L’économiste Marc-Urbain Proulx estime que la région a tout intérêt à s’assurer que Rio Tinto confirme les investissements promis, notamment en ce qui concerne la modernisation des installations.
L’économiste Marc-Urbain Proulx estime que la région a tout intérêt à s’assurer que Rio Tinto confirme les investissements promis, notamment en ce qui concerne la modernisation des installations.

La région doit presser Rio Tinto d’investir, selon Marc-Urbain Proulx

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Les leaders du Saguenay-Lac-Saint-Jean doivent prendre la balle au bond du premier ministre François Legault et exiger des investissements dans les immobilisations industrielles de Rio Tinto avec la phase 2 de l’aluminerie d’Alma et la finalisation du complexe AP60 des installations de Jonquière.

L’économiste Marc-Urbain Proulx, de l’Université du Québec à Chicoutimi, a bien noté un changement de ton de la part du premier ministre du Québec dans la relation avec la multinationale de l’aluminium. Certes, François Legault n’a pas mis le poing sur la table, mais il a passé un message très clair à la direction montréalaise de l’entreprise. «Je suis convaincu que les gens du service des communications de Rio Tinto au Québec ont pris bien soin de faire suivre cette déclaration au siège social de Londres, avec des annotations à l’effet qu’il commençait à y avoir une certaine impatience au Québec.

«N’oublions pas que Rio Tinto possède dans la région notre plus important levier de création de richesses avec un réseau de production hydroélectrique qui leur assure un approvisionnement en énergie propre et sécuritaire à très bas prix», plaide celui qui décortique depuis des années le poids économique de la multinationale au Saguenay-Lac-Saint-Jean en lien avec les privilèges découlant de l’exploitation des ressources naturelles.

Marc-Urbain Proulx rappelle que le premier ministre est issu du milieu économique, en plus de très bien connaître tous les enjeux des producteurs d’aluminium du Québec, principalement tout ce qui concerne les leviers dont le gouvernement dispose pour faire réfléchir ces entreprises.

«Il a simplement dit que le gouvernement du Québec était prêt à soutenir financièrement l’entreprise pour des projets importants. Que les salles de cuves précuites devaient demeurer en opération jusqu’en 2024 et que le gouvernement du Québec avait une ‘‘pogne’’ pour inciter la multinationale à investir avec les tarifs d’électricité. Il n’a pas fait de menace et a tout simplement réitéré un certain nombre de réalités qui, il est vrai, ne faisaient pas nécessairement partie de ce qu’on entendait des premiers ministres du Québec depuis le duo Lévesque-Parizeau», reprend l’économiste.

Dans son évaluation de la situation, Marc-Urbain Proulx plaide l’urgence d’agir pour la multinationale à l’usine d’Alma et les installations de Jonquière. Il fait un retour sur les grands enjeux qui ont été soulevés au cours des dernières années, par l’entreprise, en échange des investissements dans la modernisation de ses installations.

Sous-traitance
«On se rappelle des conditions fixées par la multinationale qui souhaitait obtenir plus de souplesse, dont le recours à la sous-traitance dans les usines. Rio Tinto faisait en même temps miroiter que la modernisation était en lien avec ces demandes. Elle a obtenu des gains significatifs dans ses installations sans pour autant procéder à la réalisation de son programme de modernisation», indique Marc-Urbain Proulx.

L’enjeu pour la région est de demeurer dans le groupe de tête mondial des juridictions qui produisent de l’aluminium. L’économiste affirme qu’il y a un risque pour la région de se faire sortir de ce groupe et ainsi prendre du retard qu’il sera difficile à rattraper en raison de l’ampleur des investissements nécessaires pour réaliser ces projets de modernisations qui comprennent aussi toute la mise à jour des dernières technologies de pointe.

«On sait très bien que ces grands projets n’ont pas nécessairement un impact sur la création d’emplois et on risque même d’assister à une décroissance de l’emploi. Mais ils permettent de soutenir toute la grappe industrielle de l’aluminium de la région qui comprend nos équipementiers qui détiennent un grand savoir-faire.»

Marc-Urbain Proulx est prêt à admettre que l’industrie de l’aluminium ne verra pas le retour des prix du milieu des années 2000, parce que des capacités de production additionnelles ont été ajoutées au parc mondial. Mais la situation actuelle de l’industrie pour les prix s’est appréciée au cours des derniers mois et l’entreprise doit envisager sérieusement l’option de relancer ses projets de modernisation dans la région alors que le gouvernement du Québec ouvre la porte à une participation financière pour soutenir le producteur.

Urgence d’agir
Selon Marc-Urbain Proulx, Rio Tinto a la capacité de mettre en branle ses projets de modernisation rapidement afin de profiter de la prochaine relance économique mondiale.

«Rio Tinto a toujours bénéficié dans la région d’une grande hospitalité de la part de la population. L’entreprise a en plus obtenu un nouveau décret de dix ans pour le dossier sensible des berges du lac Saint-Jean. Elle a l’occasion de relancer ses investissements pour le métal le plus propre au monde», a conclu l’économiste.

Il y a quelques semaines, le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon confirmait, dans une entrevue accordée à la journaliste Myriam Gauthier, avoir discuté de projets d’investissements avec la multinationale. Cette fois, le message est lancé par le premier ministre du Québec alors qu’il y a beaucoup d’inquiétudes dans la région concernant les intentions de la multinationale pour les salles de cuves précuites de Jonquière qui devaient en théorie fermer en 2024 seulement.

Rio Tinto a déjà confirmé ne pas avoir l’intention de remplacer les cuves mortes par de nouvelles cuves. Ce qui signifie une fermeture par étape de cette technologie.