L’ancienne cartonnerie est fermée depuis trois ans.

La ministre de l’Environnement met le poing sur la table

Après trois ans de démarche, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon, met le poing sur la table dans le dossier du démantèlement de l’ancienne cartonnerie de Jonquière et entend ordonner à Graphic Packaging le début des travaux au plus tard le 23 juillet prochain à défaut de quoi elle s’expose à des pénalités importantes ou la démolition à ses frais des installations.

Le 3 juillet dernier, la ministre a signé un avis préalable à une ordonnance en vertu de l’article 114, 6 de la Loi sur la qualité de l’environnement qui se veut un dernier recours face à l’inaction de l’entreprise.

Le document de sept pages reprend l’historique du dossier depuis l’acquisition le 5 février 2015 par Emballage Graphic International Canada des installations de l’ancienne usine de carton plat et de pâte kraft qui a été revendue à la compagnie à numéros ontarienne 2 477 621 Ontario inc. (Bayshore)

Soupe chimique
On y apprend qu’en janvier 2016, Graphic a communiqué un rapport d’étude de caractérisation à la direction régionale de l’Analyse et de l’Expertise (DRAE) du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui fait état que le site contient des concentrations d’hydrocarbures, de biphényles polychlorés (BPC) et de soufre dans les sols excédant les valeurs limites règlementaires. L’eau souterraine est également contaminée en métaux, en sulfure et en formaldéhyde.

Après avoir exigé et obtenu un rapport d’étude de caractérisation complémentaire, il a été révélé que les concentrations d’hydrocarbures pétroliers c10-50, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, de composés organiques volatils, de BPC et de métaux contenus dans les sols dépassent les normes. En ce qui a trait aux eaux souterraines, elles présentent une contamination en sulfure d’hydrogène, en nitrites, nitrates, en demande biochimique en oxygène, en chlore et en métaux. Des biogaz ont été détectés dans trois puits d’observation et la présence de matières résiduelles a été constatée dans plusieurs forages.

Lors d’une rencontre tenue le 28 mai dernier entre les représentants de la DRAE, du Centre de contrôle environnemental du Québec (CCEQ), il a été confirmé que le plan de réhabilitation soumis par Graphic portant sur le démantèlement des bâtiments serait réalisé par la compagnie à numéro au plus tard le 4 juillet dernier.

Constatant qu’au 3 juillet dernier, ni Graphic, ni 2 477 621 Ontario inc. n’ont obtenu de permis de démolition auprès de Saguenay et qu’aucune ouverture de chantier n’a été effectuée par le complément d’un formulaire d’une page seulement et que le site demeure facilement accessible à tout individu, la ministre a décidé d’agir.

L’objectif est de compléter la caractérisation des sols par la démolition des bâtiments qui occupent 22 422 mètres carrés de terrain sous lequel il est susceptible de trouver des sols contaminés.

« Il est déraisonnable qu’à ce jour, de simples modalités administratives comme l’obtention d’un permis de démolition auprès de Saguenay et l’ouverture d’un chantier auprès de la CNESST n’aient été complétées ni par Graphic ni par 2 477 621 Ontario inc. pour permettre le début des travaux prévus au plan de réhabilitation... », y lit-on.

La ministre considère que l’inaction de Graphic quant à la réalisation du plan de réhabilitation approuvé le 6 juin 2018 est déraisonnable considérant les trois années écoulées depuis la cessation des activités industrielles.

La ministre entend exiger de Graphic le démantèlement et la réalisation du plan de réhabilitation au plus tard le 23 juillet.

+

SYLVAIN GAUDREAULT DEMEURE INCRÉDULE

L’émission de l’avis d’ordonnance par la ministre Melançon laisse le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, incrédule.

Invité à réagir à l’action de la ministre, M. Gaudreault affirme qu’il croira à la démolition de l’usine Graphic lorsque la machinerie lourde sera rendue sur le site du chemin Saint-André. « Graphic continue d’être délinquante et pourtant elle possède encore une usine au Québec, je ne comprends pas ». 

Même s’il espère que le 23 juillet puisse être le bon coup, M. Gaudreault affirme que l’entreprise doit être capable d’offrir des garanties financières aux sous-traitants chargés de procéder à la démolition des lieux. « Je constate à la lecture de l’avis qu’ils n’ont pas leur papier de la CNESST et qu’ils ne sont même pas allés chercher leur permis de démolition à Saguenay. »

Le scepticisme du député est amplifié par le fait que l’industrie de la construction sera en période de vacances obligatoires pendant quinze jours. « On va se retrouver à l’automne en pleine période de gel et l’usine ne sera pas encore démolie », affirme-t-il.

M. Gaudreault affirme avoir été en contact avec des entrepreneurs susceptibles d’obtenir le contrat de démolition et qu’aucun d’entre eux n’a reçu de nouvelles quant aux contrats à accorder.

Rappelons que les installations de Graphic ont fait la manchette à plusieurs reprises en raison des incendies suspects qui s’y sont déclarés dans les derniers 36 mois sans compter le décès d’un travailleur le 2 mars 2017.