Johanne Morin, membre de la coopérative du Café Cambio et bénévole du Comité soupes, cafés et communauté, et Annie Jean-Lavoie, agente de développement en sécurité alimentaire à La Recette, sont fières du partenariat développé conjointement pour aider les personnes qui vivent de l’insécurité alimentaire.
Johanne Morin, membre de la coopérative du Café Cambio et bénévole du Comité soupes, cafés et communauté, et Annie Jean-Lavoie, agente de développement en sécurité alimentaire à La Recette, sont fières du partenariat développé conjointement pour aider les personnes qui vivent de l’insécurité alimentaire.

La recette solidaire du Cambio

Julien Renaud
Julien Renaud
Le Quotidien
Le Café Cambio fait un pas de géant vers une communauté plus solidaire que jamais. En plus de l’initiative des soupes et des cafés solidaires, la coopérative de Chicoutimi offre désormais la possibilité de transformer les dons citoyens en bons d’achat de 20 $, lesquels seront remis à des bénéficiaires de l’épicerie communautaire La Recette, de façon anonyme et dans la dignité.

Depuis déjà six ans, les clients du Café Cambio peuvent acheter une soupe ou un café solidaire pour une tierce personne dans le besoin. Quotidiennement, une douzaine de personnes, principalement des sans-abri, se présentent au restaurant de la rue Racine et profitent de la générosité populaire pour boire un café réconfortant ou déguster une soupe bien chaude avec deux petits pains de la Boulangerie Médard.

« Depuis un an ou deux, on voulait optimiser le service qu’on offrait, parce qu’on voyait en direct les besoins en matière de pauvreté, mentionne Johanne Morin, membre de la coopérative du Cambio et bénévole responsable du Comité soupes, cafés et communauté. On voulait utiliser la générosité des gens pour intervenir différemment et rejoindre une autre clientèle dans le besoin. »

Après un sondage fait auprès des clients, en ligne et en restaurant, l’idée a germé de développer un volet communautaire concernant la lutte à l’insécurité alimentaire. Le tout dans la plus grande confidentialité.

« Les gens qui voulaient un café ou une soupe, ils devaient le demander, quêter encore, en quelque sorte. Des fois, ils repartent déçus, s’il n’y a pas de dons en attente, et ça peut même créer de la chicane. Là, avec des bons d’achat distribués par La Recette, ils vont pouvoir choisir le moment, venir incognito et profiter du moment. C’est très inclusif », ajoute Mme Morin.

« Souvent, reprend-elle, les personnes pauvres sont infantilisées. On leur dit : “Contente-toi d’une soupe, d’une canne de tomates, ou sinon, laisse faire.” Avec ce nouveau projet, on leur permet de choisir ce qu’ils veulent sur le menu. Ici, on prend les gens comme ils sont, sans les juger. »

En plus des soupes et des cafés solidaires, il est maintenant possible pour les clients du Café Cambio de faire un don qui sera transformé en bon d’achat à l’intention des membres de l’épicerie communautaire La Recette.

Le sondage a également permis de sensibiliser les clients à l’existence des soupes et cafés solidaires du Cambio. « On s’est rendu compte que plusieurs personnes ne savaient pas que l’on faisait ça », rapporte Johanne Morin, membre de la coopérative.

Concrètement, les clients ou les non-clients pourront donner le montant de leur choix, que ce soit une pièce de monnaie ou un 20 $, et l’argent reçu sera cumulé et transformé en cartes-cadeaux de 20 $ à la fin de chaque mois. Aucun frais administratif ou profit n’est retenu par les deux partenaires.

La Recette, elle, ciblera les bénéficiaires de ce nouveau programme. Sa clientèle est composée de familles et de gens seuls qui vivent sous un seuil de revenu décent. Ainsi, certaines personnes pourront s’offrir un rare repas au restaurant, incognito, puisque les bons d’achat sont identiques aux cartes-cadeaux que les clients réguliers achètent ou offrent en cadeau.

« Pour certaines personnes, quand elles n’ont plus beaucoup de sous, demander est un geste humiliant. Elles vont souvent épuiser toutes leurs ressources avant de se tourner vers l’aide. Nous allons cibler les gens qui méritent d’en bénéficier et leur offrir. Ça change toute la dynamique. C’est de la nourriture, oui, mais c’est aussi l’aspect social qui est important », souligne Annie Jean-Lavoie, agente de développement en sécurité alimentaire à La Recette.

« C’est une façon de redonner de la dignité, renchérit Johanne Morin. Il n’y aura aucun moyen de savoir si la personne qui présente un bon d’achat l’a eu via La Recette ou en cadeau. »

« En plus, le Cambio, c’est un endroit et des gens chaleureux et inclusifs, reprend Mme Jean-Lavoie. C’est l’endroit idéal pour lutter contre l’exclusion sociale. »

Puis, sa nouvelle collaboratrice ajoute : « Les membres du Cambio ont comme valeur intrinsèque la mixité des classes. Et notre personnel est formé, via le Service de travail de rue de Chicoutimi, pour accompagner une clientèle vulnérable et intervenir au besoin. »

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AUGMENTER LES ACHETEURS SOLIDAIRES

L’épicerie communautaire La Recette, située sur la rue des Oblats Ouest, à Chicoutimi, souhaite augmenter le nombre de ses clients solidaires, une méthode d’autofinancement efficace. 

En plus des membres à faible revenu, l’organisme communautaire, comme bien d’autres épiceries du genre, permet aux personnes mieux nanties de soutenir, via leurs achats, sa mission.

Pour les acheteurs solidaires, bien qu’ils paient 30 % plus cher que les membres réguliers, la facture ne sera pas plus salée que chez les grandes bannières. Et les profits vont directement à l’épicerie communautaire.

« Notre but est d’augmenter le nombre de clients solidaires. L’espace vrac, développé depuis un an, est de plus en plus populaire. Quand les gens réalisent qu’ils ont des produits frais pour moins cher et qu’ils peuvent avoir la quantité exacte dont ils ont besoin, ils reviennent », rapporte Annie Jean-Lavoie, agente de développement en sécurité alimentaire.

Virage vert

La Recette a aussi sauté à pieds joints dans le mouvement zéro déchet. « On n’y est pas encore rendus, mais on vise le zéro déchet de plus en plus. Maintenant, tous nos sacs sont en papier. On incite les gens à les utiliser plusieurs fois ou à apporter des sacs réutilisables et des plats pour le vrac. Nous avons aussi plusieurs légumes en vrac », souligne Mme Jean-Lavoie. 

Quotidiennement, une douzaine de personnes, principalement des sans-abri, se présentent au Café Cambio pour consommer un café ou une soupe solidaire.

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DÉJÀ 870$ AMASSÉS

Familles, femmes monoparentales, personnes âgées, sans-abri, étudiants ; la pauvreté a plusieurs visages à Saguenay. Et c’est ce triste constat qui a motivé le Cambio à cogner à la porte de La Recette pour aider plus de personnes vulnérables. La coopérative a aussi décidé de faire le premier don, en remettant 280 $ à la communauté.

« Il y a beaucoup trop de gens qui vivent dans une situation de pauvreté. Une seule personne dans la ville, c’est déjà trop. Pour nous, c’est important d’essayer d’atteindre le plus de personnes possible et de faire réfléchir les gens à cette réalité, confie Johanne Morin, membre de la coopérative du Cambio. Au Cambio, chaque année, on double les dons reçus pendant notre mois le plus achalandé. Et c’est cet argent (280 $), que l’on avait gardé de côté, que nous avons mis pour lancer le projet. »

La bénévole responsable du Comité soupes, cafés et communauté espère que l’initiative sera couronnée de succès. Ce qui augure bien, puisqu’en décembre seulement, avec aucune publicité, 590,10 $ ont été amassés, dont une partie lors du Marché de Noël de Chicoutimi.

La Recette entamera la distribution des bons d’achat dans les prochains jours, si bien que prochainement, une petite famille moins bien nantie viendra sans doute déguster un bon repas au Cambio, sans que ses voisins de table ne puissent connaître sa dure réalité. Une petite quantité de bons d’achat seront aussi conservés pour servir d’aide immédiate. 

« Oui, on remet ainsi de la nourriture, mais on offre surtout un petit moment de vie. Pour les familles, on a notre salle de jeux. Pour l’étudiant qui vient faire un travail d’équipe et qui ne consomme jamais rien, il pourra maintenant utiliser une carte-cadeau et ses partenaires ne sauront pas qu’elle vient de La Recette. On redonne vraiment la dignité aux gens », fait valoir Mme Morin.

L’implication communautaire du Cambio est importante aux yeux des membres de la coopérative, lesquels se motivent par cet apport à la communauté. Chaque jour, ils assistent à des moments à grande valeur humaine, par exemple lorsque deux sans-abri viennent prendre un café solidaire et qu’ils décident de le partager pour permettre au suivant d’avoir, lui aussi, sa dose de réconfort. Ou encore lorsqu’une personne s’est présentée au restaurant de la rue Racine pour avoir des informations sur la coopérative afin de bien la vendre à ses proches à Noël. « Cette famille a remplacé l’échange de cadeaux de Noël par un pot commun. Chacun présente une cause et la défend. Après, tous les membres tiennent un vote secret et le montant du pot commun est remis à la cause qui a convaincu les autres. Ils nous ont choisis ex aequo cette année ; c’est merveilleux ! », raconte Johanne Morin, qui promet d’autres projets à vocation communautaire.

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SAVIEZ-VOUS QUE...

• Selon l’Enquête de santé du Saguenay–Lac-Saint-Jean 2018 dévoilée la semaine dernière, 15 % des adultes risquent de vivre de l’insécurité alimentaire par manque d’argent.

• Selon diverses études, pour se sortir de la pauvreté, il faut avoir un revenu supérieur à deux fois le prix d’un panier de consommation. En 2016, le coût d’une épicerie était de 18 000 $ par année. Ainsi, le revenu minimal pour se sortir la tête de l’eau était de 36 000 $. Quatre ans plus tard, ce montant dépasserait 38 000 $.

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LA RECETTE EN CHIFFRES

• Près de 4000 membres

• Quelque 6500 personnes aidées

• Plus de 200 acheteurs solidaires

• Revenu d’admissibilité de 24 230$ et moins pour une personne seule ou de 34 165$ et moins pour deux personnes

• Plus de 250 produits

• De 25 à 35% moins cher que les grandes épiceries

23 ans d’existence

• Plus de 30 bénévoles