Érik Raymond a perdu une partie de sa jambe gauche dans un accident de travail, le 8 juillet dernier.
Érik Raymond a perdu une partie de sa jambe gauche dans un accident de travail, le 8 juillet dernier.

La résilience d'Érik Raymond

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Il y a un mois jour pour jour, le Baieriverain Érik Raymond était victime d’un grave accident de travail sur un chantier, à Mont-Laurier. Cette journée-là, il a perdu une partie de sa jambe gauche, qui a dû être amputée au-dessus du genou. Hors de question pour le père de trois enfants de s’apitoyer sur son sort et de se laisser abattre par les limitations provoquées par l’amputation. Sa plaie n’est pas tout à fait guérie, mais Érik Raymond espère pouvoir faire du ski nautique d’ici la fin de l’été et de la planche à neige cet hiver. Si la résilience avait un visage, ce serait sans doute celui de l’homme de 36 ans aux mille et un projets.

Érik Raymond carbure à l’adrénaline et prenait rarement le temps de se reposer. Adepte de motocross et de planche à neige, il est contremaître de chantier. Il se spécialise en mécanique industrielle et en soudage-montage. Depuis des années, il faisait la navette entre des chantiers aux quatre coins de Québec et sa résidence de La Baie. Jusqu’au 8 juillet dernier.

Érik Raymond et sa conjointe, Andrée-Anne Bergeron, regardent la vie avec optimisme.

Ce jour-là, un peu après l’heure du dîner, la vie d’Érik Raymond a basculé. En une fraction de seconde.

Son pied gauche a enfilé dans la trappe d’un convoyeur à vis. Sans vouloir trop s’avancer sur le pourquoi et le comment, le travailleur explique avoir vite compris que la machine gagnerait sur lui.

Érik Raymond et ses deux fils, Alexis et Félix. Sa fille, Joëlle, était chez une amie lors du passage du Progrès.

« J’ai réalisé instantanément que le mal était fait. Ma botte déjà bien coincée contre la paroi du convoyeur et la vis », raconte le père de famille, rencontré chez lui, jeudi.

Il s’est mis à crier à l’aide, mais il devait aussi réagir vite pour s’en sortir. « Sans aucune hésitation, j’ai pris ma décision. On arrache ! La machine m’avait déjà mangé presque jusqu’au genou. Je me suis agrippé et j’ai tiré de toutes mes forces », se remémore M. Raymond, qui devait se faire retirer les derniers points de suture de sa plaie cette semaine.

Érik Raymond a perdu une partie de sa jambe gauche dans un accident de travail, le 8 juillet.

Il s’est ensuite jeté en bas de la plateforme sur laquelle il se trouvait. « Ç’a dû durer 10 secondes. Ma jambe était arrachée et je me vidais de mon sang. Je pensais crever là. J’ai vu mon chum arriver et d’autres personnes. On m’a fait un garrot. Les secouristes de l’usine m’ont pris en charge avant que l’ambulance arrive. Disons que je ne me souviens plus de tout ! Je me souviens avoir serré la main d’un gars tellement fort pendant qu’on attendait », raconte celui qui a été transféré à l’hôpital de Saint-Jérôme, où il a dû être amputé la journée même.

Lorsqu’il s’est réveillé à l’hôpital, le Baieriverain n’avait qu’un sentiment. Il n’était pas découragé ni angoissé. Il était seulement heureux d’être en vie.

Érik Raymond et sa conjointe, Andrée-Anne Bergeron, regardent la vie avec optimisme.

« Honnêtement, j’étais sûr de mourir. Donc, oui, j’étais content »,

Il sera resté seulement quatre jours à l’hôpital. En raison de la pandémie, il ne pouvait pas recevoir de visite et sa famille lui manquait cruellement. « Tout ce que je voulais, c’était voir ma blonde, mes enfants. À force de leur demander, les médecins m’ont finalement donné mon congé ! »

Érik peut compter sur le support de ses enfants, Alexis, Félix et Joëlle (absente sur la photo), et de sa conjointe des 20 dernières années, Andrée-Anne Bergeron.

Pendant ce temps, sa conjointe, Andrée-Anne Bergeron, vivait, elle aussi, une panoplie d’émotions.

Lorsqu’elle a reçu un appel d’urgence des employeurs d’Érik, elle a vite su que quelque chose clochait. Durant quelques secondes, lorsqu’on lui a appris que son conjoint avait été victime d’un grave accident, elle a cru qu’il ne s’en était pas sorti. On l’a finalement informée qu’il avait perdu une jambe.

Le père de trois enfants n’est pas du genre à se reposer et a toujours mille et un projets en tête.

« Au début, je pensais qu’Érik serait découragé, qu’il verrait seulement les limitations. C’est un gars qui n’arrête jamais. Il carbure aux chantiers, aux activités. Mais ç’a été tout le contraire. Il a été découragé 15 minutes lorsqu’il est arrivé à la maison et après, il s’est dit : ‘‘OK, on avance ! ’’ »

« Il m’épuise ! Il ne fait que penser à ce qu’il va pouvoir faire quand il aura sa prothèse ! », raconte Andrée-Anne Bergeron, en riant.

C’est que le père de famille n’est pas trop habitué à se reposer sur ses lauriers. Leur résidence familiale est en construction et il a déjà hâte de reprendre le travail. Il fait tout ce dont il est capable en se déplaçant avec ses béquilles ou en sautillant.

« J’ai perdu une jambe. C’est quand même quelque chose de grave, mais ça aurait pu être tellement pire. Il y a des gens qui ne marcheront plus jamais et il y a des gens qui sont malades et seuls. Moi, j’ai la chance d’avoir tellement de soutien. Je pourrais bien m’apitoyer sur mon sort, mais ça ne servirait à rien. Vaut mieux regarder en avant », note M. Raymond, qui songe déjà au moment où il pourra enfin enfiler une prothèse et recommencer à travailler.

« Ma boîte de pick-up est pleine et je ne peux même pas la vider. Ça, ça me décourage ! », souligne-t-il en riant.

« On m’a dit environ cinq mois pour la prothèse. J’ai hâte ! Mon défi est de faire du ski nautique d’ici la fin de l’été ! », lance celui qui espère également faire quelques descentes de planche à neige avec ses enfants, Félix, Alexis et Joëlle, cet hiver.

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« ÇA N'ARRIVE PAS QU'AUX AUTRES »

Érik Raymond travaille sur des chantiers et en usine depuis des années. Il a toujours été un travailleur et un contremaître qui se préoccupait de la sécurité. Jamais il n’aurait pensé que ce genre d’accident pouvait lui arriver.

« On pense toujours que ce genre d’accident arrive à ceux qui ne font pas attention, qui commencent dans le métier. Eh bien non. Ça m’est arrivé. J’ai toujours été super prudent et j’ai de l’expérience. Et c’est une niaiserie, dans le fond, ce qui s’est passé. Je suis presque content que ça me soit arrivé à moi et pas à un de mes gars. Ça, j’aurais eu plus de misère à m’en remettre, je pense », souligne l’homme de 36 ans. 

L’accident d’Érik Raymond l’a également fait réfléchir sur l’équilibre de sa vie. Il désire maintenant accorder une plus grande place à sa vie familiale. 

Sa conjointe précise qu’Érik est très présent lorsqu’il est à la maison et qu’il se dépêche à faire des activités avec les enfants lorsqu’il rentre. Mais il s’absentait de longs jours, parfois quelques semaines, pour le travail. 

« Disons que ce genre de choses nous font comprendre que la famille, c’est ce qui est le plus important dans la vie. Mon amputation me permettra peut-être de mieux équilibrer ma vie, entre la famille et le travail », note Érik Raymond.