Marc-André Bédard.

La perte d’un vieil ami

Pour l’ancien ministre péquiste Marc-André Bédard, la mort de Bernard Landry est bien plus que la perte d’un ex-premier ministre et d’un collègue. Il dit adieu à un frère d’armes et à un vieil ami, à qui il avait d’ailleurs parlé au téléphone il y a à peine deux semaines.

« Quand j’ai vu qu’il avait des problèmes de santé, je l’ai appelé. Ça arrivait qu’on s’appelait. Je dois dire que nous avions eu une discussion très passionnée, très énergique. Bernard, c’était un ami. Je suis un peu surpris d’apprendre son décès parce qu’il me semblait tout de même assez en forme au téléphone. Je suis surpris, mais surtout très attristé », a affirmé M. Bédard. Les deux vieux amis avaient évidemment parlé de l’état actuel de leur parti. « On jasait comme si on avait encore 25 ans devant nous ! Bernard, c’était un exemple de continuité dans l’action pour l’indépendance du Québec. Il était toujours là. C’était un homme très attachant, humain et généreux de sa personne. Il a été un excellent politicien et laisse un bilan impressionnant. Il s’est toujours dédié à la cause de la souveraineté », a ajouté Marc-André Bédard.

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« IL CONNAISSAIT LES RÉGIONS »

L’ex-député péquiste de Chicoutimi, Stéphane Bédard, déplore la perte d’un grand homme. Il se souvient d’un Bernard Landry profondément humain, qui avait une attitude égale avec tous ceux et celles qu’il rencontrait sur son chemin, peu importe leur provenance.

« Son amour du Québec, personne ne pouvait mieux l’incarner. C’était quelqu’un qui avait une connaissance fine du monde et de toutes les régions du Québec. Il pouvait aussi bien te parler de la situation en Afrique du Nord que des enjeux qui étaient propres à la Gaspésie ou au Saguenay-Lac-Saint-Jean », a commenté celui qui a été député de 1998 à 2015. L’ex-chef intérimaire du Parti québécois se souvient de l’importance que Bernard Landry accordait à la jeunesse.

« On allait le voir au ministère des Finances. Il se faisait un devoir d’intégrer les jeunes », se rappelle Stéphane Bédard.

Un homme immensément intelligent, doté d’une grande culture générale et admirable tribun, celui qui fut premier ministre du Québec entre 2001 et 2003 a fait de grandes choses pour le Québec, rappelle l’ancien député.

« Il a entraîné le Québec dans de grands virages économiques. Il a eu le courage, l’intelligence, les références et la créativité pour mettre en place de grandes réformes. La Paix des braves, c’était lui. La Cité du multimédia, c’était lui. Il a vu l’importance de ce créneau d’avenir pour le Québec. Il connaissait les régions dans leurs moindres détails. C’est lui qui a créé les projets Accord, la plus grande initiative concertée de développement économique structurée du Québec, celle qui a mené à la création de la Société de la Vallée de l’aluminium », a fait valoir l’avocat de profession, qui se souviendra toujours d’un homme inspirant, amoureux du Québec. 

« Bernard Landry a connu une carrière grandiose, hors-norme. C’était un homme de parti, un homme de pays », conclut-il. 

Stéphane Bédard et son père Marc-André.

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LUCIEN GENDRON SE SOUVIENT

« En 1976, il faut se rappeler que le PQ prend le pouvoir et Alcan annonce des grosses modifications, dont notamment la plus importante, c’est celle de la fermeture du centre de recherche à Arvida. Ils transféraient toutes les activités à Kingston. C’est sûr qu’il y a eu un tollé de protestations dans la région. Alors le PQ a pris le pouvoir le 15 novembre et ils étaient pris avec ça. Alors il y a des rencontres entre Alcan et le nouveau gouvernement. Le négociateur du gouvernement pour les discussions avec Alcan, qui a fait renverser les décisions, c’est Bernard Landry, qui vient d’être nommé ministre d’État au Développement économique du Québec. Donc, la première intervention majeure de Bernard Landry dans le dossier de l’aluminium c’est là qu’elle se fait. (...) L’autre affaire qu’il a faite, mais malheureusement ça n’a pas abouti en succès, c’est à la fin des années 90. Il convainc Alcan de se lancer dans l’opération de faire venir ici au Saguenay une usine d’enjoliveurs de roues. C’est une société qui venait ici et ç’a été annoncé en grandes pompes au Manoir du Saguenay. Le leader de ce dossier-là c’était Bernard Landry. Malheureusement, ça n’a pas abouti, car la compétition à Detroit s’est réveillée et a fait des offres à cette entreprise-là. Ce qu’il faut retenir, c’est que Bernard Landry avait une grande sympathie envers l’industrie de l’aluminium, très élevée versus le CQRDA. C’est un gars qui a consacré de très fortes énergies pour l’industrie de l’aluminium au Québec. »

- Lucien Gendron, ex-directeur du Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA)

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UNE IMMENSE DÉTERMINATION, AFFIRME ALEXANDRE CLOUTIER

«J’ai eu la chance de le côtoyer plus étroitement lors de la dernière course au leadership où j’ai eu le bonheur de recevoir son appui. Ce que je note chez lui, au-delà de toutes ses réalisations pour le Québec, c’est vraiment cette ferveur indépendantiste plus forte que tout, qu’il aura gardée jusqu’à la toute dernière minute. Ce qui me marque le plus, des moments que j’ai passés avec lui, c’est vraiment cette immense détermination, une détermination qui est un trait commun de ces bâtisseurs qui ont défriché pour ceux qui ont suivi. (...) Il a travaillé fort sur les fameux créneaux Accord. Ici en région, on avait identifié le tourisme nordique, évidemment la Vallée de l’aluminium, et dans la région de Montréal, tout ce qui est lié aux jeux vidéo, grâce aux crédits d’impôt. Si on a les Ubisoft de ce monde maintenant chez nous, ce n’est pas par hasard. C’est parce qu’il y en a qui ont pavé la voie, justement pour rendre des conditions gagnantes pour la venue de ces grandes entreprises. Monsieur Landry était un économiste qui croyait en l’intervention de l’État pour donner des conditions propices aux entreprises pour qu’ils choisissent le Québec.»

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«LE MEILLEUR DES SOUVERAINISTES», SELON ANDRÉ HARVEY

«C’est à la demande de M. Landry que nous avions accepté de faire une annonce conjointe [le 22 août 2002 avec le premier ministre du Canada Jean Chrétien]. À ce moment, je me suis dit qu’il faisait preuve d’un engagement complet envers la réalisation de la route 175. Il a joué un rôle important pour la signature de l’entente et il a aidé à réaliser la route du parc. Je pense que M. Landry était le politicien qui défendait le mieux la cause de la souveraineté du Québec en terme d’argumentaire. C’était un homme extrêmement honnête. Comme pédagogue de la cause souverainiste, je pense que le Québec perd celui qui aura été le meilleur parmi tous les souverainistes.»