La rectrice de l’UQAC contestée par les professeurs

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le leadership de la rectrice Nicole Bouchard de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) est plus contesté que jamais. Le corps professoral demande la dénonciation au gouvernement d’une situation de conflit d’intérêt avec son conjoint, Gilles Michaud, actuellement sous enquête en raison du climat de travail au sein du programme de physiothérapie.

Un groupe d’une douzaine de professeurs, dont certains sont considérés comme des sommités dans leur domaine, dénonce les décisions de la rectrice «qui sont en train de faire disparaître l’un des piliers de la liberté académique». Cette crise a évidemment été l’objet de longues discussions lors de la dernière assemblée du Syndicat des professeurs de l’UQAC.

La décision de la rectrice de confier à son conjoint Gilles Michaud des fonctions administratives dans le cadre du processus de planification stratégique, alors qu’il fait l’objet d’une enquête à titre de professeur invité au programme de physiothérapie, est considérée comme un traitement de faveur par plusieurs.

«Quand un professeur fait l’objet d’une enquête, on le retourne chez lui. Dans son cas, il est muté à des fonctions administratives. C’est quand même particulier», a confié une professeure qui a assisté à la réunion syndicale.

La discussion sur cette situation particulière doit se poursuivre lors d’une nouvelle assemblée générale qui aura lieu la semaine prochaine. L’idée de dénoncer cette situation au gouvernement a été évoquée et pourrait faire l’objet d’une proposition formelle au syndicat, a ajouté la source du Quotidien .

Cette situation cause plusieurs malaises dans le cadre de ce processus de planification stratégique. La présence du conjoint de la rectrice est contestée et certains groupes ont manifesté ouvertement leur désaccord.

Liberté académique 

L’autre volet de la rupture du lien de confiance entre la rectrice et les professeurs concerne la liberté académique. La rectrice a reçu, il y a quelques heures, une longue missive signée par un groupe de professeurs qui estiment que cette liberté académique en prend pour son rhume depuis son entrée en fonction.

«L’incident survenu récemment à l’Université d’Ottawa impliquant la professeure Lieutenant-Duval soulève des enjeux importants à propos de la liberté académique. Au-delà du choix des contenus, il y a une autre facette à cette liberté. Et elle s’effrite bien davantage que la première», écrivent les signataires de la lettre.

«La liberté académique, reprennent les signataires, prend appui sur l’autonomie institutionnelle, laquelle se fonde historiquement sur une gestion collégiale. Or, nombre d’orientations, de décisions et de pratiques mettent à mal ce socle important. Et pendant qu’on aboie presque exclusivement pour défendre la première face de la liberté académique, la caravane de l’autonomie institutionnelle et de la collégialité est en train de nous passer sous le nez.»

Les auteurs de la lettre évoquent 13 problématiques découlant de décisions de l’administration universitaire qui contribuent à la précarisation de la liberté académique. Il s’agit d’éléments concernant la structure universitaire pour l’enseignement ainsi que les activités de recherches qui jouent un rôle névralgique dans le rayonnement de l’institution.

Perte de confiance, selon le syndicat 

Joint jeudi, le président du syndicat des professeurs, Gilles Imbeault, a indiqué que la rectrice Nicole Bouchard comptait sur un grand capital de confiance à son entrée en fonction. Il considère, comme bien de ses collègues, que cette dernière a perdu cette confiance et que l’on se retrouve en ce moment dans une tangente qui ressemble à celle qui a marqué la fin du mandat de l’ex-recteur Martin Gauthier.

Le président du Syndicat des professeurs de l’UQAC, Gilles Imbeault, constate que la rectrice Nicole Bouchard est loin de faire l’unanimité au sein du corps professoral alors que la gestion de l’UQAC fait de plus en plus de place à l’autoritarisme et abandonne la notion de gestion collégiale de l’institution.

Ce dernier réitère qu’il y avait historiquement dans le fonctionnement universitaire une gestion collégiale de l’établissement d’enseignement qui prenait en considération les différents éléments dont, au premier chef, le corps professoral. Il note, tout comme une majorité des membres de son syndicat, que cette façon de faire disparaît peu à peu pour faire place à une gestion beaucoup plus directive qui ne tient pas nécessairement compte des consultations.

Gilles Imbeault est également revenu sur tout le volet du conflit d’intérêts de la rectrice en lien avec la situation de son conjoint Gilles Michaud à qui on a créé un nouveau poste administratif alors qu’il est à l’emploi de l’université à titre de professeur invité dont le contrat prendra fin en 2021. Selon le président du syndicat, les jeunes professeurs qui ont en moyenne une dizaine d’années d’ancienneté à l’université n’acceptent tout simplement pas cette situation et certains ont réussi à écarter M. Michaud de la démarche de planification stratégique où il a été muté. Ils se demandent pourquoi la rectrice qui a une formation en éthique ne prend pas la mesure de cette situation.

Une autre assemblée générale doit avoir lieu la semaine prochaine et ces sujets seront de nouveau à l’ordre du jour. Le président Gilles Imbeault assure que le syndicat poursuivra son travail et entreprendra les actions que les membres jugeront nécessaires pour passer les messages pertinents à la direction de l’UQAC et également à la direction du réseau de l’UQ si les actions doivent se rendre à ce niveau.

Le Quotidien a fait suivre la lettre des enseignants à la direction de l’université. Comme la lettre n’avait pas officiellement été adressée à la direction, le service des communications a indiqué qu’il n’y aurait pas de commentaire. La direction de l’UQAC n’écarte cependant pas qu’il y ait un dialogue à l’interne advenant le cas où la missive soit envoyée officiellement à la direction.