Grâce à la réalité virtuelle, les étudiants du programme de Soins infirmiers du Collège d’Alma pourront réaliser des apprentissages sous forme de vidéos immersives. Cette façon de faire permet de réécouter une même séquence à plusieurs reprises et sous différents angles.

La réalité virtuelle au coeur de la pédagogie

Les occasions et façons de faire témoignant de la philosophie numérique du Collège d’Alma sont de plus en plus légion. La réalité virtuelle s’invite dorénavant dans les méthodes d’enseignement en technique en Soins infirmiers. Le projet de recherche, qui a obtenu un financement de 150 000 $ et qui a nécessité plus de deux ans de travail, permet la création de films immersifs.

Une subvention du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) est à l’origine de ce projet de recherche qui obtient, à l’interne, l’appellation Projet 360. Grâce à ce projet novateur, du matériel pédagogique en anglais est créé, sur mesure, pour les étudiants du programme.

Jusqu’à présent, quelques apprentissages, dont ceux reliés à la prise de signes vitaux, au port d’équipement de protection et à la mesure de la glycémie se sont retrouvés en vidéos 360 degrés immersives.

« On a pris le pari de dire que quand tu es infirmière et que tu fais ta technique de soins en milieu hospitalier, il n’y a pas juste le patient. Il y a tout un environnement comme le bruit des appareils, le médecin qui entre et tout ce qui se passe. Dans un film traditionnel, on n’en tenait pas compte. C’était des plans différents et du montage. Dans la vidéo 360 degrés, on se rapproche de plus en plus de la vraie vie, de l’environnement de travail », explique l’enseignant en arts visuels et numériques, Étienne Boulanger.

L’enseignante en technique en Soins infirmiers, Claudine Munger, compare cette méthode d’enseignement novatrice à de l’enseignement ayant un ratio d’un enseignant pour un étudiant. « C’est une méthode pédagogique merveilleuse. Quand on fait des démonstrations devant 15-20 élèves, il y en a toujours qui n’ont pas le bon point de vue. Avec cette technique, cela permet à chacun de voir ce qu’il veut et dans l’angle qu’il le souhaite. Il peut mettre la vidéo sur pause, revoir un passage à plusieurs reprises et même changer son point de vue dans la salle », témoigne-t-elle.

Les vidéos immersives pourraient permettre de placer les jeunes dans des situations moins communes, telles que des cas de santé mentale. Ces opportunités d’apprentissage plus rares restent essentielles à la formation des futurs infirmiers.

Étienne Boulanger qualifie les résultats du projet de recherche comme le chaînon manquant entre la classe et la pratique des apprentissages.

« Éventuellement, nous aimerions que ce soit les étudiants qui soient filmés lors de la performance de la méthode. La vidéo pourra être revue selon le nombre de fois nécessaires afin de cibler les bons coups et les choses à améliorer tout en obtenant une rétroaction de l’enseignant », ajoute l’enseignant en anglais langue seconde, Martin Maltais.

Production maison

La production des capsules, qui nécessite plusieurs heures de travail, se déroule au coeur de l’établissement d’enseignement collégial. Une préparation des scénarios et une validation doivent être faites par les enseignants avant la traduction. Cette étape permet d’ajuster les notions transmises par la narration qui est faite en anglais. S’ensuivent les tournages avec un finissant bilingue de la cohorte 2018 et les actuels étudiants et enseignants.

Le projet de recherche est qualifié d’interdépartemental, alors que l’expertise du département de Technologies sonores est mise à contribution lors de la postproduction.

Possibilités quasi infinies

Les débuts du projet auront été le théâtre de nombreuses réflexions notamment quant aux programmes qui seraient impliqués. « Nous avions dû réfléchir quant au premier programme qui serait associé au projet. Nous recherchions la contribution qui serait la plus efficace, la plus rapide et la plus étendue. Notre choix s’est fait pour la technique en soins infirmiers », témoigne Martin Maltais.

Selon ce qu’il a été permis d’apprendre, le Collège d’Alma travaille déjà à étendre la technologie de vidéos immersives à d’autres programmes. L’enseignant Martin Maltais souligne l’immense potentiel des vidéos qui pourrait se retrouver ailleurs dans le réseau collégial et même dans les différents CIUSSS de la province, notamment pour la mise à jour des compétences.

Les possibilités quant à ce type d’apprentissage sont quasi infinies. Cela s’applique notamment à de la formation en entreprises privées, à de la simulation et à l’exécution de techniques précises en milieu de travail. « Il faut observer ce projet dans une perspective plus large. Notre équipe fait office de débroussailleurs sur comment on peut appliquer cette technologie à la pédagogie. C’est le cas pour nos programmes, mais on peut s’imaginer s’ouvrir à l’extérieur par le biais du COlab et offrir cette expertise au milieu », fait valoir le conseiller en communication au Collège d’Alma, Frédéric Tremblay.

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DES ÉQUIPEMENTS À LA FINE POINTE

Inclure la technologie de la réalité virtuelle au cœur de l’enseignement collégial ne se fait pas sans ajustement. La subvention du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) a notamment permis de faire l’acquisition des équipements spécialisés requis. 

La somme de 150 000 $ a permis de faire l’achat de la caméra Insta360 Pro 2 qui fut, en novembre dernier, l’une des premières du genre au Canada. L’instrument sphérique qui permet de filmer en 8K possède six lentilles qui captent les images sous un angle de 220 degrés. Le contrôle à distance de la caméra est possible grâce à des tablettes et des cellulaires. 

Un logiciel installé sur un ordinateur ultra-performant assure le maillage entre les six films en un seul de 360 degrés. Le travail effectué en postproduction permet, entre autres, l’intégration d’images et vidéos, de data ainsi que de texte à l’intérieur de vidéos 360 degrés. 

Le résultat qu’est le film immersif peut être visionné de multiples façons, notamment avec des cellulaires et des tablettes.

La somme obtenue a aussi permis de faire l’acquisition de casques de réalité virtuelle Oculus qui seront mis à la disposition des étudiants. Le visionnement est même possible sur un ordinateur qui offrira un résultat en 2D rehaussé.

Le reste du montant octroyé est consacré au travail de recherche et aux frais entourant notamment l’embauche d’acteurs et des techniciens. 

En réalisant ce projet novateur à Alma, les initiateurs brisent les barrières géographiques de la technologie. « Les gens de la région ont le droit d’avoir accès à cela. Ce n’est pas parce que j’habite à Alma que je n’ai pas le droit d’être à proximité de ces technologies. Est-ce que les hautes technologies arrêtent à Québec ou traversent le Parc ? », conclut Étienne Boulanger.

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VIDÉOS IMMERSIVES EN ANGLAIS

La subvention du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a été obtenue pour le développement de matériel pédagogique pour le cours d’anglais spécialisé.

« Le deuxième cours d’anglais obligatoire est appliqué au domaine d’études ou à son emploi », précise l’enseignant en anglais langue seconde au Collège d’Alma, Martin Maltais. Tout le contenu des vidéos, les interventions des élèves et les rétroactions des enseignants se déroulent en anglais.

« C’est merveilleux pour nous. Plusieurs de nos étudiants vont travailler à Montréal et à Québec, alors la maîtrise de cette langue seconde devient importante. Il s’agit d’un vocabulaire qui n’est pas tellement appris. Ils arrivent à maîtriser toute la technique, d’expliquer les choses et à communiquer dans un vocabulaire spécifique professionnel », seconde l’enseignante en Soins infirmiers, Claudine Munger.

Les capsules existantes pourraient éventuellement être doublées en français grâce à la collaboration du département de Technologies sonores du Collège d’Alma.