Un Québécois sur trois a pris du poids pendant la pandémie.
Un Québécois sur trois a pris du poids pendant la pandémie.

La pandémie synonyme de prise de poids

Thomas Dufour
Le Quotidien
Les réseaux sociaux ont été inondés de photos de gens faisant du sport pendant le confinement. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Dans les faits, un Québécois sur trois fait moins d’activités physiques depuis quelques mois, selon un sondage de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Si certains ont profité du ralentissement pour sortir leurs souliers de course, beaucoup ont aussi laissé tomber l’activité physique.

Les couturières de la province étaient en première ligne pour constater le phénomène. Certains clients avaient besoin d’un peu plus d’espace dans leurs pantalons après des mois de pandémie. « On a un peu plus de gens qu’avant qui viennent nous voir pour des agrandissements de pantalon, explique Jackie, couturière au Salon de couture de la Cité, à Québec. Les gens ne bougent pas trop, donc ç’a forcément un impact sur le tour de taille. »

Elle évalue cette augmentation à environ 5 %. Néanmoins, la couturière réalise aussi des rétrécissements de pantalons.

Les experts préoccupés

« Je travaille avec des personnes plus vulnérables, des familles migrantes, monoparentales, à faible éducation. En ce moment, on fait face à une augmentation de l’obésité chez plusieurs d’entre eux », explique la docteure saguenéenne Julie Saint-Pierre, spécialiste en obésité infantile.

Pour les enfants plus vulnérables, le fait de ne pas aller à l’école pendant une longue période a contribué à la prise de poids. Même sans la pandémie, le phénomène est observable à moindre échelle lors des vacances d’été.

L’impact du confinement sur l’obésité est clair, selon la docteure, et il faudra beaucoup de temps et d’efforts pour en effacer les effets. « Sans un investissement majeur du gouvernement, il n’y aura pas d’amélioration », exprime-t-elle.

Selon la médecin, la pandémie a créé beaucoup d’anxiété chez les gens et s’est traduite par une augmentation de la sédentarité. « Si l’on est plus sédentaires, on va sortir les écrans, on va stimuler nos neurones et moins bien dormir », dit-elle.

Le sondage publié par l’INSPQ la semaine dernière le montre bien : le tiers des personnes interrogées le 31 mai rapportaient « une diminution de leur qualité de sommeil ».

De plus, deux personnes sur cinq affirmaient être plus préoccupées qu’avant par leur poids.

Le stress causé par la pandémie peut mener les gens à manger plus. « On va parfois se réconforter avec certains aliments qui nous rappellent des moments plus heureux », constate la Dre Saint-Pierre.

Les yeux tournés vers le Royaume-Uni

Le premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, a lancé lundi une politique pour lutter contre l’obésité dans son pays, qu’il considère comme un effet collatéral de la COVID-19.

Ainsi, la publicité pour de la nourriture malsaine sera interdite à la télévision avant 21 h 00, les chaînes de restauration rapide devront afficher le nombre de calories de leur menu, et les épiceries ne pourront plus faire la promotion de la malbouffe en plaçant le chocolat et les croustilles près des caisses, par exemple.

« Ç’a créé un tollé à l’international parce que la diversité corporelle est quelque chose qui nous touche de plus en plus », rapporte la Dre Saint-Pierre.

De l’autre côté, les médecins voient chaque jour les répercussions négatives de la prise de poids dans la population. « Il y a énormément de mouvements qui ne veulent pas aborder la problématique du poids. Ça devient un débat entre une classe moyenne et riche et une classe pauvre. Les vraies personnes qui en souffrent ont besoin de soutien et d’aide. »