Priscilla Nemey

La purge se poursuit

Le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) n’imposera pas une tutelle complète à Promotion Saguenay pour l’instant, mais les mesures n’en seront pas moins drastiques. À la demande de la mairesse de Saguenay, Josée Néron, le MAMOT va envoyer une équipe de vérificateurs pour brosser un portrait complet de la gouvernance de Promotion Saguenay, et même de Diffusion Saguenay ainsi que de la Société de gestion de la Zone portuaire. De plus, elle demande à Promotion Saguenay de suspendre avec solde sa présidente-directrice générale, Priscilla Nemey, pour la durée de la vérification et à Québec de nommer un successeur par intérim.

C’est ce que la nouvelle mairesse de Saguenay a annoncé lors d’un point de presse tenu lundi à 16 h 30 dans le hall d’entrée de l’hôtel de ville de Saguenay. Elle a mentionné que les décisions avaient été prises en accord avec le sous-ministre Marc Croteau. Dans un communiqué envoyé peu après, le ministre Martin Coiteux a confirmé avoir donné un mandat à la Direction de la vérification du MAMOT.

Josée Néron a qualifié, ni plus ni moins, le train de mesures de « tutelle administrative » et qu’elle le faisait dans le but de « permettre à Promotion Saguenay de continuer à opérer».

Des résolutions de la Ville en ce sens seront adoptées dès jeudi lors d’une séance extraordinaire du conseil municipal de Saguenay.

« La première chose qu’on demande c’est que Promotion Saguenay se désiste de sa requête en jugement déclaratoire intentée contre le ministère des Affaires municipales », a d’abord indiqué la chef de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD). Cette requête découlait d’un rapport de 2013 du MAMOT alors que la société de développement économique avait été blâmée pour avoir accordé des subventions qui auraient normalement dû l’être par la Ville. « Pour le ministère, c’est non équivoque, Promotion Saguenay doit retirer cette demande-là », a-t-elle enchaîné. Mme Néron a même ajouté que plusieurs des recommandations émises à l’époque n’avaient toujours pas été respectées.

« La Ville va demander au ministère de nommer une équipe de vérificateurs généraux de son service de vérification à l’intérieur du ministère. Donc, ce sont des CPA auditeurs qui vont venir réaliser un mandat élargi en matière de vérification sur l’ensemble de Promotion Saguenay. Il y a également la Zone portuaire et Diffusion Saguenay qui vont être touchés par ce mandat de vérification. Et le vérificateur général de Saguenay va être mis à contribution», a énuméré la mairesse qui a estimé que la vérification devrait s’étaler sur deux à trois semaines.

«Pour ce qui est de la mise sous tutelle de Promotion Saguenay, il a été convenu d’attendre les résultats de la démarche de vérification effectuée par le MAMOT en collaboration avec le vérificateur général de la Ville. Celle-ci n’est toutefois pas exclue à terme», a indiqué le ministère dans son communiqué.

La mairesse de Saguenay, Josée Néron, a rencontré les médias vers 16h30 au terme d’une journée chargée où elle a notamment été en discussion avec le sous-ministre des Affaires municipales, Marc Croteau.

Diffusion Saguenay et la Zone portuaire

« Si j’étais ces deux organismes-là (Diffusion et Zone), je m’assurerais que mes dossiers sont bien classés », a averti la mairesse.

La Société de gestion de la Zone portuaire, dirigée par l’ancien conseiller municipal Fabien Hovington, a récemment nommé Marie-Pier Lemieux à la tête du Parc des mille lieux de la Colline, après avoir été aux commandes de la Marina de Shipshaw. Cette dernière a été une candidate défaite du Parti des citoyens de Saguenay, fondé par Jean Tremblay, lors de la dernière élection. Quant à Diffusion Saguenay, le diffuseur culturel a été la cible de critiques de promoteurs privés dernièrement. L’organisme est présidé par Me Pierre Mazurette, qui a notamment représenté Promotion Saguenay contre Christine Boivin devant la Commission d’accès à l’information, alors qu’elle tentait d’obtenir les contrats de l’ancien président-directeur général, Ghislain Harvey.

Confiance brisée

« On va demander au conseil d’administration de Promotion Saguenay de suspendre la directrice générale avec salaire pour que la vérification se passe sans qu’elle soit présente. On va également demander au ministère de nommer un directeur général par intérim pour la période de la vérification », a-t-elle poursuivi. 

Mme Néron a expliqué que le lien de confiance était littéralement brisé entre elle et la PDG de Promotion Saguenay, Priscilla Nemey. Cette dernière a été nommée à la direction de Promotion Saguenay le 2 novembre, soit trois jours avant les élections. Elle était jusque-là vice-présidente exécutive. Elle a remplacé Ghislain Harvey qui devenait conseiller spécial en conservant son salaire annuel de plus de 200 000 $. Mme Nemey a hérité d’un salaire de 167 000 $. « On lui a demandé la semaine dernière : ‘‘Peux-tu nous remettre le reste des contrats ? ’’. On avait celui de 2017, mais les autres, on ne les avait pas. Elle nous a dit : ‘‘Je ne les ai pas’’. Le lendemain, ils apparaissent sur le site de Promotion Saguenay. Et ensuite, quand elle parle de la clause des statuts et règlements qu’ils ont changée pour justement s’assurer que si la nouvelle gouvernance voulait dissoudre l’organisme qu’il y aurait un transfert vers un nouvel organisme. Normalement, ça devait revenir à la Ville. Mme Nemey dit avoir vérifié avec l’administration de la Ville et que tout le monde était en accord avec ça. Après vérification auprès de l’administration, personne n’a jamais été consulté. […] Cette culture-là doit arrêter. Les gens, quand ils me disent quelque chose, ça doit être ce qu’ils ont réellement dit », a mentionné la politicienne en entretien avec Le Quotidien après le point de presse.

Les 425 000 $ de Ghislain Harvey

Quant à l’indemnité de départ de 425 000 $ de Ghislain Harvey, Josée Néron avait initialement demandé que ce chèque soit retenu. Elle a affiné sa position lundi. « Ce qu’on a décidé, c’est qu’on demanderait à une firme externe de statuer sur l’ensemble des procédures qui ont été suivies, qui ont précédé la signature du contrat et si la firme nous dit que tout a été fait dans les règles de l’art, à ce moment-là le chèque sera émis et M. Harvey recevra son montant. Mais si on nous dit qu’il y a eu défaut, à ce moment-là on statuera », a-t-elle énoncé. Le dernier contrat du précédent PDG avait été signé le 8 juin 2017 et comprenait une panoplie de clauses qualifiées d’à sens unique pour ce dernier, avait notamment jugé dans ces pages Daniel Gagnon, professeur en administration à l’Université du Québec à Chicoutimi. Le contrat de cinq ans était valide rétroactivement au 1er janvier 2015 et pouvait être reconduit sur le seul souhait de Ghislain Harvey jusqu’à la fin de 2024. Les clauses avaient été conservées, malgré son changement de poste.

Par ailleurs, Le Quotidien, par le biais d’un collègue, avait parlé brièvement par téléphone avec M. Harvey plus tôt dans la journée. Il s’était limité à dire qu’il réagirait plus tard, sans donner plus de détails.

Prsicilla Nemey et Éric Larouche

Éric Larouche ne commente pas

(Stéphane Bégin) – Le président du conseil d’administration de Promotion Saguenay, Éric Larouche, a mentionné en soirée qu’il n’avait pas été en mesure de prendre connaissance des derniers développements dans le dossier et n’était pas à l’aise de commenter à froid. 

« J’ai reçu un courriel de la mairesse Josée Néron que je n’ai pas eu le temps de lire. J’ai passé une bonne partie de la journée en rencontre à l’extérieur de la région. Je n’ai pas pris connaissance des détails des dernières modifications », a mentionné brièvement M. Larouche, lors d’un entretien téléphonique avec Le Quotidien.

150 000$ pour Francyne T. Gobeil

(Pascal Girard) – L’ancienne chef de cabinet du maire Jean Tremblay, Francyne T. Gobeil, a accepté de lever sa clause de confidentialité à la suite de son départ de son poste d’administratrice du programme dons et subventions.

Celle qui travaillait à divers postes à Saguenay depuis 2002 bénéficiera de 21 mois de salaire en guise de prime de départ. Comme son salaire de base se situait, à la signature de son contrat en 2014, à 83 513$, il a été possible de calculer que sa prime se chiffrait autour de 150 000$. «C’est une personne qui, on le sait tous, était connue pour ses liens avec l’ancienne administration. Pour nous, c’était peut-être un peu compliqué de penser pouvoir travailler avec Mme Gobeil. Au niveau de la confiance, ça aurait été un peu difficile. Alors je crois que c’était une saine décision», a indiqué aux journalistes la mairesse Josée Néron.