Jean Tremblay

La prière, plus grande source de fierté

Jean Tremblay n'aura pas beaucoup de regrets lorsqu'il quittera l'hôtel de ville en novembre. Sans peur et sans reproche, il dresse un bilan très positif des 20 années passées à la tête de Chicoutimi puis de Saguenay, en brandissant l'étendard dont il est le plus fier, son combat pour la prière.
«Ça n'a pas de prix, car c'est la chose qui m'est le plus cher et j'en serai fier toute ma vie et surtout après. Quand je serai l'autre bord, Il ne me demandera pas combien il y avait de monde à la Place du citoyen», a-t-il lancé, déclenchant les rires des membres de la Chambre de commerce et d'industrie du Saguenay, qui l'avaient invité à tracer son bilan jeudi midi.
S'il y avait des gens dans la salle qui s'attendaient à voir un homme lire une longue déclamation de ses réalisations, c'est qu'ils ne connaissent pas Jean Tremblay. Ça n'a pas pris de temps avant qu'il sorte de son texte et se mette à faire du coq à l'âne en y allant d'anecdotes savoureuses qui n'ont pas manqué, à chaque fois, de dérider la salle.
Quand on dit que Jean Tremblay n'aura pas beaucoup de regrets, c'est un euphémisme. Il n'a aucun doute sur ses capacités et s'il a une ou deux faiblesses, elles ne font que le rendre plus fort.
«Des fois, j'ai peur. Mais je réagis bien quand j'ai peur.» Ainsi en est-il de cet épisode où il raconte avoir, un jour, dû affronter le corps de police de Saguenay qui avait organisé un blocus devant la salle du conseil. «Je dois le dire, j'étais pas gros et je ''shakais''. Il fallait que je me faufile à travers eux et ils ne se tassaient pas vite. Mais quand ils se sont présentés au micro, je leur ai dit: ''Si vous n'êtes pas contents, allez travailler ailleurs''.»
Un gros défi
Jean Tremblay l'a dit, il n'a peur de rien. C'est ce qui lui a permis d'affronter les années les plus difficiles de ses cinq mandats, les quatre premières. «Il y avait une culture à changer. C'est les fonctionnaires qui menaient. Ils avaient le beau rôle, car eux restent, et les élus passent. Moi, je les ai affrontés. Ils ne m'ont jamais passé n'importe quoi, parce qu'en partant, je tiens pour acquis que leur dossier est mal monté. Je leur disais que je ne leur faisais pas confiance. J'ai confiance en personne ; sauf en ma femme. C'est comme l'opinion des autres ; je m'en fous et j'ai pas peur des journalistes, même quand ils tentent de me faire mal paraître.» Oui, ça l'agace. Mais ça ne lui fait pas peur. Même que ça l'amuse d'être une tête de Turc comme à Infoman. «Ça fait parler de la ville et je dois dire que ça devient une drogue d'avoir les médias après moi. Ça soigne l'ego.»
Fusion
Après son premier mandat où il a commencé à mettre la fonction publique à sa main, Jean Tremblay a hérité du dossier de la fusion, lequel aurait aussi pu déraper sérieusement. Selon lui, on a pris en charge des petites municipalités qui ne voulaient rien savoir de la fusion, comme Shipshaw, mais qui étaient mal en point. «À Shipshaw, le camion de pompier n'avait même pas de moteur. On a soulevé le capot et il n'y avait rien. Je ne sais pas s'il était en réparations, mais on ne l'a jamais trouvé. Il a aussi fallu améliorer leur réseau d'aqueduc ; ils étaient à la veille de ne plus pouvoir prendre de douche. C'est la grande ville qui a payé.»
Fusionner et aménager les conventions collectives des sept municipalités a demandé une poigne de fer et il soutient y être parvenu sans conflit par son entêtement et parce qu'il avait devant lui des dirigeants syndicaux intelligents.
«Il fallait baisser les taxes, et en même temps, les syndicats voulaient des augmentations de salaire. Ils pensaient que c'était impossible mais je leur ai dit : ''c'est pas compliqué, on coupe dans les employés''. À la direction générale, ils étaient 14 et maintenant, ils sont cinq et ça va mieux. Un fonctionnaire qui n'a rien à faire en dérange deux.»
Un seul regret
Le maire de Saguenay admet qu'il a une tache noire à son bilan. Un dossier qui lui a fait mal, qu'il regrette. «Le motel industriel à Bagotville, je l'ai échappé. On était allé chercher 6 M $ de subventions, c'était pas facile, et on avait établi des contacts avec Québec et Montréal qui n'ont plus de place. C'était le début d'un parc aéronautique, mais vous savez ce qui s'est passé», a regretté le maire, sans élaborer davantage. Visiblement, il a préféré ne pas rappeler l'opposition qu'y avait fait l'ERD et qu'il avait accusé, à maintes reprises, d'avoir sabordé son projet.