Nicole Bouchard était la rectrice de l'UQAC depuis 2017.
Nicole Bouchard était la rectrice de l'UQAC depuis 2017.

La rectrice de l’UQAC démissionne

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard, n’a pas survécu à la crise de confiance qui perdure depuis plusieurs mois avec les professeurs, laquelle a été amplifiée par l’enquête sur le climat de travail au programme de physiothérapie visant tout particulièrement son conjoint Gilles Michaud. La rectrice quittera ses fonctions le 30 juin 2021, un an plus tôt que prévu.

En réunion lundi, le conseil d’administration de l’UQAC devait aborder un certain nombre de points. Le huis clos prévoyait le dévoilement du rapport mené par une firme externe concernant le travail de Gilles Michaud à titre de professeur invité au département de physiothérapie. Le document, qui devait être remis aux personnes qui ont porté plainte, n’a pas encore été transmis et, pour le moment, son contenu reste secret.

Au cours des derniers jours, l’assemblée générale du syndicat avait fait parvenir une lettre aux membres du conseil d’administration. La missive dénonçait la gestion centralisée de l’UQAC et la fin de la gestion collégiale de l’institution d’enseignement. Les professeurs en avaient également contre le fait que de plus en plus de responsabilités étaient concentrées entre de moins en moins de mains, au sein de la haute direction, en plus d’un potentiel conflit d’intérêts en rapport avec son conjoint.

« D’abord, nous déplorons que plusieurs décisions soient prises par un petit noyau de personnes de la haute administration, en faisant fi des professeurs. Qui plus est, le rôle joué par le conjoint de la rectrice, qui fait d’ailleurs l’objet d’une enquête, crée une apparence de conflit d’intérêts qui n’est pas sans nuire à la saine gestion et à l’intégrité de l’institution », stipulait la missive.

En introduction, les professeurs dénonçaient la culture d’autoritarisme qui a été mise en place depuis la nomination de Nicole Bouchard. Cet autoritarisme est justement ce qui était à l’origine du mécontentement du personnel du programme de physiothérapie et qui a motivé la plainte des employés.

« Par la présente, nous souhaitons dénoncer la culture d’autoritarisme et de centralisation des décisions qui prévaut au sein de notre université. Ce mode de fonctionnement met à mal un pilier sur lequel repose historiquement la gouvernance de cette institution de haut savoir : la collégialité. »

Le président du Syndicat des professeurs de l’UQAC, Gilles Imbeau, a expliqué que Nicole Bouchard avait la confiance des professeurs, au début de son mandat. Cette confiance a commencé à s’effriter avec les nominations pour son entourage. Toutefois, a repris le président du syndicat, Nicole Bouchard était désormais consciente qu’elle n’était pas en mesure de rétablir cette confiance.

« Ça s’était dégradé à l’automne. On a eu plusieurs rencontres de professeurs. Nous avons envoyé des messagers, lors de ces rencontres. On sentait très bien que la confiance des professeurs, qui était forte au début du mandat, dernièrement, le climat de confiance n’était plus là. »

L’enquête sur le conjoint de la rectrice a été l’élément qui a véritablement brisé ce qu’il restait du lien de confiance entre les professeurs et la rectrice. Plusieurs n’ont pas accepté que Gilles Michaud soit muté à des fonctions administratives en attendant la fin de l’enquête. Il devait aider les départements de l’université dans la réalisation d’un plan stratégique et plusieurs refusaient sa présence.

Des informations circulent à l’effet que certaines personnes sont allées plus loin que la démarche syndicale. Le réseau de l’Université du Québec aurait été informé de tous les détails de cette autre crise à survenir au rectorat de l’UQAC. Il est également question d’informations transmises à la ministre responsable de l’Enseignement supérieur.

Nicole Bouchard a été associée d’une certaine façon à la campagne déployée par les professeurs pour bloquer la candidature de Martin Gauthier pour un second mandat à la tête de l’UQAC, alors dirigée par le Como 1 (comité de mobilisation), formé d’un groupuscule de professeurs.

Un autre groupe, le Como 2, est né après la prise de fonction de Nicole Bouchard. Et ce groupuscule transmet régulièrement des missives dénonçant les décisions de la rectrice. C’est ce groupuscule qui a révélé l’affaire de l’enquête concernant Gilles Michaud.

« On m’a informée que le rapport reconnaît, par ailleurs, que ces situations n’ont causé aucun préjudice ni à l’institution ni à aucun membre de la communauté universitaire. Je tiens à vous assurer que j’ai toujours agi dans l’objectif de faire avancer des dossiers qui m’apparaissaient stratégiques pour l’UQAC, et ce, en toute bonne foi. Malheureusement, je n’ai pas eu l’opportunité de me prononcer officiellement sur les conclusions, n’ayant pas été rencontrée au sujet de ce qui m’est reproché avant le dépôt du rapport », écrit la rectrice dans sa lettre de démission, sans mentionner de quel rapport il est question.

« J’ai assumé, en plus de ma fonction de rectrice, celle de vice-rectrice à l’enseignement, à la recherche et à la création. Le fait d’assumer cette double responsabilité m’a exposée à des prises de décisions qui ne relevaient pas toujours du volet stratégique de la gestion et je comprends, avec du recul, que les membres de notre communauté ont pu percevoir cette situation négativement », reprend Nicole Bouchard.

Le conseil d’administration de l’UQAC devra donc entreprendre dans les prochaines semaines le processus de recrutement d’un nouveau recteur. Certains membres de la garde rapprochée de Nicole Bouchard ont déjà les yeux sur le siège laissé vacant.

Nicole Bouchard est devenue la première rectrice de l’UQAC, en 2017.