Victoria est une petite fille déterminée et se valorise à travers son activité préférée, qu’elle pratique deux fois par semaine au Prisme culturel.

La reine Victoria

Deux fois par semaine, Victoria Lapointe, 12 ans, enfile son maillot noir et ses chaussons de danse pour aller parfaire ses connaissances au pavillon jonquiérois du Prisme culturel. Le ballet lui donne des ailes et, grâce à cette discipline, la jeune fille cumule les réussites et savoure les effets bienfaisants du dépassement. Portrait d’une ballerine tout sauf ordinaire.

Anne-Marie Bilodeau et Raymond Lapointe, tous deux enseignants au secondaire, ont su très tôt que leur fille Victoria était différente. Ils se souviennent d’un bébé qui s’est mis à courir avant de marcher, d’une enfant qui a toujours eu de l’énergie à revendre et qui a parlé sur le tard. La fillette a reçu le diagnostic de dysphasie (un trouble primaire du langage) couplé d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). La condition de Victoria a un impact sur son développement global et lui inflige des difficultés d’apprentissage majeures.

Tout un contexte entoure le parcours en danse de la jeune Victoria, un cheminement qui ne s’est pas effectué sans heurts ou de façon linéaire, mais qui est d’une grande richesse à ses yeux et à ceux des membres de sa famille. Le hasard a fait en sorte qu’il y a quelques années, Anne-Marie Bilodeau et Raymond Lapointe ont acheté la maison de la grand-mère d’Émilie et de Sophie Larouche, deux ballerines accomplies qui évoluent dans les rangs du Prisme culturel depuis longtemps. Lorsque la jeune Émilie est venue frapper à la porte des Lapointe pour offrir ses services de gardiennage, le couple l’a trouvée bien brillante et dégourdie et était convaincu d’avoir affaire à une bonne tête. Émilie est devenue la gardienne de Victoria et de son grand frère Renaud et a tissé un lien de confiance avec la famille. Devenue professeure à l’école de danse qui l’a vue éclore, Émilie Larouche a proposé aux parents de la fillette de l’inscrire en ballet. 

« C’est Émilie qui m’a donné le goût de faire du ballet. Je l’aime beaucoup Émilie », insiste Victoria, rencontrée chez elle, à Jonquière. Grâce à l’apport de sa mentore, cette jolie blonde aux yeux bleus, qui affiche un large sourire contagieux, a eu la piqûre pour cette discipline dès l’âge de cinq ans. C’est bien simple : Victoria adore la musique et le rythme. Elle l’exprime d’ailleurs on ne peut plus clairement lorsqu’elle lance candidement que la danse la fait « chanter en dedans ». 

Libre

Victoria aime aussi la liberté d’expression que lui procurent le ballet et le Hip Hop, qu’elle pratique dans un environnement qui tranche avec la rigidité du cadre scolaire et qui sert d’incubateur au développement de ses habiletés sociales et interpersonnelles. Corporelles, aussi, car Victoria apprend à bien se tenir et à parfaire sa motricité et sa coordination. De plus, la danse lui inculque l’importance de la persévérance et de la motivation. À travers son cheminement de ballerine, l’adolescente apprend les rudiments de la discipline, à gérer son stress et à évoluer à même un groupe. Elle travaille très fort vers l’atteinte de ses objectifs, abordant chaque rêve un petit pas de danse à la fois, avec le soutien et l’encouragement de ses parents.

« Quand elle a commencé le ballet, je me suis dit “un cours à la fois”. Elle a continué et elle n’a jamais lâché. Son rêve était de faire le Casse-Noisette. Je disais : “on n’est pas rendus là”. Mais à force de travailler, elle l’a fait. Je suis fier d’elle et je suis heureux pour elle », confirme le papa, en regardant sa fille assise au bout de la table, reine du jour et radiante de bonheur. 


Quand elle a commencé le ballet, je me suis dit “un cours à la fois”. Elle a continué et elle n’a jamais lâché. Son rêve était de faire le Casse-Noisette. Je disais : “on n’est pas rendus là”. Mais à force de travailler, elle l’a fait. Je suis fier d’elle et je suis heureux pour elle.
Raymond Lapointe

Le premier critère, aimer la danse

Le fait de se retrouver sous les feux de la rampe revêt un caractère important pour Victoria, qui a souvent vu son grand frère Renaud, un judoka de talent, attirer l’attention médiatique. 

Accorder une entrevue, se prêter au jeu de la prise de photos et faire l’objet d’un reportage ont eu l’effet d’un baume pour la jeune fille, qui ne peut camper un rôle de soutien dans la prochaine mouture du Casse-noisette parce qu’elle est devenue trop grande pour enfiler le costume d’ange, réservé aux plus jeunes danseuses. Son prochain objectif sera de s’y joindre à nouveau en épousant les traits d’un personnage requérant des compétences plus approfondies en ballet. À en croire Victoria, mue par l’ambition de tous ses désirs, ce n’est qu’une question de temps. 

Anne-Marie Bilodeau reconnaît que les débuts en danse de sa fille n’ont pas été faciles. Elle souligne l’apport exceptionnel du personnel du Prisme culturel, qui a su intégrer Victoria, l’encourager et la valoriser. Huit ans après l’avoir inscrite en ballet, la maman est fière du travail accompli par sa fille et heureuse d’avoir trouvé, chez la directrice France Proulx et son équipe, une seconde famille.

« Elle suit le groupe et fait ses propres réussites. Le fait d’avoir quelqu’un devant elle qui lui donne des consignes verbales et qu’elle puisse imiter les mouvements sur la musique est très bon pour elle et ça lui permet de travailler sa concentration. Elle est très bien entourée et évolue dans un petit groupe avec des filles qui comprennent et qui acceptent sa différence », explique-t-elle.

Professeure au Prisme culturel depuis 26 ans, Yolaine Simard dirige cette élève d’exception pour une deuxième année. Elle doit composer avec les besoins particuliers de Victoria tout en minimisant l’impact sur les autres membres du groupe de façon à ce qu’elles ne se démotivent pas.

« C’est toujours un défi de la respecter et de la pousser en même temps. Victoria peut être très entêtée, ce qui peut être une qualité et un défaut en même temps », pointe Yolaine Simard. Selon elle, l’exemple de Victoria témoigne de l’ouverture dont fait preuve la direction du Prisme culturel, une organisation pour qui la danse est une affaire de cœur et non de caractéristiques physiques. 

« Le premier critère, ici, c’est d’aimer la danse. Et Victoria, elle aime la danse ! », lance-t-elle.  

Épanouie

Anne-Marie Bilodeau et Raymond Lapointe constatent l’épanouissement de leur fille à travers le ballet. Celle qui fréquente l’école primaire La Mosaïque utilise ses forces pour avancer, en danse comme dans la vie. À cet égard, le grand frère de Victoria, qui est aussi son modèle, n’hésite pas à lui adresser quelques éloges.

« J’aime la suivre et aller voir ses spectacles quand je peux. Je la trouve bonne. Elle est fonceuse, elle est sociable et elle parle à tout le monde. Je l’admire beaucoup pour ça », dit-il avec sincérité et sagesse en regardant sa sœur qui, en retour, s’empresse de lui réclamer un câlin.