Le producteur laitier Frédéric Maltais affirme que ses collègues producteurs agricoles et les citoyens qui s’approvisionnement en eau potable à même la nappe phréatique n’ont aucun avantage à laisser passer le projet de captation d’eau à même la nappe phréatique pour le projet industriel de Métaux BlackRock.

La résistance s’organise

Le projet de captation d’eau dans la nappe phréatique de Laterrière pour approvisionner l’usine projetée de BlackRock dans la zone de Grande-Anse a déjà du plomb dans l’aile alors que les agriculteurs se mobilisent avec l’appui du conseiller municipal et numéro deux de Saguenay, Michel Potvin.

La mairesse de Saguenay, Josée Néron, doit donc s’attendre à recevoir une délégation de producteurs agricoles, lors de la prochaine séance du conseil municipal, avec à sa tête le producteur laitier Frédéric Maltais de chemin Saint-Isidore à Laterrière. Ce dernier est déjà au cœur du débat sur les réseaux sociaux et se fait accuser de nuire au développement économique. Les accusations ne semblent pas l’impressionner pour le moment.

Pour Frédéric Maltais, l’opposition repose sur trois enjeux qu’il considère incontournables, dans un premier temps pour les producteurs agricoles et ensuite pour la population en général. Le premier groupe est celui, selon l’agriculteur, qui risque de devoir composer avec les conséquences immédiates de la construction d’un puits industriel.

« Il y a déjà eu des tests réalisés sur mes terres à l’époque où il y avait un projet pour vérifier si la nappe phréatique pouvait approvisionner la ville de Chicoutimi. Ils avaient alors utilisé des tuyaux avec des petits diamètres. On ne parle pas d’un tuyau de 20 pouces et la captation a été sur une très courte durée. On a l’intention de s’approprier un bien public qui est de l’eau potable pour laver de la roche », explique Frédéric Maltais.

Il est déjà presque assuré que le projet d’usine de traitement du minerai de Métaux BlackRock fera l’objet d’une audience publique. Depuis quelques jours, l’agriculteur reçoit des appels et se rend compte que les impacts d’une possible surexploitation de la nappe phréatique pourraient avoir des conséquences plus importantes que ce que l’on pense. Rappelons qu’il suffit d’une seule demande pour déclencher le processus du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE).

« Les citoyens qui habitent dans les Portages nord et sud de Laterrière, en bordure de la rivière Chicoutimi ont des puits artésiens qui s’approvisionnent dans la même nappe phréatique. Ils n’ont pas intérêt à ce que l’on prenne des risques avec leur approvisionnement en eau potable et ça doit être mesuré sérieusement. »

Ces équipements avaient servi à faire des tests d’eau sur la nappe aquifère.

Dix fermes
Les enjeux des agriculteurs sont assez simples, selon le producteur laitier. Il y a dans la zone du chemin Saint-Isidore pas moins d’une dizaine de fermes laitières. Les terres agricoles de plusieurs de ces exploitations sont situées sur la partie sablonneuse située au sud du chemin.

« Dès que nous sommes en période de sécheresse pendant l’été, nous constatons une diminution rapidement du rendement des champs pour nos différentes cultures. Qu’est-ce qu’il adviendra de nos rendements si la nappe phréatique diminue de 4, 5 ou 6 pouces. Est-ce que nous allons aggraver le problème. On sait qu’il y a de l’eau dans le sol, mais personne ne peut dire si la nappe phréatique est alimentée par un apport d’eau important et permanent. Rien ne dit que le lac Kénogami est l’une des sources d’approvisionnement de la nappe phréatique. »

Comme en Californie
L’agriculteur cite l’exemple de la Californie qui a de sérieux problèmes de surexploitation de la nappe phréatique qui vont même jusqu’à provoquer des affaissements de terrain. C’est pour cette raison qu’il juge que la seule façon d’éviter les problèmes pour les utilisateurs actuels de cette nappe phréatique est d’abandonner immédiatement le projet initié par la Ville.

« On propose de passer la conduite qui va amener l’eau à Grande-Anse en bordure du chemin Saint-Isidore. La Ville a fait toute la réfection de la route depuis deux ans et on va recommencer. C’est un projet qui n’est pas acceptable pour les citoyens. Il n’y a peut-être pas de problème à court terme, mais on doit penser au 300e jour de pompage et au 600e jour, puisque ces puits vont durer dans le temps », a conclu l’agriculteur.

Cegertec propose la construction d’une conduite de 24 pouces de diamètre sur une distance de 22,4 kilomètres. La conduite sera approvisionnée par quatre puits de captation de 400 m.c./h. La firme de génie affirme que la nappe phréatique offre une capacité de pompage de 55 650 mètres cubes/jour. Il s’agit d’un projet évalué à 33 M$. La proposition de la firme Cegertec est basée sur une étude de la firme BPR réalisée en 2012 pour un projet d’approvisionnement en eau potable de Saguenay.

Michel Potvin

Michel Potvin appuie les agriculteurs

Le conseiller municipal Michel Potvin a rapidement été contacté par les producteurs agricoles du secteur du chemin Saint-Isidore qui vont tout mettre en œuvre pour faire échouer le projet de captation des eaux de la nappe phréatique pour alimenter le procédé industriel de l’usine de Métaux BlackRock.

Joint mercredi, le conseiller s’est dit d’entrée de jeu plus que sensible aux craintes des agriculteurs et recommande sérieusement au promoteur d’envisager dès maintenant la solution de l’usine de désalinisation de l’eau du Saguenay. Le conseiller municipal est conscient qu’il s’agit de la solution la plus coûteuse pour Métaux BlackRock et ne s’en formalise pas vraiment.

« Écoutez, Promotion Saguenay (sous l’ancien conseil), a accordé à Métaux BlackRock un congé de taxes qui va représenter des millions de dollars en économie à cette entreprise. C’est aussi la Ville qui va se charger de faire les travaux, donc de les financer puisqu’ils vont payer au fil des ans pour l’eau », résume Michel Potvin.

Le conseiller municipal, qui est président de la Commission des finances, dit qu’il est temps de cesser à Saguenay que la ville doive toujours tout donner aux promoteurs et en plus d’accepter un projet qui risque d’avoir des répercussions à long terme pour des citoyens.

« Qu’est-ce que nous allons faire si les citoyens qui s’approvisionnent dans cette nappe phréatique ont des problèmes dans deux ou trois ans ? On fait des tests qui durent quelques jours et on titre une conclusion que tout est acceptable. Ça ne se passera pas comme ça », a averti le conseiller municipal.

Michel Potvin a lui-même recommandé aux agriculteurs de se présenter à la prochaine séance du conseil municipal. Il n’a aucun problème à entendre les gens concernés par ce projet venir s’expliquer publiquement et faire valoir leur point de vue.

Des questions pertinentes, estime un géologue

La zone identifiée pour installer des puits de captation fait partie de l’un des aquifères identifiés dans l’Atlas des eaux souterraines du Saguenay-Lac-Saint-Jean publié en 2013.

Les travaux réalisés par les professeurs et chercheurs de l’UQAC ne permettent toutefois pas de tirer des conclusions spécifiques pour cet aquifère. Les travaux visaient la réalisation d’un portrait régional des zones propices à l’accumulation d’eau souterraine.

Selon l’ingénieur géologue Julien Walter, chargé de cours à l’UQAC et étudiant au doctorat, il est pertinent de soulever des questions sur les impacts à long terme de la captation d’eau de la nappe phréatique pour un projet industriel qui nécessite un plus grand volume que le citoyen qui installe un puits artésien.

« Selon la carte de la répartition qui suit les limites municipales, l’aquifère qui est identifié pour installer les puits s’étend de la pointe du lac Kénogami et s’étend vers l’est jusqu’à La Baie », explique l’ingénieur géologue.

Il n’a pas entre les mains les données techniques nécessaires pour se prononcer sur les volumes disponibles ou d’éventuels impacts d’une exploitation industrielle de la nappe phréatique. Il identifie cependant deux éléments importants qu’il serait opportun d’évaluer.

Il s’agit de la « collectivité » des aquifères. À titre d’exemple, La Baie a installé des puits artésiens pour assurer son approvisionnement en eau potable. Pour le moment, rien ne permet de savoir si la nappe phréatique identifiée par Cegertec pour le projet d’usine est la même que celle qui permet l’approvisionnement de La Baie en eau.

L’autre question à laquelle il faut répondre concerne les sources d’approvisionnement de l’aquifère du chemin Saint-Isidore. « Si le lac Kénogami alimente l’aquifère que l’on veut utiliser, on peut dire qu’il faudra pomper longtemps avant de faire baisser le niveau du plan d’eau. »

Le chargé de projet dans le cadre de la réalisation de l’atlas assure que l’avancement des connaissances en matière d’hydrogéologie permet de répondre à ces questions avec une grande fiabilité et ainsi éviter de soulever de fausses craintes ou de poser des gestes qui auraient des conséquences négatives dans le futur.