La Résidence du Fjord, qui accueille 88 personnes en milieu de vie privé et en ressource intermédiaire, a amplifié les directives émises par la Direction de la santé publique du Québec. La propriétaire Nancy Boudreault parle d’une «bulle» de protection pour le personnel et les résidents.
La Résidence du Fjord, qui accueille 88 personnes en milieu de vie privé et en ressource intermédiaire, a amplifié les directives émises par la Direction de la santé publique du Québec. La propriétaire Nancy Boudreault parle d’une «bulle» de protection pour le personnel et les résidents.

La santé publique craint l'entrée de la COVID-19 dans les résidences pour aînés

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La grande hantise des départements de santé publique dans le cadre de la présente pandémie est l’entrée de la COVID-19 dans une résidence pour personnes âgées et la propriétaire de la Résidence du Fjord de Chicoutimi a rapidement compris cet enjeu et surtout la nécessité de créer une bulle autour de ce milieu de vie qui accueille 88 résidents.

« On ne dort pas beaucoup », lance d’entrée de jeu Nancy Boudreault, qui dirige la résidence dont elle est propriétaire. Depuis samedi dernier, elle applique à la lettre les directives de la Santé publique pour les deux zones de sa résidence, puisqu’elle opère une ressource intermédiaire en plus de la section résidence privée du complexe.

Il n’est pas nécessaire d’informer Nancy Boudreault des ravages du virus dans des résidences pour personnes âgées de la Colombie-Britannique et dans l’État de Washington.

« Nous avons eu des directives du CIUSSS et on a décidé d’ajouter des mesures additionnelles aux directives gouvernementales pour protéger notre bulle, notre personnel et nos résidents », souligne-t-elle.

La résidence est en lien permanent avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) pour tout ce qui concerne les directives de santé publique et leur application. La propriétaire peut contacter l’agent du CIUSSS responsable et a aussi une adresse courriel où elle peut adresser des demandes spécifiques. Elle juge le canal de communication avec le CIUSSS tout à fait adéquat.

Impossible de limiter complètement

Malgré toutes les mesures, il est impossible pour ce type de résidence, incluant les CHSLD, de limiter complètement l’entrée de personnes qui n’habitent pas les lieux. La Résidence du Fjord offre aussi une chambre pour permettre à des personnes qui sortent de l’hôpital d’être en convalescence. Il y a aussi les admissions de nouveaux résidents, sur une base régulière, qui sont accompagnés des membres de leur famille, surtout dans une résidence qui offre des services aux personnes semi-autonomes.

« Depuis samedi dernier, je me charge de chacune des admissions. Les personnes doivent remplir un questionnaire. Elles sont interrogées sur les personnes qu’elles ont côtoyées depuis les dates officielles prescrites par le gouvernement et si elles ont été en présence de voyageurs afin de faire un historique qui va nous permettre de prendre les bonnes mesures », reprend Nancy Boudreault.

Les membres de la famille qui agissent à titre d’accompagnateurs, de même que le nouveau résident, ont la consigne de se rendre directement dans la chambre, sans toucher aux interrupteurs ou aux poignées de porte. La personne est accueillie et reçoit les consignes. Une personne qui présenterait des symptômes grippaux ne serait pas admise, selon la directrice.

Le personnel du CLSC, qui dispense des services de façon régulière aux résidents, a évidemment l’autorisation de se rendre dans les résidences privées pour personnes âgées. Les livreurs des pharmacies qui se rendent régulièrement à la résidence doivent quant à eux laisser les médicaments à l’entrée.

La résidence a également créé une page Facebook réservée au personnel de l’établissement. Nancy Boudreault indique qu’il y a aussi des précautions pour les employés, de façon à protéger les résidents et surtout gérer adéquatement le risque de contamination.

Rassurer les résidents

Cette restriction des visiteurs commence tout de même à avoir des impacts sur la vie quotidienne des résidents. Selon Nancy Boudreault, les familles communiquent plus souvent avec les personnes pour prendre des nouvelles.

« Même si nos résidents ont dans certains cas de légers problèmes cognitifs, ils savent que nous ne sommes pas dans une situation normale. Certains écoutent la radio et regardent la télévision. Il faut les rassurer et leur parler. »

Les espaces communs, comme la salle à manger et la salle d’activités, ont été aménagés pour respecter la consigne du mètre de distance. Pour le moment, le centre offre un seul service pour les repas, mais il n’est pas écarté d’agir autrement si la situation l’exige.

Généralement, les résidents participent à des activités de groupe. Il est important, selon Nancy Boudreault, de tenir des activités pour les occuper. La résidence a donc choisi d’organiser des activités avec de très petits groupes. La directrice souligne l’importance de veiller aussi aux aspects psychologiques, d’autant plus que la situation peut durer plusieurs semaines.

Globalement, Nancy Boudreault juge que, dans les circonstances, la situation se gère assez bien. Elle a en même temps une pensée pour les propriétaires de résidences qui doivent assurer la sécurité sanitaire de personnes ayant des problèmes de déficience intellectuelle ou des personnes devant composer avec des problématiques de santé mentale.

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UN PROTOCOLE SIGNÉ

La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean a maintenant établi le protocole qui va permettre aux personnes de 70 ans et plus qui en auront besoin d’obtenir un test de dépistage de la COVID-19 sans s’exposer inutilement à des situations à risque de contamination.

Selon les informations confirmées jeudi par Marie-Pierre Maheux, du service des communications du CIUSSS, des équipes volantes seront formées dans chacun des territoires de services pour réaliser des tests dans les milieux de vie. Les personnes de 70 ans et plus n’auront pas à se déplacer pour se rendre dans les trois cliniques de dépistage de Chicoutimi, Alma et Roberval.

« Les équipes vont se rendre dans les CHLSD, les résidences privées de personnes âgées ainsi que les domiciles des personnes de 70 ans et plus dont l’état nécessite un test de dépistage », a résumé la porte-parole du CIUSSS. L’objectif de cette mesure est de permettre que ces personnes puissent demeurer en isolement.

Le CIUSSS n’a toujours pas modifié les critères pour autoriser une personne à subir un test de dépistage. La personne doit être de retour d’un voyage depuis le 12 mars et ressentir des symptômes grippaux. La personne qui a été en contact avec une personne qui est de retour de voyage depuis le 12 mars et qui a des symptômes grippaux a également accès au dépistage.

La ligne COVID-19 au 1 877 644-4545

Il est bon de rappeler que les personnes de tous les âges qui ont des symptômes grippaux ou s’interrogent sur leur état de santé doivent obligatoirement communiquer avec la ligne COVID-19 (1 877 644-4545). Ils obtiendront alors les directives pour le suivi de leur situation. Les gens ne doivent pas se présenter directement dans les urgences ou les cliniques de dépistage.

Il faut ajouter à la liste les personnes en contact avec des cas confirmés de coronavirus, de même que des personnes hospitalisées présentant des symptômes grippaux associés au coronavirus.

Dans sa première mise à jour du nombre de personnes testées au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la direction de la Biologie médicale du CIUSSS faisait état de 338 dépistages réalisés jusqu’à mercredi après-midi.