La prison pour un voleur déguisé en Arabe

Shawinigan — Un résident de Shawinigan, qui s’était déguisé en Arabe pour commettre un vol qualifié dans un dépanneur, vient d’être condamné à 15 mois de prison.

Le 21 avril dernier, Frédéric Jean s’est en effet pointé au dépanneur Shell de la rue Saint-Sacrement à Shawinigan sur un petit BMX pour enfant. D’emblée, il a rapidement attiré l’attention du commis avec ce vélo, mais pas autant que son déguisement. Il s’était en effet mis une serviette de bain autour de la tête, il portait un bas de pyjama et des pantoufles et il s’était fabriqué une barbichette avec ses poils pubiens en utilisant du sirop d’érable comme colle. Il a alors dit au commis qu’il ne voulait pas lui faire de mal, mais a exigé le contenu du tiroir-caisse. Il a ensuite pris la fuite sur le BMX avec de l’argent, de l’alcool et des cigarettes. Notons qu’il n’était pas armé. Son comportement et son accoutrement auront toutefois suffi à susciter la peur chez le commis. Son vol lui a ensuite permis d’assouvir sa dépendance à la cocaïne, qu’il s’injecte dans le sang quasi quotidiennement.


« Il s’était en effet mis une serviette de bain autour de la tête, il portait un bas de pyjama et des pantoufles et il s’était fabriqué une barbichette avec ses poils pubiens en utilisant du sirop d’érable comme colle. »
Nancy Massicotte

Il a été arrêté rapidement par les policiers. Et pendant qu’il était incarcéré dans une cellule du poste de police, il s’est livré à des méfaits en déchirant notamment une couverture et en faisant des graffitis sur les murs avec ses excréments.

Outre les accusations de vol qualifié et méfait, il a aussi reconnu sa culpabilité à un chef de harcèlement criminel envers une adolescente de 15 ans de qui il s’était amouraché subitement. Dans le box des accusés, il a d’ailleurs raconté qu’à ce moment, il croyait être Jésus dans sa psychose et que la jeune fille était en quelque sorte son élue en raison de sa pureté. Il lui a écrit des lettres et s’est présenté chez elle à deux reprises. La seconde fois, c’est le père de l’adolescente qui a dû intervenir pour le mettre à la porte. Cet épisode a eu des conséquences chez la victime qui vit beaucoup de craintes lorsqu’elle sort à l’extérieur.

Enfin, il a plaidé coupable à un chef de possession d’une arme prohibée, soit du poivre de cayenne, un autre pour vol de jus dans une épicerie et des bris de conditions et probation.

Pour sa défense, Frédéric Jean a insisté dès le départ sur son niveau d’honnêteté pour expliquer sa situation. Il a raconté qu’il avait perpétré les vols avec l’intention de se retrouver devant un juge et ainsi pouvoir dénoncer les abus des policiers sur sa personne. Clairement, son discours tendait à démontrer son sentiment de paranoïa envers les intervenants qui ont tenté de lui venir en aide au cours des dernières années et sa déresponsabilisation. Il a certes suivi des thérapies pour sa dépendance aux stupéfiants, mais toujours sans succès puisque celles-ci ne lui convenaient pas. Particulièrement volubile dans le box des accusés, il a même avoué spontanément vivre une relation en prison avec ce qu’il a appelé sa chouchoune.

Évidemment, son état de santé mentale soulève des doutes. Dans le cadre des plaidoiries sur sentence, la procureure de la Couronne, Me Catherine Vincent, a indiqué qu’il avait été déclaré apte et responsable criminellement. Même si Frédéric Jean se décrit lui-même comme une personne ayant une problématique de santé mentale, les évaluations psychiatriques n’ont pas permis de diagnostiquer à ce jour une maladie spécifique tant sa dépendance aux stupéfiants est majeure et prédominante. On a émis l’hypothèse d’un trouble psychotique indu par les drogues. Une médication d’une durée minimum d’une année et une abstinence complète ont été proposées, mais le prévenu n’a pas collaboré. Le rapport présentenciel est d’ailleurs très négatif et fait état d’un risque de récidive élevé.

Me Vincent et l’avocat de la défense, Me Serge Milette, se sont finalement entendus pour suggérer au juge Jacques Trudel une peine de 15 mois de prison, moins la détention provisoire de neuf mois et demi, pour un résiduel de cinq mois et demi à purger. Ils ont également demandé une probation de trois ans.

Le juge l’a entérinée, considérant que la sentence était juste dans les circonstances. Il a cependant pris soin de demander à Frédéric Jean, qui n’a pas beaucoup d’antécédents judiciaires, de collaborer compte tenu du danger qu’il représente pour lui et pour autrui.

Une fois sa peine terminée, il devra donc se soumettre à une probation de trois ans avec suivi. Il lui sera interdit de s’approcher à moins de 100 mètres de l’adolescente, son domicile et son école. Il n’a pas le droit de communiquer avec le commis du dépanneur Shell et de se rendre à ce commerce. Il devra également suivre toute thérapie suggérée par son agent de probation concernant sa toxicomanie. Il aura l’obligation de consulter un médecin et/ou un psychiatre, de prendre sa médication, et d’entreprendre toute évaluation jugée pertinente quant à une possible problématique sexuelle.