Déportation des Juifs Fiche de l’oeuvre : « L’un des objectifs des Allemands pendant la guerre était l’extermination complète des Juifs, ce qui a été appelé ‘‘la Solution finale’’. Les Juifs étaient capturés lors de rafles puis déportés dans des camps de concentration pour y être exterminés. On les y amenait souvent dans des convois ferroviaires. Les camps de concentration (surnommés camps de la mort) étaient équipés de chambre à gaz et de fours crématoires. Les six grands camps sont Auschwitz, Belzec, Chelmno, Majdanek, Sobibor et Treblinka. Les déportés étaient séparés en deux groupes à leur arrivée au camp de concentration. D’un côté, les plus forts, qui pouvaient travailler au camp ; de l’autre côté, les malades et les plus faibles, qui étaient envoyés directement à la mort. Plus de 6 000 000 de juifs mourront pendant la guerre. La déportation des Juifs se faisait souvent sous le regard désintéressé des populations locales. Remarquez l’étoile jaune sur les vêtements des civils (étoile de David). C’était une marque d’humiliation et de marquage. Leurs biens étaient aussi souvent confisqués ».

La passion des batailles du passé

Une passion pour l’histoire, un amour pour les miniatures et un peu de temps libre ont amené l’artiste Russell Paradis à plonger dans la fabrication de maquettes de scènes historiques il y a deux ans. Près d’une vingtaine de maquettes plus tard, la passion ne s’est toujours pas tarie, et une exposition est née.

L’année 2016 a été une année éprouvante pour la petite famille tricotée serrée de l’artiste de Chicoutimi. « Ma femme est tombée malade, je suis tombé malade aussi, et même ma fille a eu des moments difficiles. J’avais besoin d’une échappatoire, d’une façon d’extérioriser mes peines et mes douleurs. La maquette a fait ça pour moi », explique-t-il, les souvenirs toujours vifs dans son esprit. 

Pendant un peu plus d’un an, ne pouvant pas travailler, il occupait ses journées en fabriquant des maquettes. « J’ai une passion pour l’histoire depuis toujours, surtout pour l’histoire militaire. J’avais à la maison une vieille maquette que j’avais commencée, mais jamais terminée. J’ai commencé par celle-là, et je n’est pas lâché mes pinceaux depuis », raconte Russell Paradis.

Il a produit dans les deux dernières années 17 maquettes et en a toujours sur la table. « Je suis en train de peinturer les derniers personnages d’une scène et je me demande déjà ce que je vais faire ensuite. Ça n’arrête pas vraiment », explique l’artiste. 

Il n’est pas simple de faire des maquettes comme celles de M. Paradis. « Je choisis une scène que je veux faire, d’une certaine guerre par exemple. Puis, j’achète les soldats et les véhicules dont j’ai besoin. Tout doit être juste, pour ne pas faire d’anachronisme dans la maquette. » Sur les soldats achetés, aucune peinture n’a été appliquée. Certains demandent même du montage avant de pouvoir faire quoi que ce soit. Et pour ajouter au coefficient de difficulté, le tout est en format miniature. « Les plus petites figurines avec lesquelles je travaille font 28 millimètres de haut », explique l’artiste.

Attention aux détails

La peinture demande beaucoup de patience et de minutie. Encore plus quand l’artiste porte une attention aux détails comme Russell Paradis le fait. « Je suis très fier de présenter mes maquettes. Elles sont toutes très exactes, historiquement parlant. Je veux qu’elles aient toutes l’air très réelles, et ce sont les détails qui donnent cette impression-là », raconte-t-il. 

Tout le décor de ses maquettes est fait à la main et à partir de rien. Plusieurs objets inusités sont utilisés dans la fabrication de l’environnement d’une scène. « Je regarde ce qu’il y a autour de moi pour trouver ce qui pourrait être utile. Ça demande parfois un peu d’imagination », explique-t-il, le sourire aux lèvres. 

Assise à ses côtés pendant l’entrevue, sa fille, Justine, ne peut qu’acquiescer à ces propos. « J’ai vu mon père sortir dans la cour arrière de la maison avec un plat en plastique pour aller prendre une pelletée de sable dans le bac à sable. Je me demandais pourquoi il avait besoin de sable. Il cherchait des petites roches pour faire un chemin de pierre », se remémore la jeune femme de 19 ans. 

À travers les maquettes de M. Paradis, il est possible de retrouver des objets de tous les jours. « Une gouttière peut être faite avec une paille. Bien peinturée, on ne peut pas savoir ce que c’était avant. Ou encore, mes personnages ont une arme entre les mains, mais pas de bandoulières, ce n’est pas vraiment réaliste de la peinturer seulement, mais en utilisant le plastique d’un tube de dentifrice, ça donne l’effet parfait », mentionne l’homme qui travaille dans le domaine de l’informatique pendant la journée.

Une petite branche arrachée par une bourrasque devient un arbre entier pour Russell Paradis. « Vraiment tout, et n’importe quoi, peut être transformé. Ça demande un peu de débrouillardise parfois », explique-t-il. 

En plus des détails accordés au décor, une recherche exhaustive sur l’habillement des soldats et leur positionnement, entre autres éléments, est faite préalablement à la mise en place d’une maquette. « Je regarde beaucoup de photos ou de dessins de l’époque que je veux représenter. Je m’inspire énormément de ces images-là, précise-t-il. Si la médaille se portait sur la gauche à ce moment-là, elle doit être sur la gauche sur la maquette. »

Pour terminer une maquette de A à Z, Russell Paradis peut mettre environ un mois, à temps plein. « Maintenant que je suis retourné au travail, je vais continuer, mais disons que ça va me prendre plus de temps en terminer une », conclut le père de famille.

Bataille d’Anzio, janvier 1944 
Fiche de l’oeuvre: «L’objectif de cette offensive des Alliés durant la campagne d’Italie était de déborder les Allemands de la ligne Gustave pour atteindre Rome. La ligne Gustave était une ligne de défense allemande au sud de l’Italie. Le débarquement allié eut lieu près d’Anzio, à 50 km au sud de Rome. La stratégie était d’affaiblir la défense de Rome pour y entrer. L’armée alliée ne réussit pas à avancer, surtout en raison de l’indécision de son général, et ce, malgré le manque de munitions de l’armée allemande. Les deux armées s’abritèrent dans les tranchées. Rome sera prise finalement par les Alliés le 4 juin 1944».

EN EXPOSITION TOUT L'ÉTÉ

Les oeuvres de Russell Paradis seront exposées aux bibliothèques de Chicoutimi et de Jonquière tout l’été. Les 17 maquettes de l’artiste représentent diverses scènes de l’histoire militaire. « Quelques-unes sont des scènes de la guerre de Sécession, ou encore celle de 1812 qui opposait le Canada et les États-Unis. Cependant, la plupart sont des scènes tirées de la Deuxième Guerre mondiale », explique-t-il. 

Le grand manitou derrière cette exposition est la soeur de M. Paradis. « Je trouvais ça triste de voir toutes ces maquettes de grande qualité oubliées dans le bureau de mon frère. J’ai suggéré qu’on en fasse quelque chose. C’était il y a un an », explique la soeur de l’artiste, Sandra Paradis. 

« J’ai pris les choses en main dès qu’on a eu le O.K. de la direction de la bibliothèque. J’ai écrit les petits textes qui expliquent qu’est-ce qu’on voit sur les maquettes et j’ai fait mes propres recherches pour raconter un peu qu’est-ce qui se passait dans ces guerres-là », raconte la femme qui, étonnamment, n’est pas une passionnée d’histoire comme son frère.

« On est deux dans notre fratrie à être vraiment passionnés: moi et mon frère Arnold. On est même partis en voyage à Paris pour ça. Les gardiens de sécurité à l’hôtel des Invalides nous reconnaissaient tellement on était toujours là », se remémore Russell Paradis avec humour. 

Il faut dire qu’il provient d’une famille de sept enfants. « Tout le monde est très fier de voir ce que Russell fait, en particulier ma mère, Catherine », explique Mme Paradis. 

L’exposition est en place depuis le 8 mai et le restera jusqu’au 31 août. Un vernissage ouvert à toute la population aura lieu le dimanche 13 mai à la bibliothèque de Chicoutimi. « Russell va expliquer comment les maquettes sont fabriquées, et Arnold, qui est un ancien professeur d’histoire, va faire un petit survol de ce qu’on peut voir sur les maquettes », mentionne l’organisatrice de l’exposition.

Bien que le fait de tenir le vernissage la même journée que la fête des Mères est un pur hasard, Sandra confirme que l’occasion est belle pour réunir la grande famille. « On est chanceux. Pratiquement, tout le monde est revenu dans la région, donc toute la fratrie va être là pour célébrer dimanche », ajoute-t-elle. Andréane Vallée