En entrevue au Progrès, le chef de la CAQ, François Legault, a tenu un discours à saveur économique. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une région importante pour le parti et pourrait lui permettre de remporter l’élection du 1er octobre.

La région courtisée par Legault

Avec l’Estrie et l’Abitibi, le Saguenay-Lac-Saint-Jean figure parmi les trois régions qui pourraient permettre à la Coalition avenir Québec (CAQ) de former le prochain gouvernement. Il ne faudra donc pas se surprendre si François Legault, qui était de passage chez nous vendredi, revient à quelques reprises d’ici au scrutin du 1er octobre.

«C’est une région très importante pour moi. Je suis confiant de faire plusieurs gains ici. Je suis un homme d’affaires et j’ai toujours senti une proximité avec les gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean parce que ce sont des gens fiers, pour qui travailler fort c’est important, pour qui gérer de façon serrée c’est important. J’aime les gens du Saguenay parce qu’ils ont du ‘‘guts’’», a déclaré le chef, au cours d’une entrevue accordée au Progrès dans son autobus de campagne.

C’était après une conférence de presse tenue à la Zone portuaire, au cours de laquelle François Legault, flanqué de ses cinq candidats régionaux, a procédé à une annonce concernant l’accès à Internet haute vitesse et à la téléphonie cellulaire (voir autre texte).

L’économie d’abord
François Legault continue d’accorder la priorité aux dossiers économiques. Selon lui, on doit et on peut faire mieux au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une région durement touchée par la pénurie de main-d’oeuvre.

«L’aluminium, c’est en train de reprendre, mais je pense qu’on pourrait encore faire mieux. Dans le secteur de la forêt, c’est plus difficile. On va proposer des changements et on va proposer que le régime forestier, au lieu d’accorder des droits de coupe juste pour un an, ce soit au moins pour trois ans, pour donner la chance aux entreprises d’investir dans l’équipement», suggère-t-il.

Pour régler le problème de la main-d’oeuvre, la CAQ mise sur l’immigration, la lutte au décrochage et la création d’emplois bien rémunérés.

La plateforme du parti prévoit toutefois la réduction du nombre d’immigrants accueillis au Québec chaque année.

«Le Québec reçoit 50 000 immigrants et en perd 13 000. Il n’y en a presque pas qui s’installent en région. Ce qu’on veut faire, c’est modifier les critères pour choisir les nouveaux arrivants et vraiment viser à répondre aux besoins des entreprises de toutes les régions. On veut leur laisser trois ans pour apprendre le français. Il va y avoir un test obligatoire et on va leur donner trois ans pour réussir», a-t-il résumé.

Pour François Legault, la lutte au décrochage passe par une scolarisation précoce. Il promet de créer des maternelles quatre ans gratuites dans toutes les écoles.

«Il y a une différence dans la formation dispensée par un enseignant et celle dispensée par un technicien de garde. Le PQ et les libéraux n’appuient pas les prématernelles quatre ans. Mais d’abord, à quoi pense-t-on? Au bien-être de l’enfant ou au bien-être de ceux qui travaillent dans les CPE? Au Québec, on a un taux de diplomation de 76 pour cent et en Ontario, c’est 86 pour cent. Qu’est-ce qu’ils ont en Ontario? Des prématernelles quatre ans», a mis en relief François Legault.

Emplois payants
Au sujet de la création d’emplois «payants», François Legault veut travailler au déploiement des projets caressés par Rio Tinto.

«Si j’étais premier ministre, ça ferait longtemps que je serais débarqué dans les bureaux de Rio Tinto. J’ai juste hâte d’être en position au gouvernement pour voir comment on fait pour accélérer tous les projets de Rio Tinto», note le chef de la CAQ, qui souhaite réduire les délais d’analyse de dossier par Investissement Québec et mieux coordonner le travail qui est fait avec Hydro-Québec. Mélyssa Gagnon

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LES TAXES SCOLAIRES, SON CHEVAL DE BATAILLE

L’uniformisation des taxes scolaires est le cheval de bataille de François Legault ici en région. 

«Pour une maison moyenne dans les Laurentides, ça coûte 250$ de taxes scolaires. Ici, ça coûte 750$. C’est totalement injuste. Il y a deux régions qui sont à 30 cents (du 100$ d’évaluation), c’est le Saguenay et la Mauricie. Je pense que ce sont deux régions qui risquent d’envoyer tout un choc à Philippe Couillard», prédit l’aspirant au titre de premier ministre. 

François Legault continue de plaider en faveur de l’abolition des commissions scolaires. 

«On va les remplacer par des centres de services. Il n’y aura plus d’élections scolaires, ce qui va permettre d’économiser 20 millions $. On va remplacer le conseil des commissaires par un conseil d’administration formé de parents. Ce qui va surtout changer, c’est qu’on va avoir des centres de services qui vont être au service des écoles. En ce moment, on a l’impression que les écoles sont au service des commissaires. Et des commissaires, il y en a des bons et des qualifiés, puis il y en a des moins bons et des pas qualifiés», martèle le chef de la CAQ, qui est bien au fait des problèmes de gouvernance à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, lesquels ont fait l’objet d’un arrêté ministériel. Mélyssa Gagnon

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L'ATOUT DE PORT SAGUENAY

François Legault croit que le Port de Saguenay représente un atout majeur pour la région. En le développant, le chiffre de 1000 emplois anticipé par la mairesse Josée Néron serait, selon lui, supérieur. 

«Ça fait cinq ans que je dis qu’on doit faire des grands développements économiques autour des ports. Il faut plus de transport de marchandises par bateau et par train. On a la chance d’avoir des ports en eau profonde et d’avoir accès à des trains, mais il faut encore faire du travail pour s’assurer que les wagons puissent rentrer dans les usines. Il faut aussi avoir un grand parc industriel. [Ici], on parle de 1300 acres qui ne sont pas zonés agricoles. Ça, c’est important parce que dans certaines régions, il n’y a pas de grands terrains comme ça qui sont déjà dézonés. Vraiment, tout est propice», dit François Legault. 

Le chef de la CAQ estime que le projet d’Arianne Phosphate doit se concrétiser et aimerait que le dossier avance plus vite. Il propose la création d’un Investissement Québec Saguenay-Lac-Saint-Jean bonifié pour favoriser le démarchage industriel.

«Il existe déjà un Investissement Québec Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais on veut qu’il ait plus de moyens financiers, plus d’autonomie et qu’il soit plus proactif pour démarcher des investissements. Dans les grandes villes comme Montréal et Québec, il n’y a pas beaucoup d’acceptabilité sociale pour les usines. Par contre, quand on a un terrain qui est à part comme celui au Port de Saguenay, c’est possible d’attirer des usines», poursuit le politicien, qui veut générer des emplois à 20$ ou 25$ de l’heure dans la région, où le salaire moyen est plus bas qu’ailleurs au Québec. Mélyssa Gagnon

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INTERNET HAUTE VITESSE ET UNE COUVERTURE CELLULAIRE PARTOUT

François Legault promet un accès à Internet haute vitesse et à la téléphonie cellulaire partout dans la province, d’ici 2022, un projet évalué à 400M$ sur quatre ans. 

«C’est une aberration que ça ne soit pas disponible en 2018. On a un gouvernement qui marche à basse vitesse. C’est le temps qu’on change de vitesse», a-t-il affirmé en point de presse sur la Zone portuaire de Chicoutimi, où il était entouré de l’ensemble de ses candidats régionaux vendredi matin.

«Si je suis élu, j’aurai une carte détaillée du Québec et je vais suivre ça région par région, sous-région par sous-région, promet-il. Il ne faut pas abandonner personne. Il faut que ce soit partout et je vais m’en assurer personnellement.» 

Le chef de la CAQ rappelle qu’environ 240 000 foyers n’ont toujours pas accès à un service Internet de qualité et que la couverture cellulaire est toujours déficiente à plusieurs endroits. «L’étendue de la couverture Internet actuelle est une illustration très claire du manque d’ambition des libéraux pour les régions du Québec», estime-t-il. 

François Legault affirme que les services sont nécessaires pour les entrepreneurs, mais aussi pour les familles. 

ENCADRE-texte: «Internet haute vitesse, ça ouvre le monde entier aux enfants. Imaginez les parents du Québec qui aident leurs enfants à faire leurs devoirs... sans Internet! C’est impensable aujourd’hui. Internet, c’est un service essentiel en 2018. Au siècle dernier, il fallait amener l’électricité partout. Aujourd’hui, c’est Internet. C’est une urgence de le faire. C’est une obligation.» Anne-Marie Gravel

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ENGAGEMENT DE 2M$ POUR LE PATRO

La caravane du chef de la CAQ, François Legault, a fait une halte au Patro de Jonquière, vendredi après-midi. Le politicien a été accueilli par les enfants et le directeur Yannick Gagnon. François Legault s’est engagé à ce qu’un gouvernement caquiste investisse 2 M $ dans la construction d’un nouveau gymnase. Il estime qu’il y a un lien entre le sport et la réussite scolaire. Ce qui rend l’investissement dans le Patro de Jonquière doublement intéressant selon lui. Louis Tremblay

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CE QU'IL A DIT SUR...

L’abolition des CRÉ

ENCADRE-texte: «Ils ont non seulement coupé dans les CRÉ, ils ont coupé dans les CLD aussi. Les MRC ont moins de moyens qu’avant. C’est important de les avoir ces moyens-là parce que souvent, un 10 000$ et de la compétence pour aider à préparer un plan d’affaires, c’est important. Le bout qui est important, c’est le bout développement régional. Les régions ont perdu de l’argent dans les CRÉ. Elles ont perdu des postes qui ont été centralisés à Québec. Il faut décentraliser dans tous les domaines le plus de postes possible dans les régions.»

L’Amphithéâtre +

ENCADRE-texte: «Si la population l’appuie, on va le financer. C’est un beau projet. Je crois au sport. Dans toutes les écoles secondaires, on va ajouter cinq heures par semaine pour plus de sport. Ça va nous prendre des installations de plus. Des gymnases dans les écoles et aussi en dehors.»

Médias écrits

«Je veux créer une commission parlementaire non partisane où il y aura des représentants de tous les partis. Tous les partis apprécient les journaux, les médias locaux et actuellement, avec Internet, avec les impacts sur les revenus de publicité, il y a un risque réel pour la démocratie. Il faut que ces sources d’information là restent, mais on ne doit pas faire ce qu’a fait jusqu’à présent le gouvernement libéral, aller négocier à la pièce avec certaines entreprises. Il faut qu’il y ait un programme qui s’applique à tout le monde de façon équitable. Ça suppose un financement, des programmes. Est-ce que c’est de l’aide directe? Est-ce que ce sont des crédits d’impôt? Quelles sont les conditions qui seront posées? Je veux que ce soit tous les partis qui discutent ça.» Propos recueillis par Mélyssa Gagnon