuyée par le syndicat local au sein de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Avec la publication dans les derniers jours du rapport du coroner, Me Steeve Poisson, de Mont-Laurier, ils trouvent un écho à leurs cris d’alerte.

Le document de trois pages retrace les derniers moments de Jules Tremblay, 78 ans. Le 17 septembre 2017, au matin, celui qui souffre d’Alzheimer est frappé par un autre résidant de l’unité protégée où ils demeurent. Cette section du CHSLD est conçue pour ceux aux prises avec un trouble cognitif ou du comportement.

« Il était au sol et l’agresseur continuait de le frapper. M. Tremblay avait des ecchymoses à la tête. Un protocole de suivi post-chute a été débuté et outre les ecchymoses, il semblait ne pas y avoir de conséquence », écrit Me Poisson.

Jules Tremblay

Mais le lendemain après-midi, Jules Tremblay s’effondre et est transporté à l’hôpital d’Alma. Il n’y a pas d’hémorragie intra crânienne, mais un accident vasculaire cérébral aigu est diagnostiqué le 19 septembre. La santé du patient se détériore, le pronostic est « sombre ». Après discussion avec la conjointe, Solange Gobeil, le médecin oriente M. Tremblay vers les soins palliatifs. Il décède le 23 septembre. Comme le signalement a été fait au coroner seulement le 31 octobre 2017, des expertises, comme une autopsie, n’ont pas pu être demandées. Cependant, le dossier médical détaillé a permis de tirer les conclusions du rapport.

La Sûreté du Québec, après enquête, n’a détecté « aucun élément criminel », analyse le coroner. Le médecin a déclaré aux policiers qu’il n’y avait pas de lien entre l’agression du 17 septembre et l’AVC, est-il noté. Sans faire une recommandation officielle qui serait transmise aux autorités compétentes, Me Steeve Poisson se « questionne sur la pertinence de revoir les mesures de sécurité dans les ailes protégées des résidences pour personnes âgées ».

Jules Tremblay avait notamment des antécédents de fibrillation auriculaire, un type de dérèglement cardiaque. Il « est décédé des suites d’un accident vasculaire cérébral en lien avec une fibrillation auriculaire », conclut Me Poisson.

Le 14 août dernier, la famille de Jules Tremblay dénonçait publiquement le manque de personnel au Centre d’hébergement d’Alma.

Frustration
« Je sais que ce n’est pas directement lié, mais je vais toujours croire que l’agression a sûrement eu un impact », confie Solange Gobeil. Au téléphone, on pouvait sentir sa tristesse, mais aussi la reconnaissance d’être entendue. « Je suis un peu frustrée, parce qu’on ne sait pas si ça va changer quelque chose. On ne peut plus faire grand-chose. Tout le monde nous dit de ne pas lâcher, mais lâcher quoi ? »

La dame espère profondément que l’histoire de son mari décédé pourra avoir un impact « pour ceux qui restent » et que la sécurité sera améliorée. « Même le coroner le dit ! »

Sans vouloir « banaliser » la situation, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CIUSSS) n’a pas pris de mesure particulière reliée à ce dossier, étant donné que le coroner n’a pas formulé de recommandation officielle à son endroit. « Les lieux du Centre d’hébergement d’Alma sont conformes. Les installations sont assez récentes et conviennent aux besoins des usagers. Elles sont sécuritaires pour les patients et le personnel. Les employés sont formés pour cette unité particulière. Les blessures ne sont pas considérées comme normales, mais elles font partie des facteurs de risques, qui ne peuvent pas être de zéro. Le travail d’adaptation se fait en continu », a commenté la porte-parole Joëlle Savard.

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LE SYNDICAT INTERPELLE LES PARTIS POLITIQUES

Le syndicat du Centre d’hébergement d’Alma est réconforté par la réflexion du coroner au sujet des mesures de sécurité à « revoir » dans les résidences pour personnes âgées et interpelle les différents partis politiques à ce sujet, en cette campagne électorale provinciale.

« Pour changer les choses, il y a un choix à faire. Ça prend de la volonté politique. Ça prend de l’argent. Est-ce qu’on veut faire de la santé et des services sociaux une priorité au Québec ? », lance la vice-présidente du secteur Alma-Jonquière, Julie Boivin, du Syndicat des professionnelles en soins du Saguenay-Lac-Saint-Jean affilié à la FIQ.

« Je suis contente de ce que j’ai lu dans le rapport du coroner. On l’attendait. Ce qui est arrivé dans ce CHSLD, ça peut arriver partout, surtout où il y a des unités protégées. Ça fait longtemps qu’on dit qu’il y a un problème, mais à la longue, on se dit qu’on fabule peut-être. C’est bien de voir quelqu’un comme un coroner qui pense la même chose que nous », déclare Mme Boivin en entrevue téléphonique.

La situation est choquante à son avis. « L’employeur dit que les blessures dans les unités protégées font partie de la gestion des risques. Ce n’est pas rassurant pour les familles. On met nos parents, nos grands-parents dans les CHSLD. On ne veut pas qu’ils finissent comme ça. »

Depuis la publication du premier article dans Le Quotidien à la mi-août, des formations supplémentaires ont été données à des employées. « Ç’a brassé un peu le pommier », image Mme Boivin, qui croit toutefois qu’il est temps d’en faire plus et de se mettre « en mode solution ».