La rivière Sainte-Marguerite protégée à perpétuité

Denis Villeneuve, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Denis Villeneuve, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Après des années de consultations et de démarches administratives, le Saguenay-Lac-Saint-Jean voit protégé à perpétuité l’un de ses milieux naturels exceptionnels, alors que Québec vient d’adopter un décret accordant un statut permanent à la Réserve aquatique de la Vallée-de-la-Rivière-Marguerite.

Le territoire couvert, d’une superficie de 321 kilomètres carrés, est situé dans le territoire non organisé des Monts-Valin. Il comprend une section à Saint-Fulgence et une toute petite partie de 12,5 hectares dans la municipalité de Sainte-Rose-du-Nord. La réserve est partagée entre le Lac Résimond, à Sainte-Rose-du-Nord, et la municipalité de Sacré-Coeur.

Le décret publié mercredi dans la Gazette officielle du Québec inclut un plan de conservation détaillé.

Considéré dès les débuts de la colonisation du Saguenay comme un milieu d’exception, le territoire de la rivière Sainte-Marguerite est très riche au plan faunique avec la présence de l’ours noir, l’orignal, le renard roux, la gélinotte huppée, le tétras du Canada et le lynx du Canada. S’ajoutent le saumon de l’Atlantique et l’omble de fontaine anadrome. Des espèces plus rares sont également présentes, comme le garrot d’Islande, le campagnol des rochers, l’omble chevalier Oquassa et le caribou forestier.

Les biologistes ont constaté depuis longtemps que la réserve aquatique est remarquable pour un territoire localisé aussi près du milieu habité. Malgré l’exploitation forestière des derniers siècles, les vieilles forêts y sont relativement fréquentes sur les pentes fortes, les sommets escarpés et les secteurs difficiles d’accès. Par exemple, on retrouve entre les rivières Sainte-Marguerite et Sainte-Marguerite Nord-Ouest (Bras des Murailles), plus de 200 hectares d’érablières à bouleau jaune qui se maintiennent dans des endroits présentant un microclimat favorable, soit le fond de la vallée, et les secteurs abrités et bien exposés sur les versants nord de la vallée.

Certains endroits abritent des forêts anciennes avec des arbres vétérans très âgés et de grande taille et de nombreux arbres morts servant d’abri et de source de nourriture à plusieurs espèces animales. Plusieurs espèces (vasculaires et bryophytes) sont près de leur limite nord de répartition ou rares, et ce, tant à l’échelle régionale que provinciale ou continentale. Une espèce végétale, le Dulichium arundinaceum, ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde, alors qu’une autre, le Saxifraga oppositifolia, ne se retrouve nulle part ailleurs dans la région.

La protection temporaire accordée depuis 2005 fait en sorte que de nombreuses restrictions s’appliquent à l’utilisation du territoire. À titre d’exemple, nul ne peut ensemencer un lac ou un cours d’eau à des fins d’aquaculture, de pêche commerciale ou d’une autre fin commerciale ou encore creuser, remblayer, obstruer ou détourner tout lac ou tout cours d’eau; installer des quais, cueillir de petits fruits avec un moyen mécanique, etc.

Commentant la protection accordée, le maire de Sainte-Rose-du-Nord, Laurent Thibeault, a rappelé qu’en 2005, le plan de protection avait fait l’objet d’une consultation par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et qu’à l’époque, sa municipalité avait réclamé la gestion de la rivière, un projet qui avait été contrecarré par les autochtones d’Essipit, lesquels prétendaient avoir des droits, et Saint-Fulgence.

« Le BAPE avait recommandé au gouvernement de discuter de ce sujet avec Sainte-Rose. Nous avions même reçu une lettre du gouvernement à l’effet qu’il y aurait des discussions. Quinze ans plus tard, on n’a jamais eu d’autres nouvelles », conclut-il.

Soulignons que le territoire de Bardsville, opéré par la MRC du Fjord-du-Saguenay, est exclu du statut de protection.